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Limiter la pollution numérique : ce qui compte vraiment, chiffres à l'appui

On parle souvent de supprimer ses courriels pour réduire la pollution numérique. Pourtant, selon l'étude de référence de l'ADEME et de l'Arcep, près de 80 % de l'empreinte carbone du numérique vient de nos appareils, et surtout de leur fabrication. Voici ce qui compte vraiment, et les gestes les plus efficaces, en particulier au Québec.

Limiter la pollution numérique : ce qui compte vraiment, chiffres à l'appui

Le numérique semble immatériel, mais il repose sur des milliards d'appareils, de câbles, d'antennes et de centres de données bien réels, qui demandent des métaux, de l'eau et de l'énergie. Pour savoir où agir, il faut d'abord savoir d'où viennent les impacts. L'étude conjointe de l'ADEME et de l'Arcep, réalisée à la demande du gouvernement français, offre l'un des portraits les plus complets à ce jour.

Ce que dit l'étude de référence

Selon la note de synthèse de l'Arcep et de l'ADEME, l'empreinte carbone générée par un an de consommation de biens et de services numériques en France, en 2020, représentait 2,5 % de l'empreinte carbone nationale, soit 17,2 millions de tonnes d'équivalent CO2. Les services numériques comptaient aussi pour environ 10 % de la consommation d'électricité française. Si rien n'est fait, l'empreinte carbone du numérique en France augmenterait d'environ 45 % d'ici 2030, selon les projections de l'étude.

Le résultat le plus important concerne la répartition : les terminaux, c'est-à-dire les téléphones, les ordinateurs, les tablettes, les téléviseurs et les objets connectés, représentent 79 % de l'empreinte carbone du numérique, contre 16 % pour les centres de données et 5 % pour les réseaux. Et pour ces appareils, c'est surtout la fabrication qui pèse, bien plus que leur utilisation.

Pourquoi la fabrication domine

Fabriquer un téléphone ou un ordinateur demande d'extraire et de raffiner de nombreux métaux, dont certains sont rares, de produire des composants électroniques très complexes et de les assembler, souvent dans des pays où l'électricité provient encore largement du charbon. Une grande partie de l'impact d'un appareil est donc déjà produite avant même qu'on l'allume pour la première fois.

Au Québec, cette réalité est encore plus marquée : l'électricité y est presque entièrement renouvelable, ce qui réduit l'impact de la recharge et de l'utilisation des appareils branchés ici. La fabrication, réalisée ailleurs, représente donc une part encore plus grande de l'empreinte d'un appareil utilisé au Québec. Conclusion : le geste qui compte le plus est de garder ses appareils plus longtemps.

Garder ses appareils plus longtemps

Chaque année de vie supplémentaire d'un téléphone ou d'un ordinateur répartit l'impact de sa fabrication sur une plus longue période, et retarde l'achat d'un appareil neuf. Protège tes appareils avec un étui et une protection d'écran, remplace la batterie lorsqu'elle faiblit plutôt que l'appareil complet, fais réparer un écran fissuré, et nettoie régulièrement les ordinateurs pour éviter la surchauffe. Résiste aux mises à niveau qui n'apportent pas de besoin réel : un appareil qui fonctionne bien n'a pas besoin d'être remplacé chaque fois qu'un nouveau modèle sort.

Au Québec, la loi contre l'obsolescence programmée oblige depuis le 5 octobre 2025 les fabricants et les commerçants à rendre disponibles les pièces de rechange et les services de réparation de plusieurs types de biens, à un prix raisonnable. C'est un appui précieux pour faire réparer plutôt que remplacer. Notre guide de la réparation d'objets donne des pistes concrètes.

Acheter reconditionné ou d'occasion

Quand un nouvel appareil devient nécessaire, un modèle reconditionné ou d'occasion évite la fabrication d'un appareil neuf. Les appareils reconditionnés par des entreprises spécialisées sont vérifiés, réparés au besoin et vendus avec une garantie. Choisis un modèle encore pris en charge par les mises à jour de sécurité, et vérifie l'état de la batterie. À l'inverse, revendre ou donner un appareil encore fonctionnel, plutôt que de le laisser dormir dans un tiroir, lui donne une seconde vie.

Moins d'appareils, mieux choisis

Le nombre d'appareils par personne a explosé : téléphone, ordinateur, tablette, montre, écouteurs, enceinte intelligente, téléviseur, console, objets connectés. Avant d'en ajouter un, demande-toi s'il répond à un vrai besoin, ou si un appareil que tu possèdes déjà peut remplir la même fonction. Quand un achat est nécessaire, choisis un modèle durable, réparable, avec une bonne autonomie et une garantie solide, plutôt que le moins cher ou le plus récent.

Les usages : vidéo, nuage et courriels

L'utilisation compte aussi, même si elle pèse moins que la fabrication. La vidéo en ligne représente une grande part des données échangées sur les réseaux : regarder en définition standard sur un petit écran, désactiver la lecture automatique et télécharger une fois les contenus regardés souvent plutôt que de les diffuser à répétition réduit le volume de données. Le stockage infonuagique illimité incite à tout conserver : trier ses photos et ses fichiers de temps en temps, et supprimer les doublons, allège les centres de données.

Supprimer ses vieux courriels et se désabonner des infolettres inutiles n'est pas inutile, mais son effet reste modeste comparé à celui de garder ses appareils plus longtemps. Mieux vaut y voir un geste de rangement qu'une solution majeure à la pollution numérique.

Le Wi-Fi plutôt que les données mobiles

À la maison et au travail, privilégie le Wi-Fi plutôt que les données mobiles pour les usages intensifs, comme la vidéo ou les mises à jour : les réseaux fixes sont généralement plus efficaces que les réseaux mobiles pour transporter de grandes quantités de données. Éteins aussi le modem, les décodeurs et les consoles lorsqu'ils ne servent pas pendant de longues périodes, par exemple la nuit ou pendant les vacances, ou branche-les sur une barre d'alimentation à interrupteur.

La fin de vie des appareils

Les appareils électroniques ne doivent jamais aller aux ordures : ils contiennent des métaux précieux récupérables et des substances qui ne doivent pas se retrouver dans l'environnement. Au Québec, des points de dépôt permettent de les faire récupérer et recycler de façon sécuritaire, notamment dans les écocentres et chez certains détaillants. Avant de t'en départir, sauvegarde tes données, puis réinitialise l'appareil pour effacer tes informations personnelles. L'outil Ça va où? de RECYC-QUÉBEC indique où apporter chaque appareil.

Au travail et à l'école

Les entreprises et les écoles possèdent de grands parcs d'appareils. Prolonger leur durée d'utilisation, acheter des équipements reconditionnés, mutualiser les imprimantes et les écrans, configurer les appareils pour qu'ils se mettent en veille rapidement, et confier les appareils retirés à des organismes qui les remettent à neuf pour les écoles ou les familles ont un effet important. Former les employés et les élèves aux bonnes pratiques numériques multiplie ces gains.

Les erreurs fréquentes

  • Croire que trier ses courriels suffit, alors que la fabrication des appareils pèse bien plus.
  • Changer de téléphone tous les deux ans sans nécessité.
  • Laisser dormir de vieux appareils dans un tiroir plutôt que de les donner, les revendre ou les recycler.
  • Jeter un appareil électronique aux ordures.
  • Multiplier les objets connectés sans réel besoin.

L'intelligence artificielle et les centres de données

Le développement rapide de l'intelligence artificielle fait grimper la demande en calcul, et donc la construction de centres de données et leur consommation d'électricité et d'eau pour le refroidissement. C'est un enjeu croissant, que les études récentes commencent à mesurer. À l'échelle individuelle, le principe reste le même que pour les autres usages : utiliser ces outils lorsqu'ils apportent un réel bénéfice, plutôt que par réflexe. À l'échelle collective, l'emplacement des centres de données compte beaucoup : au Québec, l'hydroélectricité et le climat froid, qui facilite le refroidissement, réduisent leur empreinte par rapport à des régions alimentées au charbon.

Les téléviseurs et les consoles

Les grands téléviseurs et les consoles de jeu sont parmi les appareils les plus énergivores de la maison, et leur fabrication pèse lourd. Choisis un écran de taille adaptée à la pièce plutôt que le plus grand possible, active les modes d'économie d'énergie, et éteins complètement les appareils plutôt que de les laisser en veille. Les consoles disposent souvent d'un mode de démarrage rapide qui consomme de l'énergie en permanence : le mode économie d'énergie est généralement préférable. Et un téléviseur ou une console qui fonctionne encore bien n'a pas besoin d'être remplacé à chaque nouvelle génération.

Les objets connectés et la veille

Enceintes intelligentes, caméras, prises et ampoules connectées, électroménagers reliés à Internet : ces objets consomment de l'électricité en permanence, même lorsqu'ils ne servent pas, et ajoutent des appareils à fabriquer et à recycler. Avant d'en acheter un, demande-toi s'il répond à un vrai besoin. Pour ceux que tu possèdes, une barre d'alimentation à interrupteur permet de couper d'un geste plusieurs appareils en veille, comme le téléviseur, la console et les haut-parleurs, la nuit ou pendant les absences.

Partager les appareils en famille

Dans bien des maisons, chaque membre de la famille possède sa propre tablette, son ordinateur et parfois sa console. Partager certains appareils, comme une tablette familiale ou un ordinateur commun pour les devoirs, réduit le nombre d'équipements à fabriquer. Pour les jeunes enfants, retarder l'achat d'un premier téléphone, et choisir un modèle d'occasion lorsque le moment est venu, est aussi une bonne occasion d'expliquer pourquoi les appareils ont un impact.

La sobriété numérique au quotidien

La sobriété numérique consiste à utiliser le numérique de façon plus consciente, pour ce qu'il apporte vraiment. Désactiver les notifications inutiles, limiter le temps passé à faire défiler les réseaux sociaux, regarder moins de vidéos en arrière-plan et choisir des moments sans écran profitent à la fois à l'environnement, à la concentration et au bien-être. Ces habitudes réduisent aussi la pression à remplacer ses appareils par des modèles toujours plus puissants.

Bien entretenir ses appareils

Un appareil bien entretenu dure plus longtemps. Évite d'exposer les téléphones et les ordinateurs portables à la chaleur extrême ou au grand froid, qui usent les batteries; ne les laisse pas en plein soleil dans la voiture l'été, ni dans un véhicule glacial l'hiver. Plusieurs appareils offrent un mode de recharge optimisée, qui limite la charge à un niveau moins stressant pour la batterie. Fais les mises à jour de sécurité, libère de l'espace de stockage, et nettoie les grilles d'aération des ordinateurs pour éviter la surchauffe. Ces petits soins peuvent ajouter plusieurs années à la vie d'un appareil. Range aussi les câbles et les chargeurs avec soin : un câble abîmé se remplace facilement, mais un port de recharge endommagé coûte beaucoup plus cher à réparer. Un chargeur de qualité, adapté à l'appareil, protège aussi la batterie.

En résumé

Selon l'étude de l'ADEME et de l'Arcep, le numérique représentait 2,5 % de l'empreinte carbone de la France en 2020, et les appareils en causaient 79 %, surtout à cause de leur fabrication. Au Québec, où l'électricité est presque entièrement renouvelable, la fabrication pèse encore davantage. Le geste le plus efficace est donc de garder ses appareils le plus longtemps possible, de les faire réparer, d'acheter reconditionné, de limiter le nombre d'appareils et de les recycler correctement en fin de vie. Réduire la vidéo en haute définition, trier son nuage et utiliser le Wi-Fi complètent ces gestes.

Sources

Sources officielles et études consultées en octobre 2026.

Questions fréquentes

Quelle est la principale source de pollution numérique?

La fabrication des appareils. Selon l'étude de l'ADEME et de l'Arcep, les terminaux, comme les téléphones, les ordinateurs et les téléviseurs, représentent 79 % de l'empreinte carbone du numérique en France, devant les centres de données, 16 %, et les réseaux, 5 %, et c'est surtout leur fabrication qui pèse.

Supprimer ses courriels réduit-il vraiment la pollution?

L'effet est très faible comparé à celui de garder ses appareils plus longtemps. Trier sa boîte de courriel n'est pas inutile, mais le geste le plus efficace reste de prolonger la vie de son téléphone, de son ordinateur et de ses autres appareils, puisque leur fabrication représente la plus grande part de l'empreinte du numérique.

La pollution numérique est-elle différente au Québec?

En partie. Au Québec, l'électricité provient presque entièrement de sources renouvelables, ce qui réduit l'impact de l'utilisation des appareils et des réseaux branchés ici. La fabrication des appareils, réalisée ailleurs dans le monde, reste par contre la principale source d'impact : garder ses appareils longtemps y est encore plus important.