Les impacts des microplastiques sur les océans, et comment en rejeter moins
Invisibles à l'œil nu, les microplastiques sont maintenant partout : dans les océans, le Saint-Laurent, le sol et même l'air. Voici d'où ils viennent, ce qu'ils font, et comment en rejeter beaucoup moins.

On a longtemps parlé des sacs et des bouteilles qui flottent à la surface de l'océan. Mais une grande partie de la pollution plastique est invisible : des fragments de quelques millimètres, voire de quelques microns. Ces microplastiques sont maintenant présents dans tous les océans, le fleuve Saint-Laurent, les sols agricoles, l'air que l'on respire et même l'eau potable.
Qu'est-ce qu'un microplastique?
Un microplastique est un morceau de plastique de moins de 5 millimètres. On distingue les microplastiques primaires, fabriqués petits, comme les granules qui servent de matière première à l'industrie ou les microbilles autrefois ajoutées à certains cosmétiques, et les microplastiques secondaires, qui proviennent de la dégradation d'objets plus gros.
Quand un sac, une bouteille ou un filet se retrouve dans l'environnement, le soleil, les vagues et le froid le fragmentent lentement en morceaux de plus en plus petits. Ces fragments ne disparaissent pas : ils deviennent simplement trop petits pour être vus et récupérés.
D'où viennent-ils?
Les sources sont nombreuses, et certaines sont surprenantes. L'usure des pneus sur les routes libère d'énormes quantités de particules, emportées par la pluie vers les égouts pluviaux et les cours d'eau. Le lavage des vêtements en fibres synthétiques, comme le polyester, l'acrylique et le nylon, libère des milliers de microfibres à chaque brassée.
S'y ajoutent la fragmentation des déchets plastiques mal gérés, les granules industrielles perdues lors du transport, les peintures et revêtements qui s'écaillent, et les engins de pêche perdus en mer. Des études ont mesuré des microplastiques jusque dans les sédiments du Saint-Laurent.
Leurs effets sur la vie marine
Les microplastiques sont avalés par une multitude d'organismes, du plancton aux moules, aux poissons et aux oiseaux marins. Ils peuvent donner une fausse sensation de satiété, blesser le système digestif et transporter des substances chimiques, puisque le plastique contient des additifs et attire certains polluants présents dans l'eau.
Comme les petits organismes sont mangés par les plus gros, les microplastiques remontent la chaîne alimentaire. Les effets à long terme sur les écosystèmes et sur la santé humaine sont encore à l'étude, mais leur présence généralisée inquiète les scientifiques.
Les gestes pour en rejeter moins
- À la lessive : lave à l'eau froide, en brassées pleines et en cycle délicat; un sac ou un filtre à microfibres capte une partie des fibres.
- Au séchage : la corde à linge réduit l'usure des fibres et la consommation d'énergie.
- Côté vêtements : achète moins, garde longtemps, et privilégie la laine, le coton et le lin pour les vêtements de tous les jours.
- Sur la route : une conduite douce, des pneus bien gonflés et moins de kilomètres réduisent l'usure des pneus.
- Au quotidien : moins d'emballages jetables, des bouteilles et des contenants réutilisables.
Ce qui se fait au Canada
Le Canada a interdit les microbilles dans les produits de toilette, et plusieurs plastiques à usage unique sont encadrés. La recherche progresse aussi sur les filtres de laveuses, le traitement des eaux usées et des eaux pluviales, et la conception de tissus qui perdent moins de fibres.
Le nettoyage des rives, organisé par plusieurs groupes au Québec, permet de retirer les gros déchets avant qu'ils se fragmentent. Participer à une corvée de nettoyage est une belle façon d'agir concrètement.
Et dans notre assiette?
Des microplastiques ont été détectés dans les fruits de mer, le sel de mer, le miel, l'eau embouteillée et l'eau du robinet. L'eau embouteillée en contient souvent davantage, en partie à cause de la bouteille elle-même : boire l'eau du robinet dans une gourde réduit à la fois l'exposition et les déchets.
À la maison, évite de chauffer des aliments dans des contenants de plastique au micro-ondes : transfère-les dans un plat de verre ou de céramique. Les planches à découper en plastique très usées libèrent aussi des particules; une planche de bois est une bonne alternative.
Les nanoplastiques, encore plus petits
En se fragmentant, les microplastiques deviennent des nanoplastiques, des particules si petites qu'elles se mesurent en milliardièmes de mètre. Leur taille leur permet de traverser certaines barrières biologiques et de pénétrer dans les cellules des organismes. Ils sont très difficiles à détecter et à mesurer, ce qui rend leur étude complexe.
Les scientifiques commencent à peine à comprendre leur présence et leurs effets. Des études récentes en ont détecté dans l'eau embouteillée, dans l'air et dans différents tissus humains. Beaucoup de questions demeurent sur leurs conséquences pour la santé, ce qui justifie la prudence et la réduction des sources de plastique.
Les microplastiques dans l'air que l'on respire
Les microplastiques ne se trouvent pas seulement dans l'eau. Ils sont aussi présents dans l'air, surtout à l'intérieur des maisons, où les fibres de vêtements, de tapis, de rideaux et de meubles en tissu synthétique se détachent et se mêlent à la poussière. Les particules d'usure des pneus, elles, se retrouvent dans l'air près des routes.
Le vent transporte aussi des microplastiques sur de très longues distances : on en a trouvé jusque dans la neige des montagnes et des régions polaires, loin de toute source. Pour réduire l'exposition à la maison, aère régulièrement, passe l'aspirateur avec un filtre efficace et essuie la poussière avec un linge humide plutôt que de la remettre en suspension.
Le Saint-Laurent et les Grands Lacs
Le fleuve Saint-Laurent draine un immense bassin versant qui comprend les Grands Lacs et une grande partie du Québec et de l'Ontario. Il reçoit donc les microplastiques de millions de personnes, d'industries et de routes. Des études ont mesuré des concentrations importantes de microplastiques dans les sédiments du fleuve, notamment près des zones urbaines et des sorties d'eaux usées.
Les Grands Lacs eux-mêmes contiennent des quantités importantes de microplastiques, qui finissent en partie par descendre le fleuve vers l'estuaire et le golfe. Les poissons, les oiseaux et les mammifères marins du Saint-Laurent y sont exposés, ce qui fait de la réduction des microplastiques un enjeu local autant qu'océanique.
Les stations d'épuration, une barrière imparfaite
Les stations de traitement des eaux usées retiennent une grande partie des microplastiques qui leur parviennent, mais pas tous. Les particules retenues se retrouvent dans les boues d'épuration, qui sont parfois épandues sur les terres agricoles comme engrais. Les microplastiques peuvent alors contaminer les sols, puis être emportés vers les cours d'eau par la pluie.
Lors de fortes pluies, plusieurs villes connaissent aussi des débordements d'égouts, où une partie des eaux usées est rejetée directement dans les cours d'eau sans traitement complet. Améliorer le traitement des eaux usées et des eaux pluviales est donc un levier important pour réduire les microplastiques dans l'environnement.
Les filtres de laveuse : une solution concrète
Les filtres à microfibres pour laveuses captent une partie importante des fibres libérées pendant le lavage. Certains s'installent sur le tuyau de vidange de la laveuse, d'autres prennent la forme de sacs ou de boules à placer dans le tambour avec les vêtements synthétiques. La France a d'ailleurs adopté une loi exigeant que les nouvelles laveuses vendues soient munies d'un filtre à microfibres.
Au Québec, ces filtres sont offerts en ligne et dans certains commerces. Les fibres captées doivent être jetées aux ordures, et non rincées dans l'évier, pour qu'elles ne se retrouvent pas dans les égouts. Laver moins souvent les vêtements qui ne sont pas sales et éviter les cycles longs et chauds réduisent aussi la libération de fibres.
Les vêtements techniques et le polar
Le polar, ou laine polaire, et les vêtements techniques de sport en polyester libèrent beaucoup de microfibres, surtout lorsqu'ils sont neufs. Ces vêtements sont pourtant très utiles pour le plein air et le sport. Plutôt que de les abandonner, on peut les garder longtemps, les laver moins souvent, à l'eau froide et dans un sac de lavage qui capte les fibres.
Lors de l'achat, privilégie la laine mérinos ou les mélanges de fibres naturelles pour les couches de base, et choisis des vêtements de qualité qui durent. Un vêtement synthétique gardé dix ans libère beaucoup moins de fibres, au total, que plusieurs vêtements bon marché remplacés chaque année.
Les granules industrielles perdues
Les granules de plastique, aussi appelées larmes de sirène, sont de petites billes de quelques millimètres qui servent de matière première à l'industrie du plastique. Elles sont transportées en énormes quantités par camion, train et bateau. Des pertes surviennent lors du chargement, du transport et des accidents, et ces granules se retrouvent sur les plages et dans les cours d'eau.
Des programmes volontaires de l'industrie visent à réduire ces pertes dans les usines et les centres de distribution, et plusieurs organismes réclament des règles plus strictes. Lors des nettoyages de rives, on en trouve souvent mêlées au sable, preuve que cette source de microplastiques reste importante.
Les microplastiques et les sols agricoles
Les sols agricoles reçoivent aussi des microplastiques, notamment par les boues d'épuration épandues comme engrais, les paillis de plastique utilisés en maraîchage, les enrobages de certains engrais et la dégradation des déchets plastiques. Une fois dans le sol, ces particules peuvent modifier sa structure, sa capacité à retenir l'eau et la vie des organismes qui y vivent, comme les vers de terre.
Des solutions se développent, comme les paillis compostables certifiés, le retrait systématique des plastiques agricoles usagés et un meilleur traitement des boues. Au jardin, on peut éviter les toiles et les paillis de plastique et leur préférer la paille, les feuilles mortes ou les copeaux de bois.
Participer à la science citoyenne
Les citoyens peuvent contribuer à la recherche sur les microplastiques. Plusieurs projets invitent les bénévoles à récolter des échantillons de sable ou d'eau, à trier les déchets ramassés lors de nettoyages de rives et à noter les types de plastique trouvés. Ces données aident les chercheurs à comprendre d'où viennent les déchets et à mesurer l'effet des mesures de réduction.
Participer à une corvée de nettoyage de berges, au printemps ou à l'automne, est aussi une belle activité familiale : on retire des déchets avant qu'ils se fragmentent en microplastiques, et on prend conscience de l'ampleur du problème.
Les cosmétiques et les produits d'entretien
Même si les microbilles sont interdites dans les produits de toilette au Canada, d'autres plastiques peuvent se trouver dans certains cosmétiques, comme les paillettes, certains polymères liquides et les emballages à usage unique. Les capsules de détergent et certaines lingettes contiennent aussi des matières synthétiques. Choisir des produits simples, en vrac ou en pain, et des lingettes lavables réduit ces sources souvent oubliées.
Un problème mondial, des solutions locales
Les microplastiques voyagent partout sur la planète, mais une grande partie provient de sources que l'on peut réduire localement : nos vêtements, nos routes, nos déchets et nos emballages. Chaque geste de réduction, multiplié par des millions de personnes, contribue à limiter cette pollution.
Ce que dit l'évaluation scientifique du Canada
Dans leur Évaluation scientifique de la pollution plastique, publiée en 2020, Environnement et Changement climatique Canada et Santé Canada estiment qu'environ 1 % des déchets plastiques se retrouvent dans l'environnement au Canada, soit environ 29 000 tonnes en 2016. La pollution plastique a été détectée sur les rives, dans les eaux de surface, les sédiments, les sols, les eaux souterraines, l'air, l'eau potable et les aliments. Les emballages sont la principale source de déchets plastiques.
L'évaluation recommande d'agir pour réduire les macroplastiques et les microplastiques selon le principe de précaution, même si leurs effets sur la santé humaine restent encore mal connus. Au Canada, le Règlement sur les microbilles interdit depuis 2018 la fabrication, l'importation et la vente de produits de toilette qui en contiennent.
Prévenir plutôt que nettoyer
Une fois dans l'océan, les microplastiques sont pratiquement impossibles à récupérer. La seule vraie solution est de réduire ce qu'on rejette à la source : moins de plastique jetable, des vêtements qui durent, et une meilleure gestion des déchets.
Pour aller plus loin, lis nos articles sur les sacs de plastique et la pêche intensive.
Sources
Sources officielles et études consultées en octobre 2026.
- Évaluation scientifique de la pollution plastique, Environnement et Changement climatique Canada et Santé Canada, 2020.
- Règlement sur les microbilles dans les produits de toilette : foire aux questions, Environnement et Changement climatique Canada, 2018.
- Règlement interdisant les plastiques à usage unique (DORS/2022-138), Ministère de la Justice du Canada, 2025.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un microplastique?
C'est un morceau de plastique de moins de 5 millimètres. Certains sont fabriqués petits, comme les granules industrielles, d'autres viennent de la fragmentation d'objets plus gros, de l'usure des pneus ou du lavage des vêtements synthétiques.
D'où vient la plus grande partie des microplastiques?
Parmi les grandes sources, on compte l'usure des pneus sur les routes, les fibres synthétiques libérées au lavage des vêtements et la fragmentation des déchets plastiques dans l'environnement.
Comment réduire les microplastiques libérés par la lessive?
Laver à l'eau froide, faire des brassées pleines, choisir un cycle délicat, éviter la sécheuse quand c'est possible, et utiliser un sac ou un filtre qui capte les fibres. Privilégier les fibres naturelles aide aussi.


