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Les impacts de la surpêche et de la pêche intensive, et comment choisir ses poissons

La pêche intensive a vidé des stocks entiers de poissons, dont la morue de l'Atlantique. Voici ses impacts sur les océans, et comment choisir des produits de la mer qui ne les aggravent pas.

Les impacts de la surpêche et de la pêche intensive, et comment choisir ses poissons

Le poisson est souvent présenté comme un choix santé, et il l'est. Mais la façon dont il est pêché a un énorme impact sur les océans. La pêche intensive, pratiquée à l'échelle industrielle, a vidé des stocks entiers de poissons et transformé des écosystèmes marins. Au Canada, on en connaît bien les conséquences.

La leçon de la morue

Pendant des siècles, la morue de l'Atlantique a semblé inépuisable au large de Terre-Neuve et dans le golfe du Saint-Laurent. Avec l'arrivée des chalutiers industriels, capables de pêcher jour et nuit d'énormes quantités, les captures ont explosé, puis les stocks se sont effondrés. En 1992, le gouvernement canadien a dû imposer un moratoire sur la pêche à la morue du Nord.

Des milliers de personnes ont perdu leur emploi, et plus de trente ans plus tard, les populations de morue ne sont toujours pas revenues à leur niveau d'autrefois. Cette crise a montré qu'un stock surexploité peut mettre des décennies à se rétablir, s'il se rétablit.

Les impacts de la pêche intensive

La surpêche, c'est pêcher une espèce plus vite qu'elle ne se reproduit. Elle réduit les populations, mais elle change aussi leur structure : les gros poissons, les meilleurs reproducteurs, disparaissent en premier. L'équilibre de toute la chaîne alimentaire s'en trouve modifié.

Les prises accessoires sont un autre problème majeur : des espèces non ciblées, comme des tortues, des requins, des oiseaux marins ou des mammifères marins, sont capturées par erreur et souvent rejetées mortes. Enfin, certains engins de pêche, comme le chalut de fond, raclent le fond marin et détruisent les habitats fragiles, notamment les coraux d'eau froide et les éponges.

Le poisson d'élevage, une solution?

L'aquaculture fournit maintenant environ la moitié des produits de la mer consommés dans le monde. Elle peut réduire la pression sur les stocks sauvages, mais ses impacts dépendent beaucoup des pratiques. Certains élevages en filets ouverts rejettent des déchets dans l'eau, favorisent les maladies et les parasites, et peuvent nuire aux poissons sauvages.

Les poissons carnivores d'élevage, comme le saumon, sont aussi nourris en partie avec des farines faites de poissons sauvages. À l'inverse, l'élevage de moules et d'huîtres, qui filtrent l'eau sans être nourris, a un très faible impact. Les élevages en circuit contrôlé sur terre limitent aussi beaucoup les rejets.

Comment choisir ses poissons au Québec

  • Cherche les certifications : MSC pour la pêche sauvage, ASC pour l'élevage, ou les recommandations Ocean Wise.
  • Varie les espèces : maquereau, hareng, sardines et moules sont souvent abondants et bien gérés.
  • Privilégie les produits d'ici : plusieurs pêches du golfe et de la Gaspésie sont bien encadrées.
  • Demande la provenance au poissonnier : espèce, zone de pêche et méthode.
  • Évite les espèces menacées ou dont les stocks sont reconnus comme surexploités.

Les engins perdus et la pêche fantôme

Les filets, les casiers et les lignes perdus en mer continuent de capturer des poissons, des crustacés et des mammifères marins pendant des années. On parle de pêche fantôme. Ces engins représentent aussi une part importante des déchets plastiques dans les océans.

Au Canada, des programmes soutiennent la récupération des engins perdus et le marquage des équipements, notamment dans le golfe du Saint-Laurent, où les baleines noires s'empêtrent parfois dans les cordages. Des engins sans corde et des fermetures de zones de pêche aident aussi à protéger ces espèces.

Les techniques de pêche et leurs impacts

Toutes les techniques de pêche n'ont pas le même impact. Le chalutage de fond, qui traîne un grand filet sur le fond marin, est l'un des plus dommageables pour les habitats et génère beaucoup de prises accessoires. La pêche à la palangre, avec de longues lignes garnies de milliers d'hameçons, peut capturer des oiseaux marins, des tortues et des requins si elle n'est pas bien encadrée.

À l'inverse, la pêche à la ligne, la pêche au casier et certaines pêches à la senne bien ciblées ont un impact plus faible. La pêche au homard au casier, pratiquée en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, est par exemple encadrée par des saisons, des tailles minimales et la remise à l'eau des femelles porteuses d'œufs, ce qui aide à maintenir la ressource.

Les pêches du Québec et du golfe du Saint-Laurent

Le Québec maritime vit en partie de la pêche : homard, crabe des neiges, crevette nordique, flétan, maquereau, hareng, pétoncle et oursin. Chaque espèce est gérée avec des quotas, des saisons et des zones de pêche, établis à partir de l'état des stocks. Certaines pêches sont en bonne santé, d'autres sont sous surveillance ou fermées.

La crevette nordique et le maquereau, par exemple, ont connu des déclins importants qui ont mené à des réductions ou à des fermetures de pêche. Le réchauffement des eaux du golfe modifie aussi la répartition des espèces, ce qui complique la gestion. Acheter des produits de la mer québécois bien gérés soutient les communautés côtières qui dépendent de la pêche.

Le poisson dans notre alimentation

Le poisson est une excellente source de protéines, et les poissons gras, comme le saumon, le maquereau, le hareng et la sardine, fournissent des acides gras oméga-3 bénéfiques pour la santé. Le Guide alimentaire canadien encourage d'ailleurs à en manger régulièrement. L'enjeu n'est donc pas d'éliminer le poisson, mais de le choisir de façon responsable.

Les petits poissons gras sont souvent les meilleurs choix : ils se reproduisent rapidement, se trouvent bas dans la chaîne alimentaire et accumulent moins de contaminants que les grands prédateurs comme le thon ou l'espadon. En conserve, ils sont aussi abordables et se gardent longtemps.

Les aires marines protégées

Les aires marines protégées sont des zones de l'océan où certaines activités, comme la pêche, sont limitées ou interdites. Elles permettent aux écosystèmes de se rétablir, aux poissons de grandir et de se reproduire, et servent de réservoirs qui repeuplent les zones voisines. Le Canada s'est engagé à protéger une part croissante de ses océans.

Au Québec, le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent et d'autres zones de conservation protègent des habitats importants pour les mammifères marins et les poissons. Ces mesures sont parfois mal accueillies au départ, mais à long terme, elles profitent aussi aux pêcheurs grâce à des stocks plus abondants.

Le gaspillage dans la filière du poisson

Une part importante du poisson pêché n'arrive jamais dans une assiette. Les prises accessoires rejetées à la mer, les pertes lors de la transformation et le gaspillage en magasin et à la maison réduisent l'efficacité de toute la filière. Les têtes, les arêtes, les peaux et les viscères représentent aussi une grande partie de chaque poisson.

Des entreprises transforment maintenant ces résidus en farines, en huiles, en compost, en collagène ou en ingrédients pour l'alimentation animale. À la maison, on peut faire sa part en préparant des fumets avec les arêtes et les têtes, en cuisinant les restes et en achetant des poissons entiers, souvent moins chers et plus frais que les filets.

La pêche sportive responsable

La pêche sportive est très populaire au Québec, sur les lacs et les rivières. Elle est encadrée par des saisons, des limites de prises et des tailles minimales selon les espèces et les zones. Respecter ces règles est essentiel pour maintenir des populations de poissons en santé pour les générations futures.

La remise à l'eau des poissons, quand elle est bien faite, permet de pratiquer la pêche tout en préservant la ressource : utiliser des hameçons sans ardillon, manipuler le poisson avec les mains mouillées, le garder dans l'eau le plus possible et le relâcher rapidement. Ramasser ses fils de pêche et ses leurres perdus évite aussi qu'ils blessent la faune.

Les étiquettes à lire au comptoir

Au Canada, les produits de la mer doivent indiquer leur nom commun et, souvent, leur pays d'origine. Pour aller plus loin, demande au poissonnier l'espèce exacte, la zone de pêche, la méthode de capture ou d'élevage, et s'il s'agit d'un produit frais ou décongelé. Un commerçant qui connaît la provenance de ses produits est généralement un bon signe.

Les changements climatiques et les océans

Le réchauffement des océans s'ajoute à la pression de la pêche. Dans le golfe du Saint-Laurent, les eaux profondes se réchauffent et contiennent moins d'oxygène, ce qui modifie la répartition de plusieurs espèces. Certaines, comme la crevette nordique, en souffrent, tandis que d'autres espèces d'eaux plus chaudes progressent. Une gestion des pêches prudente doit désormais tenir compte de ces changements rapides.

Un geste simple : diversifier ses choix

La demande se concentre sur quelques espèces, comme le saumon, le thon, la morue et la crevette, ce qui accentue la pression sur leurs stocks. Essayer d'autres espèces abondantes et bien gérées, comme le sébaste, le flétan du Groenland, le maquereau ou les moules, répartit la pression et fait découvrir de nouvelles saveurs, souvent à meilleur prix.

L'état des stocks selon la FAO

Dans son évaluation la plus détaillée à ce jour, publiée en 2025 et portant sur 2 570 stocks de poissons, la FAO conclut qu'environ 64,5 % des stocks marins sont exploités à des niveaux biologiquement durables, alors que 35,5 % sont surexploités. La part des stocks surexploités augmente d'environ 1 % par année en moyenne, et les écarts sont grands d'une région à l'autre : plus de 90 % des stocks sont exploités durablement dans le Pacifique Nord-Est, contre environ 35 % en Méditerranée et en mer Noire.

La FAO montre aussi que la gestion fonctionne : en Méditerranée, la pression de pêche a baissé de 30 % depuis 2013 et la biomasse a augmenté de 15 %. Les thons, longtemps surexploités, proviennent maintenant à 99 % de stocks gérés durablement. Une gestion scientifique et rigoureuse permet aux stocks de se rétablir.

Réduire et ne rien gaspiller

Manger du poisson moins souvent, mais mieux choisi, réduit la pression sur les océans. Les petits poissons gras, comme le maquereau et le hareng, sont nutritifs, abordables et souvent plus durables que les grands prédateurs comme le thon ou l'espadon.

Ne gaspille rien : les arêtes et les têtes font d'excellents fumets, et les restes se transforment en croquettes ou en salades. Pour aller plus loin, lis nos articles sur les récifs coralliens et les microplastiques dans les océans.

En résumé

La surpêche et la pêche intensive vident les océans plus vite que les poissons ne se renouvellent : selon la FAO, environ 35,5 % des stocks marins évalués sont surexploités, et l'effondrement de la morue du Nord, qui a mené au moratoire canadien de 1992, montre ce qui arrive quand on dépasse la limite. Les prises accessoires, le chalutage de fond et les engins perdus aggravent le problème. Pour agir, mange du poisson moins souvent mais mieux choisi, privilégie les espèces abondantes et les pêches locales gérées de façon durable, lis les étiquettes au comptoir et ne gaspille rien.

Sources

Sources officielles et études consultées en octobre 2026.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la surpêche?

C'est le fait de pêcher une espèce plus vite qu'elle ne peut se reproduire. La population diminue alors d'année en année, jusqu'à pouvoir s'effondrer, comme celle de la morue au large de Terre-Neuve au début des années 1990.

Quelles certifications aident à choisir des poissons durables?

Le logo MSC identifie les pêches sauvages certifiées durables, et le logo ASC les élevages responsables. Le programme Ocean Wise recommande aussi des produits de la mer durables dans plusieurs commerces et restaurants canadiens.

Le poisson d'élevage est-il une meilleure option?

Ça dépend des pratiques. Certains élevages bien gérés, comme ceux de moules ou de truites en circuit contrôlé, ont un faible impact. D'autres causent de la pollution, des maladies et dépendent de farines faites de poissons sauvages.