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L'importance de garder les océans propres : d'où viennent les déchets et comment les arrêter

Les déchets qui flottent en mer viennent surtout de la terre : rues, égouts pluviaux, rivières et rives. Le Québec, avec le Saint-Laurent, est directement relié à l'Atlantique. Voici ce qu'on sait de cette pollution, ce que les nettoyages de rives révèlent au Canada, et les solutions qui fonctionnent, du traité mondial à ton coin de rue.

L'importance de garder les océans propres : d'où viennent les déchets et comment les arrêter

Une bouteille qui roule dans un caniveau à Sherbrooke ou à Laval peut finir sa course dans le golfe du Saint-Laurent. Les océans reçoivent les déchets de tout le bassin versant qui s'y jette, et le Saint-Laurent draine une grande partie du sud du Québec. Garder les océans propres commence donc très loin des plages, dans nos rues et nos habitudes. Cet article porte sur les déchets visibles (plastiques, mégots, engins de pêche) : d'où ils viennent, ce qu'on en sait et ce qui marche pour les arrêter. Pour les particules invisibles, vois notre article sur les microplastiques dans les océans, et pour le rôle global de la mer, celui sur l'importance des océans pour la planète.

L'ampleur du problème

Le plastique compte pour 85 % des déchets marins, selon le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE). Dans un rapport présenté en 2021, le PNUE prévoyait que les fuites de plastique vers les milieux aquatiques pourraient presque tripler d'ici 2040, pour atteindre de 23 à 37 millions de tonnes par année, soit environ 50 kg de plastique par mètre de côte dans le monde. La pollution plastique est aussi un enjeu climatique : le PNUE estimait les émissions de gaz à effet de serre liées au plastique à 1,7 milliard de tonnes d'équivalent CO2 en 2015, avec une projection d'environ 6,5 milliards de tonnes en 2050.

Au Canada, Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) estime que plus de 3 millions de tonnes de plastique ont été jetées en 2016. Seulement 9 % ont été recyclées et 86 % enfouies. Environ 1 %, soit 29 000 tonnes, a fini dans l'environnement. Le chiffre paraît faible en pourcentage, mais il représente des montagnes de déchets qui se fragmentent pendant des décennies.

D'où viennent les déchets marins

L'évaluation scientifique de la pollution plastique publiée en 2020 par ECCC et Santé Canada décrit des sources surtout terrestres :

  • Les déchets abandonnés dans les rues, les parcs et sur les rives, emportés par le vent et la pluie.
  • Les égouts pluviaux, qui déversent l'eau des rues, et ce qu'elle transporte, dans les cours d'eau.
  • Les débordements d'égouts lors de fortes pluies, quand les réseaux unitaires rejettent un mélange d'eaux usées et pluviales.
  • Les activités récréatives, industrielles et agricoles, y compris les pertes pendant le transport.
  • Les engins de pêche perdus (filets, cordages, casiers), qui continuent de piéger des animaux longtemps après avoir été abandonnés.

Ce que révèlent les nettoyages de rives

Les bénévoles du Grand nettoyage des rivages canadiens, mené par Ocean Wise et le WWF-Canada, comptent ce qu'ils ramassent. En 2021, 19 508 bénévoles ont retiré 31 522 kg de déchets sur 2 219 km de rives. Les mégots de cigarette sont arrivés en tête avec 146 614 unités, et les masques et gants, comptés pour la première fois, représentaient 11 450 articles. Les articles à usage unique liés à l'alimentation (emballages, canettes, bouchons, bouteilles, gobelets de café, pailles) avaient augmenté de 12 % entre 2019 et 2021, possiblement à cause de la hausse des commandes à emporter pendant la pandémie.

Le rapport d'impact 2025 d'Ocean Wise (plus de 9 000 bénévoles, plus de 360 000 déchets retirés) apporte une bonne nouvelle : les politiques sur les plastiques à usage unique font baisser la présence des articles interdits sur les rives. Les produits non réglementés, comme les gobelets de café jetables, continuent toutefois d'augmenter. Autrement dit, la réglementation fonctionne là où elle s'applique.

Les solutions qui marchent

Réduire à la source

Le déchet le plus facile à ramasser est celui qui n'a jamais été produit. Les interdictions ciblées en sont la preuve. À Montréal, depuis le 28 mars 2023, les établissements alimentaires ne peuvent plus distribuer plusieurs articles en plastique à usage unique, comme les ustensiles, les pailles et les verres pour consommer sur place. Notre guide pour éviter les produits en plastique à usage unique transpose cette logique à la maison.

Donner une valeur aux contenants

Un contenant qui vaut de l'argent traîne moins longtemps sur le sol. Le Québec a élargi sa consigne : toutes les canettes d'aluminium de 100 ml à 2 litres depuis le 1er novembre 2023, les bouteilles de boisson en plastique depuis le 1er mars 2025, et les bouteilles de verre et les cartons à partir du 1er mars 2027, selon RECYC-QUÉBEC.

Un traité mondial, encore en négociation

Les pays négocient un traité international contre la pollution plastique sous l'égide de l'ONU. La session de Genève (INC-5.2), qui a réuni plus de 1 400 délégués de 183 pays, s'est terminée le 15 août 2025 sans consensus sur un texte, selon le PNUE. Une courte session tenue le 7 février 2026 a élu un nouveau président du comité, sans négociation de fond. Le dossier reste ouvert, et les données citoyennes de nettoyage font partie des preuves qui alimentent ces discussions.

Ramasser et mesurer

Le nettoyage ne règle pas le problème à lui seul, mais il retire des déchets avant qu'ils se fragmentent et produit des données utiles aux décideurs. Tu peux organiser un nettoyage de plage ou de berge, ou commencer près de chez toi avec une clean walk, car chaque déchet ramassé dans la rue est un déchet qui n'entrera pas dans un égout pluvial.

Le mégot, un cas d'école

Le mégot de cigarette illustre bien le chemin du déchet vers l'eau. Petit, léger, souvent jeté par terre sans y penser, il est emporté par la pluie jusqu'à la grille d'égout la plus proche. Son filtre n'est pas du coton : il est fait d'acétate de cellulose, une matière plastique qui se fragmente lentement. Il contient aussi des résidus du tabac brûlé. C'est pourquoi les mégots dominent année après année le palmarès des nettoyages de rives au Canada.

Les solutions sont connues et peu coûteuses : cendriers aux arrêts d'autobus, aux terrasses et aux entrées d'édifices, cendriers de poche distribués aux fumeurs, sensibilisation et, dans certaines villes, amendes pour les mégots jetés par terre. Si ta corvée ou ta clean walk ramasse des centaines de mégots au même coin de rue, c'est une donnée précise à transmettre à ta municipalité pour demander un cendrier à cet endroit.

Tes gestes au quotidien

  • Rien dans les grilles de rue : ni mégots, ni huile, ni déchets. Elles mènent souvent directement à un cours d'eau.
  • Des mégots dans un cendrier, de poche au besoin : c'est le déchet le plus fréquent sur les rives canadiennes.
  • Des poubelles fermées à la maison et en camping, pour que le vent et les animaux ne les vident pas.
  • Le réutilisable pour les objets les plus trouvés : gourde, tasse de voyage, contenants pour les mets à emporter.
  • Les contenants consignés rapportés, et les tiens, pas seulement.
  • En bateau ou à la pêche, ramène tout à terre, y compris les bouts de ligne et de cordage.

Propres, et pas seulement pour la carte postale

Des océans propres, ce n'est pas qu'une question d'esthétique : moins de déchets, c'est moins d'animaux étranglés ou intoxiqués, moins de plastique qui se fragmente en microparticules et des écosystèmes plus capables de jouer leur rôle, notamment dans le climat, comme l'explique notre article sur le rôle des océans dans la régulation climatique. Le plus gros du travail se fait à terre : réduire, consigner, ramasser et mesurer.

Sources

Sources officielles et études consultées en octobre 2026.

Questions fréquentes

Combien de plastique se retrouve dans l'environnement au Canada?

Selon Environnement et Changement climatique Canada, plus de 3 millions de tonnes de plastique ont été jetées au Canada en 2016. Seulement 9 % ont été recyclées, 86 % ont été enfouies et environ 1 %, soit 29 000 tonnes, s'est retrouvé dans l'environnement sous forme de pollution.

Où en est le traité mondial sur la pollution plastique?

Les négociations de Genève (INC-5.2) se sont terminées le 15 août 2025 sans consensus sur un texte. Une courte session a eu lieu le 7 février 2026 pour élire un nouveau président du comité de négociation, sans négociation de fond. Les pays ont exprimé leur volonté de rester à la table.

Les interdictions de plastiques à usage unique fonctionnent-elles?

Les données de nettoyage le suggèrent. Le rapport 2025 d'Ocean Wise note que les politiques sur les plastiques à usage unique font baisser la présence des articles interdits sur les rives canadiennes, alors que des produits non réglementés, comme les gobelets de café jetables, continuent d'augmenter.

Je vis loin de la mer : mes déchets peuvent-ils vraiment s'y rendre?

Oui. Un déchet abandonné dans la rue peut être emporté par la pluie dans un égout pluvial, qui se déverse souvent directement dans un cours d'eau. Au Québec, la plupart des rivières du sud de la province rejoignent le Saint-Laurent, qui se jette dans le golfe puis dans l'Atlantique.