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Pollinisation urbaine vs pollinisation rurale : ce que les villes et les campagnes offrent aux pollinisateurs

Les pollinisateurs vivent autant en ville qu'à la campagne, mais ils n'y rencontrent pas les mêmes conditions. Les jardins urbains peuvent offrir une grande diversité de fleurs, alors que les grandes cultures offrent beaucoup de fleurs, mais pendant peu de temps. Voici ce que la science dit des forces et des limites de chaque milieu, et comment les rendre plus accueillants.

Pollinisation urbaine vs pollinisation rurale : ce que les villes et les campagnes offrent aux pollinisateurs

La pollinisation est le transport du pollen d'une fleur à une autre, qui permet la formation des fruits et des graines. Une grande partie des plantes à fleurs dépendent, en tout ou en partie, des animaux pour leur pollinisation : surtout des insectes, comme les abeilles, les bourdons, les mouches, les papillons et les coléoptères, mais aussi des colibris. Selon l'évaluation de l'IPBES, la plateforme scientifique internationale sur la biodiversité, une majorité des principales cultures alimentaires du monde bénéficient de la pollinisation animale. Les pollinisateurs vivent partout, mais la ville et la campagne leur offrent des conditions très différentes. Pour comprendre le contexte, lis aussi notre article sur la biodiversité et son importance.

Qui sont les pollinisateurs?

Quand on parle de pollinisation, on pense d'abord à l'abeille domestique, celle des ruches. Pourtant, elle n'est qu'une espèce parmi plusieurs centaines d'abeilles indigènes au Canada, selon Agriculture et Agroalimentaire Canada. La plupart de ces abeilles sauvages sont solitaires : chaque femelle construit son propre nid, souvent dans le sol, dans des tiges creuses ou dans le bois mort. Les bourdons, eux, vivent en petites colonies annuelles. Les syrphes, ces mouches qui ressemblent à des guêpes, les papillons, les papillons de nuit et certains coléoptères participent aussi à la pollinisation. Plusieurs abeilles sauvages sont des pollinisatrices très efficaces de certaines cultures, comme les bleuets, les canneberges, les courges et les tomates.

Les deux milieux, en un coup d'œil

En ville, les pollinisateurs trouvent une grande variété de fleurs dans les jardins, les parcs, les cimetières, les terrains vacants et les toits verts, souvent en floraison du printemps à l'automne. Mais les surfaces asphaltées, les bâtiments et les pelouses tondues réduisent les habitats, et les sites de nidification peuvent manquer. En milieu rural, les pollinisateurs peuvent profiter de grands espaces, de prairies, de haies et de lisières de boisés, mais les grandes monocultures, l'élimination des habitats naturels et certains usages de pesticides réduisent les ressources disponibles.

Les forces de la ville

Plusieurs études ont montré que les villes peuvent abriter une diversité surprenante d'abeilles sauvages. À Montréal, une étude de l'Université Concordia a recensé 163 espèces d'abeilles sauvages en 2013 dans des jardins communautaires, des cimetières et des parcs urbains. Cette richesse s'explique par la grande variété de plantes cultivées dans les jardins, qui fleurissent à différents moments de la saison, et par l'absence de grandes surfaces traitées. Les arbres de rue, comme les tilleuls et les érables, offrent aussi d'abondantes ressources au printemps et au début de l'été.

Les limites de la ville

La ville présente aussi des contraintes. Les sols imperméabilisés éliminent les sites de nidification des abeilles qui creusent leur nid dans la terre, soit la majorité des espèces. Les îlots de chaleur peuvent nuire à certaines espèces. Les plates-bandes très soignées, sans tiges sèches, bois mort ni sol nu, offrent peu d'endroits où nicher et passer l'hiver. Les fleurs horticoles très modifiées, comme certaines fleurs doubles, produisent parfois peu de pollen ou de nectar accessible. Enfin, les espaces verts sont souvent fragmentés, séparés par des rues et des bâtiments.

La question des ruches urbaines

L'apiculture urbaine a connu un grand engouement. Pourtant, multiplier les ruches n'aide pas forcément les pollinisateurs sauvages. Selon l'étude de l'Université Concordia, le nombre de colonies d'abeilles mellifères sur l'île de Montréal est passé d'environ 250 en 2013 à près de 3 000 en 2020. En 2020, les chercheurs ont recensé 120 espèces d'abeilles sauvages, contre 163 en 2013, et ont observé que la diversité des abeilles sauvages était la plus faible là où les colonies d'abeilles mellifères avaient le plus augmenté. Les abeilles mellifères, très nombreuses dans chaque colonie, entrent en compétition avec les abeilles sauvages pour le pollen et le nectar. Les chercheurs concluent qu'il vaut mieux planter des jardins pour les pollinisateurs que d'installer plus de ruches. Pour en savoir plus, lis notre article sur les ruches urbaines et la biodiversité.

Les forces de la campagne

En milieu rural, les pollinisateurs peuvent profiter de grands habitats naturels et semi-naturels : prairies, friches, haies, bandes riveraines, lisières de forêt, bords de chemins et milieux humides. Ces milieux offrent une grande diversité de fleurs sauvages et de nombreux sites de nidification. Les petites fermes diversifiées, qui cultivent plusieurs cultures et conservent des haies et des zones non cultivées, peuvent abriter des communautés de pollinisateurs très riches. Les vergers, les bleuetières et les champs de canola offrent aussi d'importantes ressources pendant leur floraison.

Les défis de l'agriculture intensive

Les grandes monocultures offrent une abondance de fleurs pendant quelques semaines, puis presque rien le reste de la saison. Lorsque les haies, les prairies et les bandes fleuries disparaissent, les pollinisateurs manquent de nourriture avant et après la floraison des cultures, et de sites de nidification. Le travail du sol peut détruire les nids des abeilles qui nichent dans la terre. Les pesticides peuvent aussi nuire aux insectes pollinisateurs. Selon Santé Canada, les utilisateurs doivent respecter les directives de l'étiquette des pesticides, qui visent à protéger les pollinisateurs, par exemple en évitant les traitements pendant la floraison.

Quel milieu pollinise le mieux?

Il n'y a pas de réponse unique. L'efficacité de la pollinisation dépend du nombre et de la diversité des pollinisateurs présents, de la disponibilité des fleurs et de l'habitat autour. En ville, les jardins potagers et les arbres fruitiers sont souvent bien pollinisés grâce à la diversité des abeilles sauvages présentes. À la campagne, les cultures situées près d'habitats naturels bénéficient généralement d'une meilleure pollinisation que celles entourées de grandes surfaces cultivées. Dans les deux milieux, la diversité des pollinisateurs est un facteur clé : différentes espèces visitent différentes fleurs, à différents moments de la journée et par différentes météos.

Aider les pollinisateurs en ville

  • Plante des fleurs indigènes variées, qui fleurissent du printemps à l'automne, comme les asters, les verges d'or, les échinacées et les monardes.
  • Laisse des endroits de sol nu, bien ensoleillés, pour les abeilles qui nichent dans la terre.
  • Garde des tiges sèches et du bois mort pendant l'hiver, puisque de nombreux insectes y passent la saison froide.
  • Réduis la pelouse, et laisse fleurir le trèfle et les pissenlits.
  • Évite les pesticides au jardin.
  • Appuie la création de corridors verts et de toits végétalisés dans ta municipalité.

Pour d'autres idées, lis notre guide pour créer un coin nature dans son jardin.

Aider les pollinisateurs à la campagne

  • Conserver ou planter des haies et des bandes fleuries en bordure des champs.
  • Protéger les bandes riveraines, les friches et les lisières de boisés.
  • Diversifier les cultures et intégrer des engrais verts fleuris dans les rotations.
  • Respecter les directives des étiquettes de pesticides et privilégier la lutte intégrée.
  • Retarder la fauche de certaines zones pour laisser fleurir les plantes sauvages.

Le rôle de chacun

Que l'on vive en ville ou à la campagne, chacun peut contribuer à la santé des pollinisateurs. Les jardiniers peuvent planter des fleurs indigènes, les citoyens peuvent appuyer les projets de verdissement, les consommateurs peuvent soutenir les fermes qui protègent la biodiversité, et les municipalités peuvent adapter l'entretien de leurs espaces verts, par exemple en réduisant la tonte de certaines zones. Participer à des projets de science citoyenne, en photographiant les pollinisateurs observés, aide aussi les chercheurs à mieux connaître leur répartition.

Les toits verts, les ruelles et les terrains vacants

En ville, chaque petit espace compte. Les toits verts plantés de fleurs indigènes et de plantes grasses offrent des ressources aux pollinisateurs, même à plusieurs étages de hauteur. Les ruelles vertes, aménagées par les résidents, créent des corridors de végétation entre les cours arrière. Les terrains vacants, souvent couverts de plantes spontanées comme le mélilot, la vipérine ou la verge d'or, peuvent abriter une diversité étonnante d'insectes. Les cimetières, avec leurs grands espaces peu perturbés, et les emprises de lignes électriques jouent aussi un rôle de refuge. Dans les cours, une simple bordure fleurie, quelques pots de fines herbes laissées en fleurs ou un arbuste indigène, comme l'amélanchier ou le sureau, peuvent faire une différence.

Le calendrier des floraisons

Les pollinisateurs ont besoin de nourriture tout au long de la saison, et pas seulement au cœur de l'été. Au printemps, les reines de bourdons qui sortent de l'hibernation recherchent les premières fleurs, comme celles des saules, des érables, des pissenlits et des arbres fruitiers. En été, les plates-bandes et les prairies offrent une abondance de fleurs. À la fin de l'été et à l'automne, les asters et les verges d'or sont essentiels pour les insectes qui se préparent à l'hiver. Un jardin qui offre des fleurs à chaque période est beaucoup plus utile qu'un jardin qui fleurit seulement en juillet. C'est aussi là que la campagne peut être plus difficile pour les pollinisateurs : après la floraison d'une grande culture, il ne reste parfois presque rien à butiner aux alentours.

Les pollinisateurs et les changements climatiques

Les changements climatiques touchent les pollinisateurs dans les deux milieux. Des printemps plus hâtifs peuvent décaler la floraison des plantes et l'émergence des insectes, qui risquent de ne plus se rencontrer au bon moment. Les vagues de chaleur sont plus intenses en ville, à cause des îlots de chaleur, alors que les sécheresses réduisent la production de nectar à la campagne. Certaines espèces de bourdons adaptées aux climats frais voient leur aire de répartition se réduire. Des habitats variés, reliés entre eux et riches en plantes indigènes, aident les pollinisateurs à s'adapter à ces changements, en leur offrant des refuges plus frais et des ressources plus diversifiées.

Les jardins communautaires, des carrefours précieux

Les jardins communautaires et collectifs sont de véritables carrefours pour les pollinisateurs urbains. On y trouve une grande variété de légumes, de fines herbes et de fleurs, cultivés par de nombreux jardiniers, avec des floraisons étalées sur toute la saison. Les courges, les tomates, les haricots et les petits fruits y dépendent en bonne partie des abeilles sauvages et des bourdons. Ces jardins sont aussi d'excellents lieux pour sensibiliser les citoyens : un panneau sur les pollinisateurs, une plate-bande de plantes indigènes ou un hôtel à insectes bien entretenu y attirent l'attention et inspirent les jardiniers à adopter les mêmes pratiques chez eux. Plusieurs villes du Québec encouragent d'ailleurs ces initiatives par des programmes de verdissement et de plantation. Renseigne-toi auprès de ta municipalité pour y participer.

En résumé

La ville et la campagne offrent toutes deux des ressources aux pollinisateurs. En ville, la diversité des fleurs peut soutenir de nombreuses abeilles sauvages, mais l'imperméabilisation des sols et la multiplication des ruches peuvent leur nuire : à Montréal, la diversité des abeilles sauvages a reculé là où les colonies d'abeilles mellifères ont le plus augmenté. À la campagne, les habitats naturels et les petites fermes diversifiées sont précieux, mais les grandes monocultures et certains usages de pesticides réduisent les ressources. Dans les deux cas, planter des fleurs indigènes et préserver des sites de nidification est le geste le plus utile.

Sources

Sources officielles et études consultées en octobre 2026.

Questions fréquentes

Les villes sont-elles bonnes pour les abeilles?

Elles peuvent l'être. Les jardins, les parcs, les cimetières et les terrains vacants offrent souvent une grande diversité de fleurs, et plusieurs études ont recensé de nombreuses espèces d'abeilles sauvages en ville. Mais l'imperméabilisation des sols, la chaleur et le manque de sites de nidification limitent leur présence.

Faut-il installer plus de ruches en ville pour aider les abeilles?

Pas nécessairement. Une étude de l'Université Concordia a montré qu'à Montréal, là où les colonies d'abeilles mellifères ont le plus augmenté, la diversité des abeilles sauvages était la plus faible. Les chercheurs concluent que planter des jardins pour les pollinisateurs est plus utile à la biodiversité que d'installer plus de ruches.

Pourquoi les grandes cultures posent-elles problème aux pollinisateurs?

Les grandes monocultures offrent beaucoup de fleurs pendant une courte période, puis presque rien le reste de la saison. Elles réduisent aussi les haies, les bandes fleuries et les sites de nidification. Les pesticides, s'ils ne sont pas utilisés selon les directives de l'étiquette, peuvent aussi nuire aux insectes pollinisateurs.