Qui a inventé les pailles en carton? De Marvin Stone à l'interdiction du plastique
La paille en papier n'est pas une invention récente : elle a été brevetée en 1888 par un Américain, Marvin Stone, bien avant les pailles en plastique. Remplacée pendant des décennies par le plastique, elle est revenue en force avec les interdictions des plastiques à usage unique. Voici son histoire, l'état de la loi au Canada et ce que la science dit de ses limites.

La paille en papier, qu'on croit souvent née des préoccupations environnementales récentes, a en réalité plus de 130 ans. Elle a précédé la paille en plastique, l'a laissée dominer pendant des décennies, puis a retrouvé sa place grâce aux interdictions des plastiques à usage unique. Son histoire montre bien comment un objet banal peut refléter les grandes transformations de la consommation. Pour aller plus loin sur les plastiques, lis aussi notre guide pour diminuer ses déchets plastiques.
Avant la paille en papier : le seigle
L'idée de boire à l'aide d'un tube est très ancienne. Au dix-neuvième siècle, on utilisait surtout des tiges de seigle séchées, creuses et peu coûteuses. Elles avaient toutefois de gros défauts : elles donnaient un goût herbacé aux boissons, se ramollissaient et se fendaient rapidement, et laissaient parfois des résidus dans le verre. Avec la popularité croissante des boissons froides et des cocktails, le besoin d'une meilleure solution se faisait sentir.
Marvin Stone et le brevet de 1888
Marvin Chester Stone, un fabricant de Washington, était déjà connu pour produire des porte-cigarettes en papier. Agacé par le goût que laissaient les pailles de seigle dans son julep à la menthe, il a eu l'idée d'enrouler une bande de papier autour d'un crayon, de la coller, puis de l'enduire de paraffine pour la rendre étanche. Il a obtenu un brevet pour cette paille en papier en 1888.
Stone a rapidement commencé à produire ses pailles, d'abord à la main, puis grâce à des procédés mécanisés qui permettaient d'enrouler le papier en spirale. Les pailles en papier se sont alors répandues dans les comptoirs à soda, les restaurants et les hôpitaux, où elles offraient une solution hygiénique et jetable.
La paille articulée
Dans les années 1930, un inventeur américain, Joseph Friedman, a eu l'idée d'insérer une vis dans une paille en papier, puis d'enrouler du fil autour du papier pour créer des sillons : la paille pouvait ainsi se plier sans s'écraser. Cette paille articulée a d'abord trouvé sa place dans les hôpitaux, où elle permettait aux patients alités de boire plus facilement, avant de conquérir le grand public. Cette fonction d'accessibilité reste importante aujourd'hui, comme on le verra plus loin.
L'arrivée du plastique
Au milieu du vingtième siècle, les pailles en plastique, moins chères à produire, plus solides et qui ne ramollissaient pas, ont progressivement remplacé les pailles en papier. Elles sont devenues un objet omniprésent des restaurants rapides et des boissons à emporter, utilisé quelques minutes, puis jeté. Légères et petites, elles sont difficiles à recycler et se retrouvent souvent dans l'environnement, sur les rives et dans les océans.
Selon l'OCDE, seulement 9 % des déchets plastiques du monde sont finalement recyclés, et une part importante est mal gérée. Les pailles, comme les autres petits plastiques à usage unique, sont devenues un symbole de cette pollution, en particulier après la diffusion d'images d'animaux marins blessés par des déchets plastiques.
L'interdiction au Canada
Le gouvernement fédéral a publié en juin 2022 le Règlement interdisant les plastiques à usage unique, qui vise six catégories d'articles : les sacs d'emplettes, les ustensiles, les récipients alimentaires faits de plastiques problématiques, les anneaux pour emballages de boissons, les bâtonnets à mélanger et les pailles. Selon Environnement et Changement climatique Canada, la fabrication et l'importation des pailles en plastique à usage unique sont interdites depuis le 20 décembre 2022, et leur vente depuis le 20 décembre 2023.
Le règlement prévoit une exception pour les pailles flexibles en plastique, afin de répondre aux besoins des personnes qui en ont besoin pour boire, notamment en raison d'un handicap. Elles peuvent encore être vendues sous certaines conditions, par exemple en magasin sur demande, et dans les milieux de soins.
Un long combat devant les tribunaux
Le règlement repose sur l'inscription des articles manufacturés en plastique sur la liste des substances toxiques de la Loi canadienne sur la protection de l'environnement. En novembre 2023, la Cour fédérale a annulé ce décret, à la suite d'une contestation de l'industrie du plastique. Le gouvernement a fait appel, et le règlement est resté en vigueur pendant la procédure.
Le 30 janvier 2026, la Cour d'appel fédérale a infirmé la décision de 2023 et confirmé, à l'unanimité, la désignation des articles manufacturés en plastique comme toxiques, ce qui maintient l'interdiction. Le gouvernement a toutefois renoncé, à la fin de 2025, à interdire l'exportation de ces articles, comme il l'avait d'abord prévu. Au Québec, plusieurs municipalités, dont Montréal, avaient déjà adopté leurs propres règlements sur les articles à usage unique, selon RECYC-QUÉBEC.
Les pailles en papier sont-elles vraiment meilleures?
Les pailles en papier ont un avantage évident : elles proviennent d'une ressource renouvelable et se dégradent beaucoup plus vite que le plastique si elles se retrouvent dans l'environnement. Mais elles ne sont pas parfaites. Elles ramollissent dans les boissons, ce qui pousse parfois à en utiliser plusieurs, et leur fabrication demande aussi des ressources.
En 2023, une équipe de l'Université d'Anvers a publié dans la revue Food Additives and Contaminants une analyse de 39 marques de pailles faites de cinq matériaux. Des PFAS, des substances synthétiques très persistantes surnommées polluants éternels, ont été détectés dans 18 des 20 marques de pailles en papier, ainsi que dans 4 marques de pailles en bambou sur 5, 3 en plastique sur 4 et 2 en verre sur 5. Aucune des pailles en acier inoxydable n'en contenait. Les chercheurs soulignent que les concentrations étaient faibles et qu'ils n'ont pas mesuré si ces substances passaient dans les boissons, mais leur présence montre que ces pailles ne sont pas forcément aussi biodégradables qu'on le croit.
Les alternatives réutilisables
- L'acier inoxydable : durable, facile à laver avec un petit goupillon, et sans PFAS dans l'étude belge. Il conduit toutefois la chaleur et le froid.
- Le verre : transparent, ce qui permet de vérifier la propreté, mais plus fragile.
- Le silicone alimentaire : souple, adapté aux enfants et aux personnes qui ont besoin d'une paille flexible.
- Le bambou : naturel et réutilisable, mais plus difficile à nettoyer à fond.
Le choix le plus écologique reste souvent de se passer de paille quand on n'en a pas besoin. Pour les personnes qui en ont besoin pour boire, une paille réutilisable adaptée, ou une paille flexible au besoin, reste essentielle : l'accessibilité doit toujours passer avant le symbole.
Conseils pour les restaurants et les cafés
Pour les commerces, la meilleure approche consiste à ne pas offrir de paille par défaut, mais seulement sur demande, à proposer des pailles réutilisables lavables pour la consommation sur place, et à garder quelques pailles flexibles pour les clients qui en ont besoin. Renseigne-toi auprès de tes fournisseurs sur la composition des pailles en papier, et privilégie celles qui affichent l'absence de PFAS ajoutés. Former le personnel à répondre aux questions des clients sur l'accessibilité évite bien des malaises.
Où jeter une paille en papier?
Une paille en papier souillée ne va généralement pas au recyclage : selon les consignes de ta municipalité, elle peut aller au bac brun ou aux ordures. En cas de doute, l'outil Ça va où? de RECYC-QUÉBEC indique la bonne destination. Les pailles réutilisables en acier ou en verre, en fin de vie, suivent les consignes des métaux ou du verre de ta municipalité.
Des pailles depuis l'Antiquité
Bien avant le papier et le plastique, les humains buvaient déjà à l'aide de tubes. Les archéologues ont retrouvé, dans des tombes royales de l'ancienne Mésopotamie, des tubes de métal précieux qui servaient vraisemblablement à boire de la bière, une boisson alors épaisse et chargée de résidus de céréales : la paille permettait d'aspirer le liquide sans les débris. Pendant des milliers d'années, on a ensuite utilisé des tiges végétales creuses, comme le roseau ou le seigle, qui ont donné leur nom à la paille.
Comment fabrique-t-on une paille en papier?
Aujourd'hui, les pailles en papier sont fabriquées à partir de plusieurs bandes de papier de qualité alimentaire, enroulées en spirale autour d'une tige métallique et collées entre elles avec une colle alimentaire. Le tube continu est ensuite séché, puis coupé à la longueur voulue. Le nombre de couches et le type de papier déterminent la résistance de la paille dans une boisson. Pour l'empêcher de ramollir trop vite, certains fabricants ajoutent des traitements d'imperméabilisation, qui peuvent expliquer la présence de PFAS dans certaines pailles, selon les chercheurs de l'Université d'Anvers.
Papier, plastique ou réutilisable : le vrai bilan
Comparer l'impact des pailles n'est pas simple. Une paille en papier demande des fibres de bois, de l'eau et de l'énergie à fabriquer, mais elle se dégrade beaucoup plus rapidement qu'une paille en plastique si elle se retrouve dans la nature. Une paille réutilisable en acier ou en verre demande davantage de ressources à fabriquer qu'une paille jetable, mais elle remplace des centaines, voire des milliers de pailles au fil de sa vie, à condition d'être réellement réutilisée longtemps.
Le meilleur bilan reste donc d'éviter la paille lorsqu'on n'en a pas besoin, puis de choisir une paille réutilisable qu'on garde et qu'on lave pendant des années. La paille jetable, qu'elle soit en papier ou en plastique, reste un objet à usage unique : changer de matériau ne règle qu'une partie du problème.
Les pailles comestibles et autres innovations
Depuis les interdictions, de nombreuses innovations ont vu le jour : des pailles faites de pâtes alimentaires, de riz, de tiges végétales séchées, d'algues ou de sucre, qu'on peut manger ou composter après usage. Certaines tiennent bien dans les boissons froides, d'autres moins dans les boissons chaudes ou très gazeuses. Comme pour le papier, ces produits restent généralement à usage unique; ils sont intéressants pour les événements et les commerces, mais ne valent pas une paille réutilisable bien entretenue à la maison.
La paille, une question d'accessibilité
Pour de nombreuses personnes, la paille n'est pas un accessoire, mais un outil essentiel : les personnes qui vivent avec certains handicaps physiques, des troubles de déglutition ou des maladies neuromusculaires en ont besoin pour boire de façon autonome et sécuritaire. Les organismes de défense des droits des personnes handicapées ont d'ailleurs insisté pour que les interdictions tiennent compte de ces besoins, d'où l'exception prévue au Canada pour les pailles flexibles en plastique.
Les pailles en papier, qui ramollissent, et les pailles rigides en métal ou en verre, qui peuvent blesser en cas de mouvements involontaires, ne conviennent pas à tout le monde. Les commerces devraient donc garder des pailles flexibles à offrir sur demande, sans exiger de justification.
Au-delà des pailles : les règlements au Québec
Au Québec, plusieurs municipalités ont adopté leurs propres règlements sur les articles à usage unique, qui vont parfois plus loin que la réglementation fédérale, selon RECYC-QUÉBEC. Certaines visent aussi les gobelets, les contenants pour emporter ou la vaisselle jetable, avec des obligations ou des frais pour les commerçants. Les règles varient d'une ville à l'autre : renseigne-toi auprès de ta municipalité si tu exploites un commerce de restauration.
Entretenir une paille réutilisable
Une paille réutilisable doit être bien nettoyée pour rester hygiénique. Rince-la immédiatement après usage, surtout après une boisson sucrée ou un smoothie, puis lave-la à l'eau chaude savonneuse avec un petit goupillon adapté à son diamètre. La plupart des pailles en acier et en verre vont au lave-vaisselle, de préférence dans le panier à ustensiles. De temps en temps, un trempage dans de l'eau et du vinaigre élimine les dépôts. Laisse-la bien sécher avant de la ranger, et garde-en une dans ton sac, avec ton gobelet réutilisable, pour éviter les pailles jetables en déplacement.
Les pailles et la faune
Les petits objets en plastique, comme les pailles, sont parmi les plus difficiles à récupérer une fois dans l'environnement : légers, ils sont emportés par le vent et l'eau jusque dans les cours d'eau et les océans. Selon l'évaluation scientifique d'Environnement et Changement climatique Canada et de Santé Canada, la pollution plastique nuit aux animaux, qui peuvent s'y empêtrer ou en avaler, et les plastiques se fragmentent au fil du temps en morceaux de plus en plus petits. Les pailles retrouvées lors des nettoyages de rives et de plages rappellent que même un objet utilisé quelques minutes peut persister longtemps dans la nature.
Ce que doivent savoir les commerçants
Depuis le 20 décembre 2023, les commerces ne peuvent plus vendre ni offrir de pailles en plastique à usage unique, à l'exception des pailles flexibles, permises sous certaines conditions précisées par le règlement fédéral. Le mot vente comprend aussi le fait de donner une paille à un client avec sa boisson. Avant de commander tes fournitures, vérifie la composition des pailles proposées, et consulte la fiche d'information d'Environnement et Changement climatique Canada pour connaître les conditions applicables aux pailles flexibles, notamment pour les commerces de détail et les établissements de soins.
Organiser un événement sans paille
Pour une fête, un mariage ou un événement d'entreprise, la façon la plus simple de réduire les déchets est de servir les boissons sans paille par défaut, dans de la vaisselle réutilisable. Prévois quelques pailles réutilisables lavables ou des pailles flexibles pour les invités qui en ont besoin, et affiche-le discrètement. Les boissons à la pompe, les pichets et les verres consignés réduisent aussi beaucoup les déchets. Pour d'autres idées, lis notre guide pour organiser une fête écoresponsable.
Faut-il bannir toutes les pailles jetables?
Le débat sur les pailles a parfois été critiqué : elles ne représentent qu'une petite part des déchets plastiques, et se concentrer sur elles pourrait détourner l'attention d'enjeux plus importants, comme les emballages alimentaires ou les plastiques de l'industrie. Leurs défenseurs répondent que la paille est un geste symbolique facile, qui ouvre la porte à des changements d'habitudes plus larges. Les deux arguments ont leur part de vérité : la paille n'est qu'un début, et l'essentiel reste de réduire l'ensemble des objets à usage unique dans notre quotidien.
Concrètement, chacun peut commencer par les gestes les plus faciles : refuser la paille quand on n'en a pas besoin, garder un gobelet et une paille réutilisables dans son sac, choisir des commerces qui servent sur place dans de la vaisselle lavable, et privilégier les produits peu emballés. Ces petits changements, répétés au quotidien et multipliés par des millions de personnes, ont un effet bien plus grand qu'on ne l'imagine sur la quantité de déchets plastiques produits chaque année.
En résumé
La paille en papier a été inventée en 1888 par l'Américain Marvin Stone, qui l'a fabriquée en enroulant du papier paraffiné autour d'un crayon pour remplacer les pailles de seigle. Supplantée par le plastique au vingtième siècle, elle est revenue avec les interdictions : au Canada, la vente des pailles en plastique à usage unique est interdite depuis décembre 2023, une interdiction confirmée par la Cour d'appel fédérale en janvier 2026, avec une exception pour les pailles flexibles nécessaires à l'accessibilité. Mais les pailles en papier ont leurs limites, dont la présence fréquente de PFAS selon une étude de 2023. Le plus écologique reste de s'en passer, ou d'utiliser une paille réutilisable, en gardant toujours l'accessibilité en tête.
Sources
Sources officielles et études consultées en octobre 2026.
- Fiche d'information : Règlement interdisant les plastiques à usage unique, Environnement et Changement climatique Canada, 2024.
- La Cour d'appel fédérale maintient l'interdiction des plastiques à usage unique, La Presse, 2026.
- Décision de la Cour d'appel fédérale sur l'interdiction des articles en plastique, Conseil canadien du commerce de détail, 2026.
- Réglementations sur les produits à usage unique, RECYC-QUÉBEC, 2024.
- Paper straws may not be better for the environment than plastic (étude de l'Université d'Anvers, Food Additives and Contaminants), ITV News, 2023.
- Marvin Stone (inventeur de la paille en papier, brevet de 1888), Wikipedia, 2025.
- Global Plastics Outlook : 9 % des déchets plastiques recyclés, 22 % mal gérés (OCDE), Circular Online, 2022.
- Évaluation scientifique de la pollution plastique, Environnement et Changement climatique Canada et Santé Canada, 2020.
Questions fréquentes
Qui a inventé la paille en papier?
Marvin Stone, un fabricant de Washington, a breveté la paille en papier en 1888. Il cherchait une solution de rechange aux pailles faites de tiges de seigle, qui donnaient un goût herbacé aux boissons et se désagrégeaient. Il a enroulé du papier autour d'un crayon et l'a enduit de paraffine pour le rendre étanche.
Les pailles en plastique sont-elles interdites au Canada?
Oui. Le Règlement interdisant les plastiques à usage unique interdit la fabrication et l'importation des pailles en plastique à usage unique depuis le 20 décembre 2022, et leur vente depuis le 20 décembre 2023, avec une exception pour certaines pailles flexibles, notamment pour l'accessibilité. Le 30 janvier 2026, la Cour d'appel fédérale a confirmé la base légale de cette interdiction.
Les pailles en papier contiennent-elles des produits chimiques?
Une étude belge publiée en 2023 dans la revue Food Additives and Contaminants a détecté des PFAS, des substances dites éternelles, dans 18 des 20 marques de pailles en papier analysées. Les concentrations étaient faibles, et l'étude n'a pas mesuré leur passage dans les boissons. Aucune des pailles en acier inoxydable testées n'en contenait.


