Les origines historiques du chanvre : des premières civilisations au retour d'aujourd'hui
Le chanvre est l'une des plus anciennes plantes cultivées par l'humain. Pendant des millénaires, il a fourni des fibres pour les cordes, les voiles, les tissus et le papier, et des graines pour l'alimentation. Presque disparu au vingtième siècle, il revient aujourd'hui dans les champs et les produits du quotidien. Voici son histoire, des premières civilisations jusqu'au Québec d'aujourd'hui.

Peu de plantes ont accompagné l'humanité aussi longtemps que le chanvre. Ses fibres, parmi les plus résistantes du monde végétal, ont servi à fabriquer des cordes, des filets, des voiles, des vêtements et du papier, et ses graines ont nourri les humains et les animaux. Son histoire suit celle des grandes civilisations, de la navigation, de l'agriculture et, plus récemment, des lois sur le cannabis. Pour connaître ses usages actuels, lis aussi notre article sur le chanvre, une plante complète.
Une des premières plantes cultivées
Le chanvre est considéré comme l'une des plus anciennes plantes cultivées par l'humain. Il y a des milliers d'années, en Asie, et en particulier en Chine, on l'utilisait déjà pour ses fibres, avec lesquelles on fabriquait des cordes, des filets et des tissus, et pour ses graines, consommées comme aliment. Les fibres de chanvre ont aussi servi à fabriquer certains des premiers papiers. La plante, robuste et adaptable, s'est ensuite répandue vers l'ouest, en Asie centrale, au Moyen-Orient et en Europe.
Le chanvre en Europe
En Europe, le chanvre était cultivé dans de nombreuses régions, en particulier pour ses fibres. Au Moyen Âge et jusqu'à l'époque moderne, il servait à fabriquer des toiles, des vêtements de travail, des sacs, des cordes et du papier. Dans les villages, le travail du chanvre, du rouissage au teillage, puis au filage et au tissage, occupait une place importante dans la vie des familles paysannes. Selon l'interprofession du chanvre, la France reste aujourd'hui l'un des principaux producteurs européens.
Le chanvre et la marine à voile
À l'époque des grands navires à voile, le chanvre était une ressource stratégique. Les voiles, les cordages, les filets et le calfatage des navires dépendaient de ses fibres résistantes à l'eau salée. Un grand voilier nécessitait des quantités considérables de chanvre pour son gréement. Les puissances maritimes encourageaient donc fortement sa culture, et certaines l'imposaient même aux agriculteurs. Le mot canevas, qui désignait une toile solide, vient d'ailleurs du latin cannabis.
Le chanvre en Nouvelle-France
Le chanvre a aussi traversé l'Atlantique avec les colons européens. En Nouvelle-France, les autorités coloniales ont encouragé sa culture, notamment pour produire localement les toiles et les cordages nécessaires à la colonie et à la navigation, plutôt que de les importer de France. Comme ailleurs en Amérique du Nord, le chanvre faisait partie des cultures utiles des premières fermes, même si sa production est restée modeste comparativement à l'Europe.
Le déclin au vingtième siècle
À partir du dix-neuvième siècle, plusieurs facteurs ont réduit l'importance du chanvre : la concurrence du coton, plus facile à transformer mécaniquement, la fin progressive de la marine à voile, puis l'arrivée des fibres synthétiques issues du pétrole au vingtième siècle. Le travail du chanvre, exigeant en main-d'œuvre, a été délaissé au profit d'autres cultures. Enfin, au vingtième siècle, les restrictions légales visant le cannabis ont englobé le chanvre industriel, pourtant très pauvre en THC, ce qui a presque fait disparaître sa culture en Amérique du Nord.
Le retour du chanvre
À la fin du vingtième siècle, l'intérêt pour le chanvre industriel renaît, porté par la recherche de matériaux renouvelables et d'aliments nutritifs. Au Canada, la culture commerciale du chanvre industriel est de nouveau permise depuis 1998, sous licence et avec des variétés approuvées à faible teneur en THC. Elle est aujourd'hui encadrée par le Règlement sur le chanvre industriel, adopté en vertu de la Loi sur le cannabis. La production canadienne s'est surtout développée dans les Prairies, d'abord pour les graines destinées à l'alimentation.
Les usages d'aujourd'hui
Aujourd'hui, le chanvre est valorisé dans son intégralité. Selon l'interprofession du chanvre, ses graines servent à l'alimentation humaine et animale et à l'huile, ses fibres aux textiles techniques, à la papeterie et à l'isolation, et sa chènevotte à la litière animale, au paillage et au béton de chanvre. Selon la DREAL Grand Est, le chanvre est ainsi utilisé dans son intégralité, ce qui limite les déchets de la filière. Les fleurs, qui contiennent du CBD, font l'objet d'un encadrement particulier.
Le chanvre dans la construction
L'utilisation du chanvre dans la construction a elle aussi une longue histoire : des mortiers et des enduits contenant des fibres végétales ont été utilisés dans de nombreuses régions. Aujourd'hui, le béton de chanvre, mélange de chènevotte, de chaux et d'eau, connaît un regain d'intérêt pour l'isolation des bâtiments. Selon la Fédération française du bâtiment, il est utilisé pour le remplissage et le doublage des murs, sans rôle porteur. Il illustre bien comment une plante ancienne trouve de nouveaux usages modernes.
Le chanvre et le cannabis : une distinction moderne
Pendant des millénaires, le chanvre a surtout été cultivé pour ses fibres et ses graines. Les variétés de chanvre industriel cultivées aujourd'hui sont sélectionnées pour leur très faible teneur en THC, la substance qui procure un effet psychotrope, ce qui les distingue des variétés de cannabis. Cette distinction, aujourd'hui inscrite dans la loi, a permis le retour du chanvre industriel dans les champs canadiens. Selon Santé Canada, le CBD, extrait des fleurs, reste toutefois encadré par la Loi sur le cannabis.
Les mots du chanvre
Le chanvre a laissé des traces dans la langue. Le mot canevas, une toile solide, viendrait du latin cannabis. Le mot chènevotte désigne la partie ligneuse de la tige, et chènevis les graines de chanvre, que l'on donnait autrefois aux oiseaux. Les chènevières étaient les champs de chanvre, et plusieurs noms de lieux en Europe en gardent la mémoire. Ces mots rappellent combien la plante était présente dans la vie quotidienne de nos ancêtres.
Le travail traditionnel du chanvre
Avant la mécanisation, transformer le chanvre demandait beaucoup de travail. Après la récolte, les tiges étaient rouies, c'est-à-dire laissées à décomposer partiellement, dans l'eau ou étalées au champ, pour décoller les fibres de la partie ligneuse. On les faisait ensuite sécher, puis on les broyait et on les teillait pour séparer les fibres de la chènevotte. Les fibres étaient alors peignées, filées et tissées. Ce travail, souvent collectif, rythmait l'automne et l'hiver dans de nombreux villages d'Europe et d'Amérique.
Le chanvre et le papier
Pendant des siècles, une grande partie du papier était fabriquée à partir de chiffons de lin et de chanvre usés, récupérés puis broyés. Les fibres de chanvre, longues et résistantes, donnaient un papier durable. Avec l'arrivée de la pâte de bois au dix-neuvième siècle, beaucoup moins coûteuse, le papier de chanvre est devenu marginal. Il est aujourd'hui utilisé pour certains papiers spéciaux, comme les papiers fins et techniques, selon l'interprofession du chanvre.
Le chanvre dans l'alimentation traditionnelle
Les graines de chanvre, ou chènevis, ont longtemps fait partie de l'alimentation de certaines populations, en particulier en Asie et en Europe de l'Est, sous forme de bouillies, de galettes ou d'huile. Elles servaient aussi à nourrir les oiseaux et le bétail. Aujourd'hui, les graines décortiquées, l'huile et la poudre de protéines de chanvre reviennent dans l'alimentation, appréciées pour leurs protéines, leurs fibres et leurs acides gras. Pour en savoir plus, lis notre guide sur les protéines de chanvre.
Le chanvre au Québec aujourd'hui
Au Québec, la filière du chanvre reste plus modeste que dans les Prairies, mais elle se développe. Des producteurs cultivent le chanvre pour ses graines ou ses fibres, et des transformateurs explorent des débouchés locaux, de l'alimentation aux matériaux de construction. Les défis restent nombreux, notamment pour la transformation des tiges, qui demande des équipements spécialisés. Pour en savoir plus, lis notre article sur les défis de la culture du chanvre.
Ce que l'histoire nous apprend
L'histoire du chanvre montre qu'une plante peut être à la fois banale et essentielle, oubliée puis redécouverte. Pendant des millénaires, nos ancêtres l'ont utilisée entièrement, sans gaspillage, pour se vêtir, se nourrir, naviguer et écrire. Aujourd'hui, la recherche de matériaux renouvelables, d'aliments nutritifs et de cultures plus sobres en intrants redonne au chanvre une place dans l'agriculture et l'industrie. Son retour rappelle que certaines solutions d'avenir se trouvent parfois dans les savoirs du passé, à condition de les adapter aux connaissances et aux réalités d'aujourd'hui. La recherche agronomique, la sélection de variétés adaptées au climat québécois et le développement d'usines de transformation régionales seront déterminants pour que le chanvre retrouve, chez nous aussi, une place durable dans les champs et dans les produits du quotidien. Les consommateurs y contribuent aussi en choisissant des produits de chanvre cultivés ici. Chaque achat local compte.
En résumé
Le chanvre accompagne l'humanité depuis des milliers d'années : cultivé d'abord en Asie pour ses fibres et ses graines, il s'est répandu en Europe, où il fut essentiel à la marine à voile, puis en Amérique, y compris en Nouvelle-France. Délaissé au vingtième siècle à cause du coton, des fibres synthétiques et des restrictions légales visant le cannabis, il revient depuis la fin du vingtième siècle. Au Canada, sa culture est de nouveau permise depuis 1998 et encadrée par le Règlement sur le chanvre industriel. Aujourd'hui, toutes ses parties sont valorisées, de l'alimentation à la construction.
Sources
Sources officielles et études consultées en octobre 2026.
- Miser sur le chanvre : débouchés des graines, des fibres et de la chènevotte, InterChanvre, Chambres d'agriculture de Normandie, 2022.
- La construction en chanvre : de la plante au matériau, DREAL Grand Est, 2021.
- Béton de chanvre : atouts, mise en œuvre et performances, Fédération française du bâtiment, 2024.
- Règlement sur le chanvre industriel (DORS/2018-145), Ministère de la Justice du Canada, 2026.
- Cannabidiol (CBD), Santé Canada, 2025.
Questions fréquentes
Depuis quand cultive-t-on le chanvre?
Depuis des milliers d'années. Le chanvre est considéré comme l'une des premières plantes cultivées par l'humain, en particulier en Asie, pour ses fibres et ses graines. Sa culture s'est ensuite répandue en Europe, puis dans les Amériques avec les colons européens.
Pourquoi le chanvre a-t-il presque disparu au vingtième siècle?
Plusieurs facteurs y ont contribué : la concurrence du coton et des fibres synthétiques issues du pétrole, la mécanisation d'autres cultures, la fin de la marine à voile, puis les restrictions légales visant le cannabis, qui ont englobé le chanvre industriel, pourtant pauvre en THC.
Depuis quand peut-on cultiver le chanvre au Canada?
La culture commerciale du chanvre industriel est de nouveau permise au Canada depuis 1998, sous licence et avec des variétés à faible teneur en THC. Elle est aujourd'hui encadrée par le Règlement sur le chanvre industriel, adopté en vertu de la Loi sur le cannabis.


