Cueillir dans les parcs au Québec : ce qui est permis, et où
Tout dépend de qui gère le territoire. Dans un parc national du Québec, tu peux cueillir des petits fruits, à certaines conditions. Dans un parc national du Canada ou au parc de la Gatineau, tu ne cueilles rien. Voici les règles, territoire par territoire, et quoi faire si un employé te demande d'arrêter.

Cueille seulement ce que tu identifies avec certitude, idéalement avec une personne d'expérience. Certaines espèces sont protégées au Québec (par exemple l'ail des bois) : informe-toi des règles avant de récolter.
« Est-ce que j'ai le droit de cueillir ici? » La question revient chaque automne, et la réponse surprend souvent : elle dépend moins de ce que tu cueilles que de qui gère le terrain. Un « parc national » peut relever du gouvernement du Québec, par la Sépaq, ou du gouvernement du Canada, par Parcs Canada, et les deux n'ont pas du tout les mêmes règles. Voici ce qui est permis, et où, d'après les règlements et les consignes officielles.
La réponse courte
| Territoire | Qui le gère | Petits fruits | Champignons, plantes, fleurs | À qui demander |
|---|---|---|---|---|
| Parc national du Québec | Sépaq | Oui, en zone d'ambiance, sans sortir des sentiers, pour ta consommation | Non | L'accueil du parc |
| Parc national du Canada (La Mauricie, Forillon) | Parcs Canada | Non, sauf permis | Non, sauf permis | Parcs Canada |
| Parc de la Gatineau et terrains de la CCN | Commission de la capitale nationale | Non | Non | La CCN |
| Réserve nationale de faune | Environnement et Changement climatique Canada | Selon l'avis de la réserve | Enlever un végétal : non, sans permis | L'avis affiché à la réserve |
| Réserve écologique | Gouvernement du Québec | Non : l'accès est interdit sans autorisation | Non | Le ministère de l'Environnement |
| Zec | L'organisme qui gère la zec | Oui, après t'être enregistré | Oui, sauf les espèces protégées | Le poste d'accueil de la zec |
| Réserve faunique, pourvoirie | La Sépaq ou un autre organisme | À vérifier | À vérifier | L'organisme qui gère le territoire |
| Terres publiques | Gouvernement du Québec | Rien de précis dans la page officielle | Les espèces protégées le restent | Le ministère des Ressources naturelles et des Forêts |
| Parc municipal ou régional | La ville ou la MRC | Selon le règlement local | Selon le règlement local | La ville ou la MRC |
| Terrain privé | Le propriétaire | Avec sa permission | Avec sa permission | Le propriétaire |
Parcs nationaux du Québec : les petits fruits, et rien d'autre
Le Règlement sur les parcs, qui s'applique aux parcs nationaux du Québec, interdit de couper, d'endommager ou d'enlever des plantes, des champignons ou leurs parties. Il prévoit une exception : la cueillette de produits végétaux comestibles, sauf à des fins commerciales et dans les zones de préservation. Mais le même règlement oblige aussi chaque visiteur à respecter la liste des activités permises que le directeur du parc établit, avec leurs lieux et leurs périodes. Et c'est cette liste qui fixe les vraies limites.
Au Mont-Tremblant, à la Jacques-Cartier, aux Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie, aux Îles-de-Boucherville et au Fjord-du-Saguenay, la liste dit la même chose : la cueillette de petits fruits est permise en zone d'ambiance seulement, sans sortir des sentiers et des aires de marche, et pour consommation personnelle seulement. Les activités qui ne figurent pas sur la liste sont interdites. Concrètement, quelques framboises ou quelques bleuets au bord du sentier, oui. Les champignons, les plantes et les fleurs, y compris les têtes de violon et l'ail des bois, non. Chaque parc a sa propre liste : vérifie celle du parc où tu vas.
Le règlement découpe chaque parc en cinq types de zones : ambiance, préservation extrême, préservation, récréation intensive et services. La zone d'ambiance sert à découvrir le paysage et le patrimoine naturel, avec des aménagements qui la rendent accessible, comme les sentiers. Les zones de préservation sont d'abord vouées à la protection du milieu naturel : la cueillette n'y est pas permise, et la zone de préservation extrême n'est accessible qu'exceptionnellement. Dans le doute sur la zone où tu te trouves, demande à l'accueil.
Une infraction au règlement peut coûter de 125 $ à 3 125 $, selon la Loi sur les parcs, et le contrevenant peut être expulsé du parc. Une précision : les membres d'une communauté autochtone qui pratiquent des activités à des fins alimentaires, rituelles ou sociales ne sont pas soumis à la liste des activités, sauf en zone de préservation extrême.
Tu t'es fait avertir par un employé?
C'est arrivé à bien du monde, et l'employé avait souvent raison. Voici les raisons les plus probables :
- tu cueillais autre chose que des petits fruits : des champignons, des plantes ou des fleurs;
- tu étais sorti du sentier, ce que les listes d'activités interdisent;
- tu étais dans une zone de préservation, où la cueillette n'est pas permise;
- l'employé appliquait la consigne générale de la Sépaq, qui interdit « en tout temps » de prélever des éléments naturels, comme les plantes, le bois mort ou les roches. L'exception des petits fruits figure seulement dans la liste d'activités de chaque parc;
- tu étais dans un parc national du Canada, où la cueillette est interdite.
Le bon réflexe : arrête sur le moment, puis demande la liste des activités à l'accueil. Le règlement oblige le parc à l'afficher à l'accueil ou à un autre endroit bien visible, et à en remettre une copie à quiconque la demande. Si tu cueillais des petits fruits sur le sentier, en zone d'ambiance, la liste te donne raison. Sinon, tu sauras à quoi t'en tenir la prochaine fois.
Parcs nationaux du Canada : on ne cueille pas
Au Québec, Parcs Canada gère notamment les parcs nationaux de la Mauricie et de Forillon. Là, la règle est simple : le Règlement général sur les parcs nationaux interdit d'enlever, d'abîmer, d'endommager ou de détruire la flore ou les objets naturels, sauf avec un permis. La Mauricie le rappelle à ses visiteurs : il n'est pas permis de cueillir ou de piétiner les fleurs, les plantes, les champignons et les végétaux, et il faut rester dans les sentiers. À Forillon, il est interdit de cueillir, de mutiler ou de détruire tout élément naturel ou culturel, de la vie végétale aux fossiles et au bois mort.
Ni le règlement ni ces consignes ne prévoient d'exception pour les petits fruits. Si tu passes de la Mauricie à un parc de la Sépaq dans la même semaine, les règles changent du tout au tout, même si les deux s'appellent « parc national ».
Parc de la Gatineau, réserves de faune et réserves écologiques : on regarde sans toucher
Le parc de la Gatineau n'est pas un parc national : il relève de la Commission de la capitale nationale (CCN), un organisme fédéral. La CCN est claire : la cueillette n'est permise sur aucun des terrains qu'elle gère, et une infraction à ses règlements peut coûter jusqu'à 500 $. Au printemps 2021, elle a saisi 7 000 bulbes d'ail des bois cueillis illégalement dans le parc.
Dans les réserves nationales de faune, gérées par Environnement et Changement climatique Canada, un avis fixe les activités permises dans chaque réserve. À la pointe de l'Est, aux Îles-de-la-Madeleine, on peut marcher, observer la nature et photographier dans les zones aménagées, mais il est interdit de détruire ou d'enlever un végétal sans permis.
Les réserves écologiques du Québec vont encore plus loin. La Loi sur la conservation du patrimoine naturel interdit à quiconque de s'y trouver et d'y faire quelque activité que ce soit, sauf avec l'autorisation du ministre, pour l'éducation, la recherche ou la gestion. Une personne qui y entre sans autorisation s'expose à une sanction administrative de 250 $.
Zecs, réserves fauniques et terres publiques : renseigne-toi auprès du gestionnaire
Dans les zecs, la cueillette est permise, rappelle le Réseau Zec, à condition de la pratiquer de façon responsable et de t'enregistrer au poste d'accueil ou en ligne, ce qui est obligatoire. On évite d'en prendre plus que ce qu'on va manger, et certaines espèces, comme l'ail des bois et le ginseng à cinq folioles, sont interdites ou très encadrées.
Pour les réserves fauniques, les pourvoiries et les parcs, le gouvernement du Québec renvoie aux organismes qui les gèrent et les réglementent : c'est à eux qu'il faut poser la question avant de partir. Quant aux terres publiques, la page officielle sur les activités permises en territoire public ne traite pas de la cueillette. Pour une question précise, le ministère des Ressources naturelles et des Forêts répond au 1 844 282-8277. Une chose est sûre : les règles sur les plantes menacées ou vulnérables s'appliquent partout, sur les terres publiques comme sur les terres privées.
Parcs municipaux et terrains privés
Dans les parcs d'une ville ou d'une MRC, c'est le règlement local qui s'applique, et il varie d'un endroit à l'autre. Montréal, par exemple, demande de laisser les fleurs et les plantes dans leur milieu, parce qu'elles nourrissent et abritent les oiseaux et les insectes pollinisateurs. Elle cite le trille blanc et le podophylle pelté, une espèce menacée qui peut mettre plusieurs années à fleurir. Avant de cueillir dans un parc de ta ville, consulte son règlement ou renseigne-toi auprès d'elle.
Sur un terrain privé, demande toujours la permission au propriétaire, même dans un boisé qui semble abandonné. C'est souvent là qu'on trouve les plus belles talles, et un oui en bonne et due forme évite bien des malentendus.
Partout : les plantes protégées
Peu importe le territoire, certaines plantes ont leurs propres règles. L'ail des bois est une espèce vulnérable au Québec : sa vente et sa cueillette à des fins commerciales sont interdites depuis 1995. Pour ta propre consommation, tu peux en cueillir au plus 50 bulbes ou 200 g de toute partie de la plante, par année. Dans les aires protégées, tout prélèvement est interdit. Pour la possession d'ail des bois destiné à la vente ou cueilli en trop grande quantité, les amendes vont de 10 000 $ à 6 millions de dollars. Et si tu as envie d'en faire pousser chez toi, lis d'abord ce que la loi permet pour cultiver l'ail des bois.
D'autres plantes sont désignées vulnérables à la récolte. Pour celles-là, une personne peut récolter au plus cinq plants entiers par année. Renseigne-toi sur Québec.ca avant de déterrer une plante entière.
Avant de partir : la liste de vérification
- Qui gère le territoire? Sépaq, Parcs Canada, CCN, zec, ville ou propriétaire : les règles changent du tout au tout.
- Que dit la liste des activités? Dans un parc national du Québec, demande-la à l'accueil ou consulte-la sur le site du parc.
- Reste sur les sentiers. C'est une condition de la cueillette dans les parcs de la Sépaq, et c'est ce qui protège la végétation fragile.
- Identifie avec certitude. Dans le doute, on ne cueille pas. Plusieurs petits fruits rouges d'automne ont des sosies toxiques : notre guide sur les petits fruits rouges à ne pas confondre t'aide à les distinguer. En cas d'ingestion, appelle le Centre antipoison du Québec au 1 800 463-5060.
- Cueille peu. Prends ce que tu vas manger, et laisse le reste aux animaux et aux autres cueilleurs.
Pour savoir quoi cueillir et quand, consulte notre calendrier de cueillette du Québec. Cet automne, les fruits du sorbier et de la viorne trilobée se cueillent après le gel, tout comme les cynorrhodons; ceux du rosier rugueux, une espèce introduite, se cueillent sans scrupule, là où c'est permis. Et pour profiter des parcs sans les abîmer, nos conseils sont dans l'importance des parcs naturels.
Sources
- Règlement sur les parcs (RLRQ, c. P-9, r. 25), LégisQuébec, 2026.
- Loi sur les parcs (RLRQ, c. P-9), LégisQuébec, 2026.
- Liste des activités offertes : parc national du Mont-Tremblant, Sépaq, 2026.
- Liste des activités offertes : parc national de la Jacques-Cartier, Sépaq.
- Réglementation dans les parcs nationaux du Québec, Sépaq.
- Règlement général sur les parcs nationaux (DORS/78-213), article 10, gouvernement du Canada, 2024.
- Directives aux visiteurs : parc national de la Mauricie, Parcs Canada, 2026.
- Réglementation : parc national Forillon, Parcs Canada, 2026.
- Les effets de la cueillette dans la capitale, Commission de la capitale nationale.
- Avis d'Environnement Canada : réserve nationale de faune de la Pointe-de-l'Est, Environnement et Changement climatique Canada.
- Loi sur la conservation du patrimoine naturel (RLRQ, c. C-61.01), LégisQuébec, 2026.
- Des habitats protégés au naturel : les réserves écologiques, ministère de l'Environnement du Québec.
- Le guide de la cueillette en zec, Réseau Zec.
- Activités permises sur le territoire public, gouvernement du Québec, 2026.
- Autorisation pour une activité : espèces floristiques menacées ou vulnérables, gouvernement du Québec, 2026.
- Québec veut mieux protéger l'ail des bois, cabinet du ministre de l'Environnement, 2023.
- Les bons comportements à adopter dans les parcs, Ville de Montréal, 2026.
Questions fréquentes
Peut-on cueillir des champignons dans un parc national du Québec?
Non. Les listes d'activités des parcs de la Sépaq ne permettent que la cueillette de petits fruits, en zone d'ambiance, sans sortir des sentiers et pour ta propre consommation. Les champignons, les plantes et les fleurs sont interdits.
Peut-on cueillir des bleuets au parc national de la Mauricie?
Non. La Mauricie est un parc de Parcs Canada : le Règlement général sur les parcs nationaux interdit d'enlever la flore sans permis, et le parc rappelle qu'il n'est pas permis d'y cueillir des fleurs, des plantes ou des champignons. C'est la même chose à Forillon.
Peut-on cueillir dans le parc de la Gatineau?
Non. La Commission de la capitale nationale ne permet la cueillette sur aucun des terrains qu'elle gère, et une infraction à ses règlements peut coûter jusqu'à 500 $.
Combien d'ail des bois peut-on cueillir au Québec?
Pour ta propre consommation, au plus 50 bulbes ou 200 g de toute partie de la plante, par personne et par année. La vente et la cueillette à des fins commerciales sont interdites, tout comme le prélèvement dans les aires protégées.
Que faire si un employé du parc me demande d'arrêter de cueillir?
Arrête sur le moment, puis demande la liste des activités à l'accueil : le règlement oblige le parc à l'afficher et à la remettre à qui la demande. Si tu cueillais des petits fruits sur le sentier, en zone d'ambiance, la liste te donne raison. Sinon, l'employé appliquait la règle.


