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Sorbier et viorne trilobée (pimbina) : les fruits à cueillir après le gel, toujours cuits

Quand les feuilles tombent, deux plantes restent chargées de grappes rouges et orangées : le sorbier et la viorne trilobée, qu'on appelle pimbina au Québec. Amers ou musqués crus, leurs fruits deviennent, une fois cuits et filtrés, des gelées et des sauces qui accompagnent à merveille le gibier et les fromages. Voici comment les reconnaître sans te tromper, quand les cueillir et comment les apprêter.

Sorbier et viorne trilobée (pimbina) : les fruits à cueillir après le gel, toujours cuits

Cueille seulement ce que tu identifies avec certitude, idéalement avec une personne d'expérience. Certaines espèces sont protégées au Québec (par exemple l'ail des bois) : informe-toi des règles avant de récolter.

Quand les érables ont perdu leurs feuilles, deux plantes restent chargées de grappes rouges et orangées, en lisière des bois, au bord de l'eau et jusque sur les terrains, où on les plante pour l'ornement : le sorbier et la viorne trilobée, que les Québécois appellent pimbina. Crus, les fruits du sorbier sont amers et astringents; ceux du pimbina, acides et musqués. Cuits, filtrés et sucrés, ils donnent des gelées et des sauces aigres-douces qui vont à merveille avec le gibier, l'agneau et les fromages.

Ce guide t'aide à les reconnaître sans te tromper, à choisir ton moment et à les apprêter, et il résume pourquoi on les mange toujours cuits. Notre article sur les petits fruits rouges d'automne à ne pas confondre avec les cynorrhodons les survolait; il présente aussi les baies toxiques de la saison. Si tu as déjà cueilli des cynorrhodons après le gel, tu connais la marche à suivre : un fruit bien identifié, une cuisson, un filtre.

Reconnaître le sorbier : feuilles composées et petites pommes orangées

Le sorbier est un petit arbre de la famille des rosacées, celle du pommier. Ses fruits sont d'ailleurs des pommes miniatures, au sens botanique : orange vif à rouges, de 4 mm à environ 1 cm selon l'espèce, réunis en larges grappes. Ils mûrissent à la fin de l'été et restent souvent sur l'arbre tout l'hiver.

Le repère le plus sûr, ce sont les feuilles. Elles sont alternes, disposées une à une le long du rameau, et composées : chaque feuille, longue de 15 à 25 cm, porte de 11 à 19 folioles dentées, alignées de part et d'autre d'une tige centrale. Au début de l'été, l'arbre se couvre de petites fleurs blanches à cinq pétales, réunies en bouquets plats ou arrondis qui peuvent atteindre 13 cm de largeur.

Trois sorbiers à départager

  • Le sorbier d'Amérique (Sorbus americana), indigène dans l'est de l'Amérique du Nord, y compris dans le sud du Québec. On l'appelle aussi cormier ou mascouabina, un nom d'origine innue, selon l'Office québécois de la langue française (OQLF). Ses folioles sont longues et effilées (de 3,3 à plus de 4 fois plus longues que larges), ses bourgeons d'hiver sont luisants et collants, et il peut atteindre une dizaine de mètres. Ses fruits, de 4 à 7 mm, sont plus petits que ceux du sorbier plaisant.
  • Le sorbier plaisant (Sorbus decora), lui aussi indigène, présent dans une grande partie du nord-est du continent. Ses folioles sont proportionnellement plus larges (moins de 3,3 fois plus longues que larges), et ses fleurs comme ses fruits sont un peu plus gros : les fruits mesurent surtout de 7 à 11 mm, selon la Flora of North America.
  • Le sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia), un arbre d'ornement d'origine européenne qui s'échappe parfois des aménagements. Il est velu : ses pétioles, ses bourgeons et ses folioles portent des poils, et la dent au bout de chaque foliole ne dépasse pas les autres.

En cuisine, les sources traitent ces trois sorbiers de la même façon. Note seulement que les données sur l'acide parasorbique, plus bas, viennent du sorbier des oiseleurs.

Reconnaître le pimbina : feuilles d'érable, fleurs en dentelle et noyau plat

La viorne trilobée (Viburnum trilobum, aussi nommée Viburnum opulus var. americanum) est un arbuste indigène qui peut atteindre 4 m, aux branches dressées et arquées. Au Québec, on l'appelle surtout pimbina, un mot d'origine algonquienne qui désigne aussi son fruit, selon l'OQLF. Elle pousse dans les bois et les taillis de l'ouest et du centre du Québec, et l'USDA, le département de l'Agriculture des États-Unis, la décrit dans les bois humides, le long des ruisseaux et sur les coteaux boisés frais.

Ses feuilles rappellent celles d'un petit érable : simples, longues de 5 à 12 cm, profondément découpées en trois lobes et grossièrement dentées. Elles sont opposées, deux par deux, face à face sur le rameau. À la jonction de la feuille et du pétiole, on voit de une à six glandes, de petites bosses à examiner à la loupe. À l'automne, le feuillage vire au rouge orangé ou au pourpre rougeâtre.

En juin et en juillet, les fleurs blanches s'ouvrent en bouquets plats de 7 à 10 cm : une couronne de grandes fleurs stériles, très voyantes, entoure un cœur de petites fleurs fertiles, comme une dentelle. Les fruits suivent en août et en septembre : des drupes rouge vif de 8 à 10 mm, qui renferment chacune un seul noyau très aplati. Leur odeur est forte; le ministère de l'Agriculture du Manitoba rapporte qu'on la compare à celle de « pieds sales ». Les grappes restent souvent accrochées tout l'hiver.

Deux pimbinas au Québec

Selon l'OQLF, le mot pimbina désigne en fait deux espèces : la viorne trilobée, dans l'ouest et le centre du Québec, et la viorne comestible (Viburnum edule), dans les bois montagneux et sur les rivages de l'est et du nord. C'est cette dernière que décrit le guide de l'Université de l'Alaska cité plus bas, où ses fruits se cuisinent en jus, en gelée, en purée ou en sauce.

Et la viorne obier?

La viorne obier (Viburnum opulus), d'origine européenne, est souvent plantée et s'échappe parfois des jardins. Elle ressemble beaucoup au pimbina, mais ses fruits ont tendance à être amers, selon l'USDA, et les cultivars qui en sont issus sont cultivés seulement pour l'ornement. La différence la plus utile se cache dans les glandes du pétiole : chez l'obier, elles sont surtout creusées en petite coupe et plus larges que hautes; chez le pimbina, bombées en dôme ou en massue et plus hautes que larges. Même là, les sources ne s'accordent pas sur tous les détails : l'USDA cite un botaniste pour qui la variation entre les deux est trop grande et trop continue pour tracer une frontière nette, et rappelle qu'elles peuvent s'hybrider. Tous les critères sont dans notre article viorne trilobée ou viorne obier : ne pas les confondre. Bonne nouvelle : la viorne obier « boule de neige », aux fleurs toutes stériles, ne donne pas de fruits.

Les sosies à surveiller, et la règle d'or

Avant de cueillir, regarde la plante entière : la forme et la disposition des feuilles, le port, l'intérieur d'un fruit. Trois cas méritent ton attention.

  • Le sureau rouge (Sambucus racemosa). Ses feuilles sont composées, comme celles du sorbier, mais opposées, avec seulement 5 à 7 folioles dentées, et ses petits fruits rouges mûrissent en plein été, de juin à août. Le Centre antipoison du Québec (CAPQ) le classe parmi les plantes toxiques. L'Université d'État de la Caroline du Nord juge sa toxicité faible, mais cite notamment ses graines, ses feuilles et ses tiges parmi les parties toxiques.
  • La viorne obier, décrite plus haut. Rien de dramatique, mais l'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques (BfR) la range parmi les plantes légèrement toxiques, surtout pour ses fruits : en manger plusieurs crus peut causer des troubles digestifs.
  • Les autres petits fruits rouges de la saison. L'actée rouge, la morelle douce-amère, l'if du Canada et le cotonéaster figurent tous sur la liste des plantes toxiques du CAPQ. Leurs repères sont présentés un à un dans notre article sur les petits fruits rouges toxiques de l'automne.

La règle d'or : dans le doute, on ne cueille pas. Le CAPQ est clair : on ne consomme jamais une plante sauvage sans être absolument certain de son identité et de sa comestibilité, et une plante « non toxique » n'est pas pour autant comestible. Il recommande aussi de garder les jeunes enfants sous surveillance constante pendant la cueillette de petits fruits sauvages. Une application comme celles de notre article sur PlantNet, Seek et iNaturalist te donne une piste, jamais la permission de manger.

Si quelqu'un a avalé des fruits que tu ne peux pas identifier avec certitude, appelle le Centre antipoison du Québec au 1 800 463-5060, un service gratuit offert 24 heures sur 24. Garde une branche avec ses feuilles et ses fruits, ou une photo, pour aider à identifier la plante. En cas de symptômes graves, compose le 911.

Sorbier ou pimbina : le tableau pour s'y retrouver

Une fois qu'on a l'œil, les deux ne se confondent pas : l'un a des feuilles composées et alternes, l'autre des feuilles lobées et opposées. Voici leurs repères et leurs usages côte à côte.

RepèreSorbierPimbina (viorne trilobée)
PortPetit arbre, jusqu'à 10 m environArbuste jusqu'à 4 m, aux branches arquées
FeuillesAlternes, composées de 11 à 19 folioles dentéesOpposées, simples, à trois lobes, avec de petites glandes au sommet du pétiole
FleursPetites, blanches, en bouquets plats ou arrondis, au début de l'étéBlanches, en bouquets plats bordés de grandes fleurs stériles, en juin et juillet
FruitsPetites pommes orange vif à rouges, de 4 mm à 1 cm environDrupes rouge vif de 8 à 10 mm, un seul noyau aplati, odeur forte
Goût cruAmer et astringentAcide et musqué
Effet du gelPlusieurs gels l'adoucissentPlus tendre et plus agréable, mais moins de pectine
Pourquoi le cuireAmertume; acide parasorbique, que la chaleur transformerait (non mesuré)Goût et noyaux; confusion possible avec la viorne obier, légèrement toxique crue
PréparationÉgrapper, cuire avec des pommettes ou des pommes, filtrerÉgrapper, cuire, filtrer pour une gelée ou passer au moulin pour une sauce
Usages classiquesGelée pour le gibier, l'agneau et les fromages; jus; boissons alcooliséesGelée, sauce aigre-douce, ketchup, jus, vin et liqueur
Sosie à surveillerSureau rouge : feuilles composées mais opposées, fruits en étéViorne obier : glandes du pétiole plus larges que hautes, fruits amers

Faut-il attendre le gel? Ce que disent vraiment les sources

« Après le premier gel » : la consigne fait partie de la tradition, mais les sources ne s'entendent pas toujours sur ses raisons.

Le sorbier : des fruits moins amers

Selon l'Université de la Saskatchewan, les fruits du sorbier sont extrêmement amers avant d'être transformés, et ce sont plusieurs gels qui les adoucissent; c'est alors que certains font leur gelée. Une revue scientifique publiée en 2020 dans Antioxidants par Viive Sarv et ses collègues ajoute que l'acide parasorbique, le composé irritant du fruit cru, se décomposerait en composés sans danger après le premier gel, et que la congélation aurait le même effet. Prudence : pour le gel, les auteurs ne citent qu'une référence, une étude tchèque de 2014 sur des sorbiers hybrides, qui ne parle ni de gel ni de congélation et n'a pas dosé l'acide parasorbique. Nous n'avons trouvé aucune mesure qui confirme cet effet. La cuisson reste la règle.

Le pimbina : plus doux, mais moins de pectine

Pour le pimbina, les avis divergent. Le ministère de l'Agriculture du Manitoba note qu'on le cueille souvent après un gel, qui rend le fruit, dur et acide avant maturité, plus mou et plus agréable. Mais il perd alors de la pectine, la substance qui fait prendre les gelées : pour une gelée, le Manitoba conseille de récolter des fruits un peu avant maturité. L'USDA abonde : on cueille d'habitude le pimbina à la fin d'août ou au début de septembre, idéalement un peu avant sa pleine maturité. Cueillis après un gel fort, les fruits sont plus mous et plus agréables, mais dégagent à la cuisson une odeur de moisi. L'Université de l'Alaska observe aussi que les fruits de la viorne comestible ramollissent et s'adoucissent un peu après le premier gel.

Et l'odeur? Le Manitoba et l'USDA ne décrivent pas la même situation. Selon le Manitoba, l'odeur naturelle du fruit disparaît à la cuisson, et un zeste de citron ou d'orange aide à la chasser. L'USDA parle plutôt d'une odeur de moisi qui se dégage à la cuisson des fruits cueillis après un fort gel, et l'Université de l'Alaska prête à la viorne comestible un goût et une odeur de moisi. Notre conseil : pour une gelée, mélange des grappes cueillies avant et après le gel, ou ajoute des pommettes, riches en pectine; pour une sauce ou un jus, les fruits ramollis par le gel font très bien l'affaire.

Les oiseaux attendent aussi

Selon l'USDA, les fruits du pimbina restent souvent sur l'arbuste tout l'hiver, signe qu'ils ne sont pas les préférés de la faune : les oiseaux ne les mangent généralement qu'après plusieurs cycles de gel et de dégel. Merles, jaseurs d'Amérique et gélinottes finissent par s'en régaler, tout comme les cerfs, les orignaux et les renards. Les oiseaux raffolent aussi des fruits du sorbier, note l'Université de la Saskatchewan. En novembre, tu pioches donc dans le garde-manger d'hiver de la faune.

Pourquoi on les mange toujours cuits

Toujours cuits, oui, mais pas parce que ces fruits seraient dangereux : c'est une affaire de goût, d'un peu de chimie et de prudence.

Le sorbier : amertume et acide parasorbique

Selon la revue de Sarv et ses collègues, on ne mange pas les fruits du sorbier sauvage frais à cause de leur goût astringent, dû surtout aux tanins. Ils contiennent aussi de l'acide parasorbique, un composé qui irrite la muqueuse de l'estomac et qui, en grande quantité, peut causer une indigestion; les auteurs évoquent même des dommages aux reins. Les auteurs écrivent que la chaleur le transforme en acide sorbique, sans danger, mais sans citer de source ni de mesure : rien ne montre que ça se produise dans une casserole. Les pépins, eux, renferment de la prunasine, une substance qui peut libérer du cyanure : les auteurs jugent essentiel de séparer les graines quand on transforme le marc, la pulpe qui reste après le pressage. Une cuisson suivie d'un filtrage retient les pépins, et c'est ce que font toutes les recettes consultées, même si son effet exact sur l'acide parasorbique n'a jamais été mesuré.

Les autorités, elles, ne s'alarment pas. Le CAPQ range le sorbier d'Amérique parmi les plantes non toxiques, tout en rappelant que non toxique ne veut pas dire comestible. Le BfR cite le sorbier des oiseleurs comme exemple de plante non toxique : seule une grande quantité peut causer des troubles digestifs, en général légers. Les sources divergent donc sur le ton, mais pas sur la pratique : aucune ne recommande d'en manger crus. Le détail chimique, et ce qui reste incertain, est dans notre article pourquoi les fruits du sorbier doivent être cuits : l'acide parasorbique expliqué.

Le pimbina : goût, noyaux et prudence

Pour le pimbina, aucune des sources consultées ne décrit d'intoxication avec le fruit indigène, que l'OQLF et l'USDA présentent comme comestible. Mais cru, il est acide, son odeur est forte et chaque fruit cache un gros noyau plat; ses usages passent presque tous par la cuisson. Et sa cousine, la viorne obier, est légèrement toxique selon le BfR, qui conseille de faire boire la personne qui a avalé de 1 à 5 fruits crus et de consulter un médecin en cas de symptômes; au Québec, le premier réflexe est d'appeler le Centre antipoison du Québec au 1 800 463-5060. Comme les deux se ressemblent et peuvent s'hybrider, même si les hybrides semblent rares, la règle est la même : cuit et filtré.

Ce qui est établi, ce qui relève de la tradition, ce qui reste incertain

  • Bien documenté : les fruits crus du sorbier sont amers et astringents; la viorne obier crue peut causer des troubles digestifs légers, selon le BfR.
  • Tradition : attendre le gel avant de cueillir; servir la gelée de sorbier ou la sauce de pimbina avec le gibier.
  • Incertain : l'effet réel de la cuisson, du gel ou du congélateur sur l'acide parasorbique, que la revue de 2020 affirme sans citer de mesure; la tolérance aux fruits crus du pimbina indigène, sur laquelle nous n'avons trouvé aucune donnée; la frontière entre pimbina et viorne obier, difficile à tracer à l'œil.

Cueillir et préparer : égrapper, cuire, filtrer

Où et comment cueillir

Cherche le sorbier en lisière de forêt, au bord des cours d'eau et sur les rivages rocheux; le pimbina, dans les bois humides et le long des ruisseaux. Comme les fruits tiennent sur les branches une bonne partie de l'hiver, la saison s'étire de la fin d'août jusqu'en hiver. Les arbres d'ornement font aussi l'affaire, à condition de demander la permission, de respecter les règles du lieu et de t'assurer qu'ils n'ont pas été traités.

Les règles du lieu, justement, ne sont pas les mêmes partout. Dans les parcs nationaux du Québec, seuls les petits fruits se cueillent, et seulement en zone d'ambiance, sans sortir des sentiers et pour ta propre consommation : les champignons, les plantes et les fleurs sont interdits, selon les listes d'activités des parcs de la Sépaq. Dans le doute, demande à l'accueil. Le détail, territoire par territoire, est dans notre guide Cueillir dans les parcs au Québec. Dans les parcs nationaux du Canada, comme ceux de la Mauricie et de Forillon, le règlement fédéral interdit d'enlever des plantes sans permis. Dans les parcs municipaux, ça dépend de la ville.

Évite le bord des routes passantes : le Woodland Trust, un organisme britannique de protection des forêts, le déconseille à cause de la pollution, tout comme les branches basses des sentiers où l'on promène les chiens. Coupe les grappes entières au sécateur, secoue-les pour déloger les insectes et dépose-les dans un panier plutôt que dans un sac.

En laisser à la faune

Prends quelques grappes par arbre ou par arbuste et laisse le reste : ces fruits nourrissent la faune jusqu'au cœur de l'hiver. Pour une fournée de gelée, la recette du Woodland Trust demande environ 1,5 kg de fruits de sorbier : pas besoin de dépouiller un arbre entier.

La préparation de base, en cinq gestes

  1. Trie et égrappe. Retire les tiges, les feuilles et les fruits ratatinés ou abîmés, comme le recommandent l'Université de l'Alaska et le Woodland Trust. Astuce de l'Université de l'Alaska : fais rouler les fruits sur une serviette inclinée, les débris restent collés au tissu.
  2. Rince les fruits et égoutte-les.
  3. Écrase et cuis. Pour le pimbina, l'Université de l'Alaska écrase les fruits, ajoute environ 250 ml (1 tasse) d'eau par litre (4 tasses) de fruits et laisse mijoter 10 minutes. Pour le sorbier, le Woodland Trust couvre d'eau un mélange de fruits de sorbier et de pommettes, puis laisse mijoter une vingtaine de minutes, jusqu'à ce que tout soit bien défait.
  4. Filtre ou passe au moulin. Pour un jus limpide, destiné à une gelée ou à un sirop, verse le tout dans un sac à gelée ou un linge à fromage et laisse égoutter sans tordre ni presser, au moins 4 heures ou toute la nuit selon le Woodland Trust : presser rend la gelée trouble. Pour une purée ou une sauce, passe plutôt les fruits cuits au tamis ou au moulin à légumes, qui retient les noyaux et les peaux (Université de l'Alaska).
  5. Utilise ou congèle. Compte environ 500 ml (2 tasses) de jus par litre de fruits, selon l'Université de l'Alaska. Les fruits entiers se congèlent étalés sur une plaque, puis en sacs, et gardent leur qualité jusqu'à deux ans, toujours selon l'Université de l'Alaska.

Pour une gelée, pense à la pectine : le Woodland Trust associe le sorbier à des pommettes, et l'Université de l'Alaska ajoute de la pectine du commerce à sa gelée de pimbina.

Gelées, sauces et jus : les usages classiques

Le sorbier : la gelée du gibier

Au Royaume-Uni, le Woodland Trust propose une gelée qui associe des poids égaux de fruits de sorbier et de pommettes (1,5 kg de chaque), puis 450 g de sucre pour chaque 600 ml de jus filtré, avec le jus d'un citron. On fait bouillir une dizaine de minutes et on vérifie la prise sur une assiette froide. Cette gelée orange foncé accompagne le fromage, le gibier et l'agneau. Notre gelée de sorbier et pommettes suit la même logique, avec les pommettes d'ici.

Selon la revue de Sarv et ses collègues, le sorbier sert aussi traditionnellement à faire du jus, des purées, des confitures et des boissons alcoolisées; des vinificateurs finlandais s'en servent même pour enrichir les saveurs et corser leurs vins, rapporte l'Université de la Saskatchewan. Si tu as déjà fait notre gelée de cynorrhodons et pommettes, tu connais la technique : un fruit sauvage pour le goût, des pommettes pour la pectine. Et si ton pommetier déborde, pioche dans nos 5 recettes de pommettes.

Le pimbina : gelée, sauce aigre-douce et jus

Le pimbina est le fruit des gelées : le ministère de l'Agriculture du Manitoba parle d'une gelée étincelante, et cite aussi les vins, les liqueurs et les sauces; l'USDA mentionne les sauces, les gelées et les jus. Le guide de l'Université de l'Alaska va plus loin, avec une gelée à la pectine, une confiture au congélateur, un beurre de pimbina à la compote de pommes, un jus mélangé de rhubarbe et d'orange, et une sauce épicée façon ketchup, au vinaigre de cidre et aux oignons.

C'est cet équilibre de fruit acide, de sucre et de vinaigre que reprend notre sauce aigre-douce au pimbina, cuite et filtrée, pour le chevreuil, le porc, la volaille et, pourquoi pas, la tourtière traditionnelle du temps des Fêtes. Et le jus filtré, sucré, devient un sirop pour l'eau pétillante ou les desserts.

Envie d'en avoir chez toi?

Le pimbina indigène fait un bel arbuste de terrain. Selon l'USDA, il est facile à cultiver, préfère une terre humide mais bien drainée, fleurit et fructifie mieux en plein soleil et se taille juste après la floraison. Choisis la variété indigène : l'USDA la dit plus rustique, moins sensible aux pucerons et plus colorée à l'automne que la viorne obier, aux fruits amers. Planter l'obier n'est pas neutre non plus : selon l'USDA, les deux peuvent s'hybrider, ce qui peut à la longue diluer le pimbina sauvage, même si les hybrides semblent rares. Et la galéruque de la viorne, un coléoptère venu d'Eurasie qui a gravement défolié des viornes ornementales en Ontario et au Québec, s'attaque d'abord à la viorne obier.

Côté sorbier, il existe des variétés à fruits doux. Selon la revue de Sarv et ses collègues, le sélectionneur russe Mitchourine a lancé au début du 20e siècle un programme de croisement du sorbier des oiseleurs avec le pommier, le poirier, le néflier et l'aronia. Parmi les hybrides russes, on cite 'Burka', 'Dessertnaja' ou 'Titan' : leurs fruits sont bien plus agréables, de 1,2 à 2,1 fois plus sucrés que ceux du sorbier sauvage. La revue affirme aussi qu'ils ne contiennent presque pas d'acide parasorbique, mais sans citer de mesure : on les cuit donc comme les autres. Leur disponibilité dans les pépinières québécoises reste à vérifier.

Et si tu préfères des petits fruits d'automne à cueillir dans ta cour, l'aronia (Aronia), justement l'un des parents de certains de ces hybrides, et l'argousier (Hippophae rhamnoides) sont présentés dans notre article aronia et argousier : deux petits fruits rustiques à planter pour l'an prochain. Pour savoir ce qui se cueille d'autre ce mois-ci, consulte notre calendrier de cueillette du Québec.

Sources

Questions fréquentes

Peut-on manger les fruits du sorbier crus?

Mieux vaut pas. Crus, ils sont très amers et astringents, et ils contiennent de l'acide parasorbique, un composé irritant pour l'estomac que la chaleur transformerait en acide sorbique, sans danger, selon une revue de 2020 qui ne cite aucune mesure. Le Centre antipoison du Québec classe le sorbier d'Amérique parmi les plantes non toxiques, et le BfR allemand ne signale des troubles digestifs, en général légers, qu'après de grandes quantités. Mais aucune des sources consultées ne recommande de les manger crus : on les cuit et on les filtre.

Le pimbina est-il toxique?

Le fruit de la viorne trilobée indigène est décrit comme comestible par l'OQLF et par le département de l'Agriculture des États-Unis, et aucune des sources consultées ne rapporte d'intoxication. On le mange pourtant cuit : cru, il est acide, son odeur est forte et il contient un gros noyau plat. Sa cousine européenne, la viorne obier, souvent plantée, est classée légèrement toxique par le BfR allemand : plusieurs fruits crus peuvent causer des troubles digestifs.

Faut-il absolument attendre le gel pour cueillir?

Non. Pour le sorbier, plusieurs gels adoucissent l'amertume, selon l'Université de la Saskatchewan. Pour le pimbina, les fruits cueillis après un gel sont plus tendres et plus agréables, mais moins riches en pectine, selon le ministère de l'Agriculture du Manitoba, et l'USDA signale qu'après un fort gel, ils dégagent une odeur de moisi à la cuisson. Pour une gelée, mélange des fruits cueillis avant et après le gel, ou ajoute des pommettes.

Les sorbiers plantés en ville donnent-ils des fruits comestibles?

Le sorbier des oiseleurs, un arbre d'ornement d'origine européenne, se cuisine comme les sorbiers indigènes : c'est d'ailleurs lui qu'utilise la gelée britannique du Woodland Trust. Cueille seulement sur un arbre bien identifié, loin des routes passantes, avec la permission du propriétaire ou en respectant les règles du lieu.

Que faire si un enfant a mangé des fruits de sorbier ou de pimbina crus?

Appelle le Centre antipoison du Québec au 1 800 463-5060, 24 heures sur 24, surtout si tu n'es pas certain de la plante. Garde une branche avec ses feuilles et ses fruits, ou une photo, pour l'identification. En cas de symptômes graves, appelle le 911.