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Feuilles mortes : 6 façons de les utiliser au jardin au lieu de les ensacher

Chaque automne, des sacs de feuilles s'alignent au bord des rues alors que le jardin en aurait bien besoin. Voici six façons de les garder chez toi, avec les bonnes épaisseurs, les bons mélanges et les quelques cas où il vaut mieux s'en départir.

Feuilles mortes : 6 façons de les utiliser au jardin au lieu de les ensacher

Les feuilles mortes sont probablement la ressource la plus gaspillée du jardin québécois. On passe des heures à les ratisser, on achète des sacs pour les mettre au chemin, puis, au printemps, on achète du paillis et du compost. Pourtant, ces feuilles sont exactement ce dont ton sol a besoin pour passer l'hiver.

Selon RECYC-QUÉBEC, les matières organiques, qui comprennent les résidus alimentaires, les feuilles et le gazon coupé, forment 44 % des matières résiduelles du secteur résidentiel. Chaque sac de feuilles qui reste chez toi, c'est un camion de collecte en moins et une matière qui nourrit ton terrain au lieu d'être transportée ailleurs. Voici six façons concrètes de les utiliser, du geste le plus paresseux au plus élaboré. Elles font partie de notre liste pour fermer son potager à l'automne.

1. Le feuillicyclage : tondre les feuilles sur la pelouse

C'est la méthode la moins exigeante : au lieu de ratisser, tu tonds. Le feuillicyclage consiste à réduire les feuilles en petits morceaux avec la tondeuse et à les laisser sur place, où elles se décomposent et enrichissent le sol. La Ville de Québec en a fait une recommandation officielle et donne des repères précis :

  • tondre la pelouse couverte de feuilles une ou deux fois par semaine, idéalement quand les feuilles sont sèches;
  • régler la tondeuse à 8 cm, puis l'abaisser à 5 cm avant l'hiver;
  • viser des morceaux de 1 à 2 cm, qui se décomposent plus vite;
  • avec une tondeuse ordinaire, faire un deuxième passage sur les feuilles mal coupées. Une tondeuse déchiqueteuse donne le meilleur résultat.

Le signe que tu as bien fait : les brins d'herbe restent visibles à travers les morceaux de feuilles. Les micro-organismes et les vers de terre s'occupent du reste. Et pas d'inquiétude pour ta pelouse : l'Université d'État de Pennsylvanie rapporte que des recherches de l'Université d'État du Michigan n'ont trouvé aucun effet négatif au déchiquetage des feuilles dans le gazon, avec une meilleure qualité de pelouse, moins de mauvaises herbes à feuilles larges et aucun changement de pH avec des feuilles de chêne ou d'érable.

La limite, c'est l'épaisseur. L'Université du Delaware conseille de tondre sur place quand la couche fait moins de 2,5 cm environ; au-delà, mieux vaut récupérer une partie des feuilles pour les autres usages ci-dessous. N'attends pas que tout soit tombé : tondre régulièrement évite l'accumulation.

2. Un paillis gratuit pour le potager et les plates-bandes

Hachées, les feuilles font un excellent paillis. Elles tempèrent la température du sol, gardent l'humidité et freinent les mauvaises herbes. Pour les hacher, l'Université du Delaware propose plusieurs options : une tondeuse munie d'un sac, un tas de feuilles sur lequel on passe la tondeuse, un aspirateur-déchiqueteur (feuilles sèches seulement) ou un coupe-bordure à fil plongé dans une poubelle de feuilles sèches. La Ville de Québec décrit la même astuce : remplir un bac au tiers et hacher avec un mouvement de haut en bas.

Les épaisseurs recommandées varient un peu selon les sources :

OùVille de QuébecUniversité du DelawarePenn State
Vivaces, annuelles, potager3 à 5 cm5 à 8 cm (vivaces)5 à 10 cm (plates-bandes)
Arbres et arbustes7 à 10 cm ou plus8 à 10 cm5 à 10 cm

Pourquoi hacher? Parce que les feuilles entières se tassent en une couche imperméable, alors que les feuilles déchiquetées s'agglomèrent beaucoup moins, note Penn State, qui conseille aussi d'arroser le paillis après l'avoir posé pour qu'il reste en place. Au potager, la Ville de Québec recommande de couvrir le sol de feuilles après la récolte pour éviter qu'il se compacte et perde ses éléments nutritifs sous la neige et la pluie, et pour protéger les organismes du sol. Au printemps, écarte le paillis pour laisser le sol se réchauffer, ou laisse-le en place entre les rangs. C'est aussi le paillis idéal pour l'ail : voir planter l'ail en octobre.

3. Du carbone pour ton compost

Un compost a besoin de deux types de matières : les vertes, riches en azote (restes de cuisine, gazon frais), et les brunes, riches en carbone. Les feuilles mortes sont la matière brune par excellence, et elles manquent souvent au composteur en été. La Ville de Québec suggère de mélanger deux parts de feuilles pour une part de matières vertes, comme les résidus de cuisine ou de jardin.

Le truc des composteurs expérimentés : faire une réserve. Penn State conseille d'entreposer les surplus de feuilles (en sacs, en tas ou dans un enclos grillagé) pour les ajouter au bac au fil de l'année, en couches alternées avec les matières vertes. Hachées, elles se décomposent plus vite, et l'Université du Delaware recommande de retourner souvent le tas pour accélérer le processus. Si tu n'as pas encore de composteur, notre guide pour faire un compost chez soi t'aidera à le choisir et à l'installer, et composter ses déchets alimentaires t'explique quoi y mettre.

4. Le terreau de feuilles : l'or brun des jardiniers

Le terreau de feuilles, c'est simplement un tas de feuilles qu'on laisse se décomposer seules, sans autre ingrédient. Ce n'est pas un engrais : Penn State précise qu'il est pauvre en éléments nutritifs. Mais il améliore la structure du sol, sa rétention d'eau et la vie qui s'y trouve. On l'utilise comme amendement, comme paillis ou mélangé au terreau de rempotage.

La méthode est simple : on empile les feuilles, on les tasse et on les arrose. Penn State suggère un enclos de 1 à 2 m de diamètre et d'au moins 1 m de haut; un grand sac de plastique ou une poubelle fonctionnent aussi pour de petites quantités. Laissé à lui-même, un tas de feuilles entières prend environ deux ans. Hacher les feuilles, les arroser, les retourner ou couvrir le tas d'une bâche ramène ce délai à 6 à 12 mois selon Penn State. L'Université de l'Illinois est plus optimiste : environ 6 mois pour des feuilles hachées, 9 à 12 mois pour des feuilles entières. Un tas fait cet automne sera donc prêt quelque part entre l'été prochain et l'automne suivant.

5. Les incorporer directement au sol du potager

Si ton potager a un sol lourd ou pauvre en matière organique, tu peux y incorporer les feuilles. L'Université de l'Illinois propose d'étendre 15 à 20 cm de feuilles sur le jardin à l'automne et de les enfouir : on améliore la structure, le drainage et la teneur en matière organique, et on évite que le vent d'hiver les emporte. L'Université du Delaware suggère aussi d'enfouir des feuilles hachées dans les plates-bandes d'annuelles et le potager avant les plantations du printemps.

Côté éléments nutritifs, l'Université de l'Illinois cite une estimation selon laquelle une couche de 5 cm de feuilles apporterait environ 170 kg d'azote, 22 kg de phosphore et 73 kg de potassium par hectare (convertis des livres par acre de l'original). Ces chiffres viennent d'un article de vulgarisation et varient sûrement selon les espèces d'arbres; vois-les comme un ordre de grandeur. Et la crainte de l'acidité? Les feuilles de chêne fraîches sont acides (pH de 4,5 à 4,7), mais elles deviennent neutres ou légèrement alcalines en se décomposant, et un paillis de feuilles n'a pas d'effet important sur le pH du sol, selon la même source.

Une nuance : si tu retournes la terre à l'automne, fais-le avec modération. Les sources ne s'entendent pas sur l'utilité du labour d'automne; on en parle dans le guide pour fermer son potager. Une fourche ou une simple couche en surface, que les vers de terre se chargeront d'enfouir, font souvent l'affaire.

6. Les laisser pour la faune et la protection hivernale

La façon la plus simple d'utiliser les feuilles, c'est de ne pas y toucher là où elles ne dérangent pas. La Ville de Québec rappelle qu'elles peuvent rester au pied des arbres et arbustes et dans les plates-bandes, où elles protègent les plantes en hiver. Espace pour la vie ajoute que les feuilles tombées et les tiges sèches abritent des organismes utiles, dont les coccinelles indigènes, et qu'elles enrichissent le sol en se décomposant sur place.

La Xerces Society, un organisme américain de conservation des invertébrés, donne quelques exemples parlants. Les reines de bourdons hibernent à quelques centimètres sous la surface du sol, et une bonne couche de feuilles les isole. Des chenilles comme celles de l'isabelle (la fameuse « chenille à poil » rousse et noire) passent l'hiver dans les tas de feuilles. Araignées, escargots, vers, coléoptères et mille-pattes y vivent aussi, et nourrissent à leur tour oiseaux, amphibiens et petits mammifères. L'organisme suggère de ratisser les feuilles en tas dans les plates-bandes ou dans un coin du terrain, autour des arbres, là où elles n'étouffent pas le gazon.

Deux précautions. Penn State déconseille d'ajouter des feuilles par-dessus la litière naturelle d'un boisé, déjà riche en habitats. Et l'Université de l'Illinois note que des feuilles entassées au pied des légumes-racines et des légumes rustiques les protègent du gel en fin d'automne, ou qu'une cage de grillage remplie de feuilles protège un rosier fragile. Pour aller plus loin, lis notre article pour créer un coin nature dans son jardin, et celui sur les vivaces à laisser debout pour les insectes et les oiseaux.

Quand il vaut mieux sortir les feuilles du terrain

Il y a quelques cas où garder les feuilles n'est pas une bonne idée. Le plus courant : les arbres malades. La tavelure du pommier, par exemple, passe l'hiver sur les feuilles tombées et libère ses spores au printemps. L'Université du Minnesota conseille de ramasser ces feuilles avant la première neige, ou de les hacher finement avec une tondeuse déchiqueteuse pour accélérer leur décomposition; elle précise que des spores venues des arbres voisins peuvent quand même arriver chez toi. Même logique pour les feuilles des vivaces atteintes de maladies : on ne les composte pas.

L'autre cas, c'est le surplus. Si tu as un grand terrain boisé et une petite pelouse, combine les méthodes : une partie en feuillicyclage, une partie en paillis, une réserve pour le compost, un tas de terreau de feuilles. S'il en reste vraiment trop, renseigne-toi auprès de ta municipalité : selon l'endroit, les feuilles vont dans le bac brun, dans des sacs de papier lors des collectes de résidus verts ou à l'écocentre. Dans tous les cas, évite la poubelle.

Sources

Questions fréquentes

C'est quoi, le feuillicyclage?

C'est passer la tondeuse sur les feuilles mortes pour les réduire en petits morceaux et les laisser sur la pelouse. Selon la Ville de Québec, elles s'y décomposent et enrichissent le sol, ce qui épargne du temps, de l'engrais et des sacs.

Les feuilles mortes vont-elles étouffer ma pelouse?

Pas si elles sont bien hachées. L'Université du Delaware conseille de les tondre sur place quand la couche fait moins de 2,5 cm environ. Au-delà, ramasse le surplus pour le paillis ou le compost : une couche épaisse de feuilles entières peut tuer le gazon.

Les feuilles de chêne rendent-elles le sol acide?

Pas de façon notable. Les feuilles de chêne fraîches sont acides, mais l'Université de l'Illinois indique qu'elles deviennent neutres ou légèrement alcalines en se décomposant, et qu'un paillis de feuilles n'a pas d'effet important sur le pH du sol.

Que faire des feuilles d'un pommier atteint de tavelure?

Ne les laisse pas sous l'arbre. Le champignon de la tavelure passe l'hiver sur les feuilles tombées. L'Université du Minnesota conseille de les ramasser avant la première neige, ou de les hacher finement à la tondeuse pour accélérer leur décomposition.

Combien de temps faut-il pour faire du terreau de feuilles?

Une pile de feuilles entières peut prendre un à deux ans. Hachées, arrosées et retournées, elles donnent du terreau en 6 à 12 mois selon l'Université d'État de Pennsylvanie, et en environ 6 mois selon l'Université de l'Illinois.

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