Initiation à la permaculture en Provence : Salon-de-Provence et Châteaurenard
En Provence, la permaculture répond à un défi majeur : jardiner avec peu d'eau, sous le soleil et le mistral. À Salon-de-Provence comme à Châteaurenard, au cœur d'une grande région maraîchère, voici comment créer un jardin nourricier adapté au climat méditerranéen.

Salon-de-Provence, entre la plaine de la Crau et les collines, et Châteaurenard, au cœur d'une grande zone maraîchère irriguée par les canaux de la Durance, vivent sous le climat méditerranéen : étés chauds et secs, mistral violent, pluies concentrées à l'automne. La permaculture y est une réponse naturelle à la rareté de l'eau.
La permaculture en quelques mots
Née en Australie dans les années 1970, sous l'impulsion de Bill Mollison et de David Holmgren, la permaculture est une façon de concevoir un jardin, ou un lieu de vie, comme un écosystème. Ses trois éthiques sont simples : prendre soin de la terre, prendre soin des humains, partager équitablement. En pratique, cela veut dire observer avant d'agir, couvrir et nourrir le sol, associer les plantes, garder l'eau sur place et accueillir la biodiversité, pour un jardin plus productif et moins exigeant d'année en année.
Le climat méditerranéen
En Provence, l'été est la saison difficile : chaleur, sécheresse et mistral assèchent rapidement les sols. Les pluies arrivent surtout à l'automne, parfois de façon intense. Le jardin doit donc stocker l'eau quand elle tombe et la garder le plus longtemps possible.
Le mistral et les haies
Le mistral souffle souvent avec violence dans la vallée du Rhône et la plaine de la Durance. Les haies brise-vent, traditionnelles autour des vergers et des parcelles maraîchères de la région, protègent les cultures et réduisent l'évaporation. Plante une haie variée au nord de ton jardin, avec des espèces adaptées au climat.
Les sols calcaires
Les sols provençaux sont souvent calcaires et pauvres en matière organique. Le compost et le paillis les enrichissent et améliorent leur capacité à retenir l'eau. Les plantes de la garrigue, comme le romarin, le thym et la sauge, s'y plaisent naturellement.
Observer et organiser
Le premier geste est d'observer : où le soleil frappe-t-il le matin et le soir, d'où vient le vent, où l'eau s'accumule-t-elle après une averse? On place ensuite chaque élément selon son usage : les herbes et les salades près de la porte, les petits fruits un peu plus loin, les arbres fruitiers au fond, et un coin sauvage pour la faune. Ce découpage en zones, au cœur du design permaculturel, fait gagner du temps et des pas.
Les gestes essentiels
Un sol couvert en permanence, par un paillis de feuilles, de paille ou de bois raméal fragmenté, est la base : il nourrit les vers de terre et les champignons, retient l'eau et étouffe les herbes indésirables. Le compost referme la boucle des déchets organiques, comme l'explique notre guide pour composter. On crée de nouvelles plates-bandes en lasagnes, sans bêcher, et on mélange les espèces en guildes, plutôt qu'en rangs. Enfin, on fait une large place aux vivaces, aux petits fruits et aux arbres fruitiers, qui produisent pendant des années.
Garder l'eau au jardin
Plutôt que d'évacuer l'eau de pluie, on la garde : un récupérateur sous la gouttière, une baissière ou un jardin de pluie pour la laisser s'infiltrer, et un paillis épais pour limiter l'évaporation. Dans la région, l'eau des canaux d'irrigation est aussi une ressource précieuse, à utiliser avec parcimonie. Pour aller plus loin, lis notre article sur la gestion durable de l'eau.
La biodiversité au jardin
Un jardin en permaculture accueille la faune utile : abeilles et autres pollinisateurs, coccinelles, oiseaux, crapauds. Plante des fleurs indigènes qui fleurissent du printemps à l'automne, laisse un tas de bois ou de pierres, un coin d'herbes hautes et un point d'eau. Ces auxiliaires remplacent avantageusement les pesticides. Notre article sur l'importance de la biodiversité explique pourquoi chaque jardin compte.
Que cultiver?
Oliviers, figuiers, amandiers, grenadiers et vignes, aromatiques de la garrigue, artichauts, tomates, aubergines et courges en été, légumes d'hiver doux à l'automne et en hiver. Les plantes vivaces et adaptées à la sécheresse forment la structure du jardin.
Commencer pas à pas
- Observe ton terrain pendant une saison : soleil, ombre, vent, eau.
- Commence petit : une plate-bande en lasagnes près de la maison.
- Installe un compost et un récupérateur d'eau de pluie.
- Plante des vivaces et des petits fruits adaptés à ta zone.
- Ajoute des fleurs pour les pollinisateurs.
- Agrandis au fil des saisons, selon ce que tu as appris.
Apprendre avec d'autres
Les ateliers d'initiation, les cours de design en permaculture et surtout les jardins partagés permettent d'apprendre vite, en profitant de l'expérience des autres. Les jardins partagés et les associations de permaculture de la région, ainsi que les maraîchers de Châteaurenard, sont de bonnes sources d'apprentissage. Pour découvrir l'esprit de ces lieux, lis notre article sur les jardins communautaires.
Les règles à connaître
En France, la loi Labbé interdit depuis le 1er janvier 2019 aux particuliers d'acheter, d'utiliser ou de détenir des pesticides chimiques de synthèse pour le jardin : une raison de plus de miser sur les méthodes de la permaculture. Depuis le 1er janvier 2024, le tri des biodéchets est aussi obligatoire : le compost au jardin est la façon la plus simple de le faire. Avant de planter une haie ou de construire un abri, vérifie le plan local d'urbanisme et les règles de distance avec les voisins.
Planter une forêt-jardin, étage par étage
La forêt-jardin imite la lisière d'un bois, où les plantes s'étagent en hauteur : un ou deux arbres fruitiers ou à noix au sommet, des arbustes à petits fruits, comme les groseilliers, les cassissiers ou les framboisiers, puis des vivaces comestibles et aromatiques, des couvre-sols comme les fraisiers, et des grimpantes. Chaque étage profite de la lumière qui lui convient, et l'ensemble demande beaucoup moins d'entretien qu'un potager annuel. En Provence, privilégie les espèces adaptées à la sécheresse : figuiers, amandiers, oliviers, grenadiers, jujubiers, plaqueminiers, et des arbustes aromatiques comme le romarin et la lavande.
Commence par l'arbre central, en tenant compte de son ombre future, paille généreusement, puis complète l'aménagement saison après saison, avec des plantes fixatrices d'azote et des fleurs pour les pollinisateurs. Quelques mètres carrés suffisent pour une première forêt-jardin productive.
Conserver et échanger ses semences
Récolter ses propres semences permet aux plantes de s'adapter peu à peu aux conditions de ton jardin et réduit les achats. Commence par les espèces faciles, comme les haricots, les pois, les tomates, les laitues ou les fines herbes, en choisissant des variétés à pollinisation libre plutôt que des hybrides, dont les semences ne reproduisent pas fidèlement la plante mère. Fais bien sécher les graines, puis conserve-les au frais, au sec et à l'abri de la lumière, dans des sachets identifiés.
Les grainothèques, installées dans de nombreuses médiathèques et jardins partagés, et les bourses aux graines permettent d'échanger des variétés locales et anciennes, souvent mieux adaptées au climat régional que les variétés du commerce.
Le calendrier du jardin
En Provence, le calendrier est décalé : la saison commence tôt au printemps, l'été est une période de repos forcé pour de nombreuses cultures, et l'automne offre une seconde saison.
- Février et mars : plantation des arbres, semis à l'abri, préparation des buttes
- Avril et mai : semis et plantations, paillage avant la chaleur
- Juin à août : ombrage, arrosage ciblé tôt le matin, récoltes des cultures d'été
- Septembre et octobre : seconde saison : semis de légumes d'automne et d'hiver, engrais verts
- Hiver : légumes d'hiver, taille, planification
Les guildes : des plantes qui s'entraident
Une guilde est un groupe de plantes choisies pour s'entraider autour d'un élément central, souvent un arbre fruitier. Autour d'un pommier, on peut associer de la ciboulette et de l'ail, qui éloignent certains ravageurs; de la consoude, dont les feuilles servent de paillis riche; du trèfle, qui enrichit le sol en azote; et des fleurs, comme l'achillée ou la phacélie, qui attirent les insectes utiles. En Provence, un olivier ou un figuier peut servir d'élément central, entouré d'aromatiques méditerranéennes qui tolèrent bien la sécheresse.
Au potager, le même principe s'applique aux cultures annuelles : la culture associée du maïs, du haricot et de la courge, héritée des peuples autochtones d'Amérique, en est un bel exemple, tout comme les associations classiques de la carotte et du poireau ou de la tomate et du basilic.
Le compost et les biodéchets
Le compost est le moteur d'un jardin en permaculture. Un composteur en bois ou un tas à l'air libre suffit dans un jardin; en appartement, un lombricomposteur fonctionne même à l'intérieur. Alterne les matières vertes, comme les épluchures, et les matières brunes, comme les feuilles mortes et le carton, et garde le mélange humide comme une éponge essorée.
Depuis le 1er janvier 2024, les collectivités doivent offrir à chaque habitant une solution de tri à la source de ses biodéchets, qu'il s'agisse d'un composteur individuel, d'un composteur partagé ou d'une collecte séparée, selon le gouvernement. Renseigne-toi auprès de ta commune : beaucoup distribuent des composteurs à prix réduit, et des composteurs partagés existent souvent dans les quartiers.
Sécheresse et restrictions d'eau
Lors des épisodes de sécheresse, les préfets peuvent prendre des arrêtés qui restreignent l'arrosage des jardins, parfois à certaines heures seulement, parfois complètement. Un jardin conçu selon les principes de la permaculture y résiste beaucoup mieux : sol couvert en permanence, paillis épais, plantes adaptées, ombrage, récupération de l'eau de pluie et arrosage ciblé au pied des plantes. En Provence, ces restrictions sont fréquentes en été : un jardin bien paillé et bien ombragé les traverse beaucoup mieux.
Consulte les restrictions en vigueur dans ton département avant d'arroser, et profite des périodes humides pour remplir tes cuves de récupération.
Récolter, conserver et partager
Un jardin en permaculture produit parfois beaucoup en même temps. Prévois comment conserver les surplus : congélation des petits fruits, séchage des herbes et des tomates, lactofermentation, conserves, ou entreposage au frais des courges et des pommes de terre. Partager les surplus avec les voisins, une épicerie solidaire ou une association est aussi l'une des éthiques de la permaculture : le partage équitable.
Les enfants au jardin
Confie aux enfants un petit carré à eux, avec des plantes qui poussent vite et se mangent facilement, comme les radis, les pois, les fraises ou les tomates cerises. Observer les vers de terre dans le compost, les coccinelles et les bourdons leur fait comprendre concrètement que le jardin est un écosystème, et les enfants qui ont semé et récolté un légume ont souvent beaucoup plus envie d'y goûter.
Un petit budget suffit
La permaculture démarre avec très peu d'argent. Le carton brun, les feuilles mortes, les tontes, le broyat de branches et le compost maison suffisent à bâtir un sol vivant. Les graines échangées, les boutures et les divisions de vivaces offertes par les voisins remplacent une bonne partie des achats, et les arbres fruitiers s'ajoutent progressivement, au rythme de ton apprentissage.
Les erreurs fréquentes
- Vouloir tout aménager la première année, au lieu d'observer et de commencer petit.
- Planter les arbres sans penser à leur taille adulte et à leur ombre.
- Laisser le sol à nu, au lieu de le pailler en permanence.
- Choisir des plantes inadaptées au climat local.
- Tout nettoyer à l'automne, au détriment des insectes utiles.
- Planter en plein été, au lieu de profiter de l'automne et du printemps.
Planter une haie champêtre
Une haie champêtre, faite d'arbustes et de petits arbres variés et locaux, est l'un des éléments les plus utiles d'un jardin en permaculture. Elle coupe le vent, crée un microclimat plus doux, abrite les oiseaux, les hérissons et les insectes utiles, nourrit les pollinisateurs et peut offrir des récoltes : noisettes, prunelles, mûres, sureau, cornouilles ou églantines. En Provence, privilégie des essences résistantes à la sécheresse et au mistral : filaire, pistachier lentisque, arbousier, laurier-tin, grenadier ou chêne vert.
Plante-la en automne ou en hiver, hors gel, en mélangeant au moins cinq ou six espèces différentes, et paille généreusement le pied des jeunes plants. Plusieurs collectivités et associations aident à planter des haies avec des plants d'origine locale : renseigne-toi auprès de ta commune ou de ton département.
Les petits animaux au jardin
Quelques poules mangent les restes de table, les limaces et certains insectes, produisent des œufs et un fumier très riche pour le compost. Un hôtel à insectes, un tas de bois, une petite mare et des nichoirs accueillent aussi les alliés naturels du jardinier, qui aident à contrôler les ravageurs sans aucun produit. En Provence, prévois de l'ombre et de l'eau fraîche pour les poules pendant les fortes chaleurs de l'été. Avant d'adopter des poules, vérifie le règlement de ta commune et, le cas échéant, celui de ton lotissement, et prévois un poulailler protégé des prédateurs, comme le renard.
Tenir un carnet de jardin
Observer est le premier principe de la permaculture. Note dans un carnet les dates de semis et de récolte, la météo, les variétés qui ont bien réussi, les endroits où la neige ou le gel tiennent le plus longtemps, ceux où l'eau stagne et ceux qui sèchent vite. Au fil des années, ce carnet devient ta meilleure référence, bien plus précise que n'importe quel calendrier général, parce qu'il décrit ton propre jardin.
Creuser une petite mare
Une petite mare, même de un ou deux mètres carrés, transforme un jardin. Elle attire les grenouilles, les crapauds, les tritons et les libellules, qui mangent les limaces et les insectes, et offre de l'eau aux oiseaux et aux pollinisateurs. Creuse-la dans un endroit ensoleillé une partie de la journée, avec des berges en pente douce pour que les animaux puissent entrer et sortir, et plante des végétaux aquatiques locaux. N'y mets pas de poissons, qui mangeraient les larves d'amphibiens. En Provence, une mare en partie ombragée, alimentée par l'eau de pluie, offre un point d'eau précieux pendant les longues sécheresses estivales.
Si de jeunes enfants fréquentent le jardin, prévois une protection adaptée autour de la mare, comme une clôture basse ou une grille rigide posée juste sous la surface.
En résumé
En Provence, la permaculture aide à jardiner avec peu d'eau : paillis épais, compost, haies contre le mistral, plantes adaptées à la sécheresse. À Salon-de-Provence comme à Châteaurenard, commence petit et garde l'eau sur ton terrain. Pour une autre région, consulte notre guide d'initiation à la permaculture à Nîmes. Pour accueillir les pollinisateurs, lis aussi notre guide pour créer une ruche en Provence.
Sources
Sources officielles et études consultées en octobre 2026.
- Avec la loi Labbé, fin des pesticides pour les particuliers, Reporterre, 2019.
- Biodéchets : le tri devient obligatoire, Gouvernement français (info.gouv.fr), 2024.
Questions fréquentes
La permaculture, est-ce seulement pour les grands terrains?
Non. Ses principes s'appliquent à un petit jardin, à une terrasse ou à un balcon : couvrir le sol, composter, garder l'eau, associer les plantes et accueillir la biodiversité. On commence petit, près de la maison, et on agrandit au fil des saisons.
Peut-on utiliser des pesticides au jardin en France?
Non, pas les pesticides chimiques de synthèse : la loi Labbé les interdit aux particuliers depuis le 1er janvier 2019. La permaculture mise plutôt sur la diversité des plantes, les auxiliaires et un sol vivant pour limiter les ravageurs.
Comment jardiner avec peu d'eau en Provence?
En couvrant le sol d'un paillis épais, en enrichissant la terre en matière organique, en récupérant l'eau de pluie, en arrosant au goutte-à-goutte et en privilégiant des plantes adaptées à la sécheresse. Une haie brise-vent réduit aussi l'évaporation causée par le mistral.
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