Les gestes simples pour protéger les forêts, au Québec et ailleurs
Les forêts couvrent environ la moitié du Québec et nous rendent d'immenses services. Elles font face aux feux, aux insectes, aux espèces envahissantes et à la déforestation ailleurs dans le monde. Voici les gestes simples qui les protègent vraiment.

Le Québec est un pays de forêts : elles couvrent environ la moitié de son territoire, des érablières du sud jusqu'à la forêt boréale du nord. Elles abritent une faune et une flore exceptionnelles, purifient l'air et l'eau, stockent du carbone, font vivre des régions entières et offrent des lieux de ressourcement incomparables. Elles font pourtant face à des menaces importantes. La bonne nouvelle, c'est que plusieurs gestes simples, à la portée de tous, aident réellement à les protéger.
Pourquoi les forêts sont si précieuses
Les forêts produisent de l'oxygène, captent du dioxyde de carbone et le stockent dans le bois, les racines et les sols. Elles régularisent le cycle de l'eau : elles retiennent la pluie, réduisent les inondations, protègent les sols contre l'érosion et filtrent l'eau qui alimente les rivières et les nappes souterraines. Une grande partie de l'eau potable des municipalités provient d'ailleurs de bassins versants boisés.
Elles sont aussi l'habitat de la majorité des espèces terrestres : mammifères, oiseaux, insectes, champignons, mousses et plantes. Au Québec, elles fournissent des emplois dans l'aménagement forestier, la transformation du bois, l'acériculture, le tourisme et la cueillette. Et elles nous offrent des lieux pour marcher, skier, chasser, pêcher et simplement respirer.
Les menaces qui pèsent sur les forêts
À l'échelle mondiale, la principale menace est la déforestation, surtout dans les forêts tropicales, converties en pâturages et en cultures. Au Québec, les forêts ne disparaissent pas au même rythme, mais elles subissent d'autres pressions : la fragmentation par les routes et les coupes, l'étalement urbain dans le sud de la province, les feux de forêt, les épidémies d'insectes et l'arrivée d'espèces exotiques envahissantes.
Les changements climatiques amplifient plusieurs de ces menaces. Des étés plus chauds et plus secs favorisent les grands feux, comme ceux de 2023 : selon Parcs Canada et Ressources naturelles Canada, plus de 17 millions d'hectares ont brûlé au pays cette année-là, plus du double du précédent record de 1989, et le Québec a été parmi les provinces les plus touchées. Les hivers plus doux permettent à certains insectes de survivre et de s'étendre vers le nord. Les essences d'arbres doivent s'adapter à un climat qui change plus vite que leur capacité à migrer.
Geste 1 : ne déplace pas ton bois de chauffage
C'est l'un des gestes les plus importants et les moins connus. Le bois de chauffage peut transporter des insectes ravageurs et des maladies vers des régions où ils n'étaient pas présents. L'agrile du frêne, un petit coléoptère originaire d'Asie détecté pour la première fois au Canada en 2002, a ainsi tué des millions de frênes en Amérique du Nord. Selon l'Agence canadienne d'inspection des aliments, il se propage le plus souvent par le déplacement de bois de chauffage et de produits de frêne infestés.
Quand tu vas au chalet ou en camping, achète ton bois sur place ou dans les environs, plutôt que d'apporter le tien. Ne rapporte pas non plus de bois à la maison. Ce simple réflexe ralentit la propagation des ravageurs, qui peut coûter très cher aux municipalités et aux propriétaires de boisés.
Geste 2 : préviens les feux de forêt
Une grande partie des feux de forêt au Québec est causée par les activités humaines : feux de camp mal éteints, brûlage de rebuts, mégots, étincelles de machinerie. Avant de faire un feu à l'extérieur, consulte les indices de danger d'incendie et les interdictions de la SOPFEU et de ta municipalité. En période de sécheresse, les feux à ciel ouvert sont souvent interdits.
Si tu fais un feu permis, choisis un endroit dégagé, garde-le petit, ne le laisse jamais sans surveillance et éteins-le complètement avec de l'eau, en brassant les cendres jusqu'à ce qu'elles soient froides au toucher. Jette tes mégots dans un cendrier, jamais dans la nature, et signale rapidement toute fumée suspecte.
Geste 3 : combats les espèces envahissantes
Certaines plantes exotiques envahissent les forêts et les boisés et empêchent la régénération des arbres indigènes. Le nerprun cathartique et le nerprun bourdaine, par exemple, forment des fourrés si denses que les jeunes érables et chênes ne peuvent plus pousser. Plusieurs de ces plantes ont été introduites comme plantes ornementales.
Dans ton jardin, choisis des plantes indigènes plutôt que des espèces reconnues comme envahissantes, et ne jette jamais tes résidus de jardin en forêt : des graines et des fragments de plantes peuvent y prendre racine. Si tu as un boisé, apprends à reconnaître les envahisseurs et retire-les tôt, avant qu'ils prennent de l'ampleur. Nettoie aussi tes bottes et ton équipement entre deux sorties dans des milieux différents.
Geste 4 : choisis du bois et du papier responsables
Au Québec, la récolte de bois dans les forêts publiques, qui représentent la très grande majorité du territoire forestier, est encadrée par le régime forestier, qui exige notamment la régénération des secteurs récoltés. Pour aller plus loin, les certifications forestières, comme FSC, garantissent que le bois et le papier proviennent de forêts gérées selon des normes environnementales et sociales vérifiées par des organismes indépendants.
Choisis du bois certifié et, idéalement, local pour tes projets de rénovation et tes meubles. Pour le papier, privilégie le papier recyclé et réduis ta consommation. Pour les produits importés, comme les meubles en bois tropical, une certification reconnue aide à éviter le bois issu de coupes illégales. Pour en savoir plus, lis notre article sur l'industrie du papier.
Geste 5 : surveille ce qu'il y a dans ton assiette
La déforestation tropicale est en grande partie liée à la production de bœuf, de soya pour l'alimentation animale, d'huile de palme, de cacao et de café. Même si nous n'achetons pas toujours ces produits directement, ils se retrouvent dans de nombreux aliments transformés et dans l'alimentation des animaux d'élevage.
Réduire sa consommation de viande, surtout de bœuf importé, choisir des produits certifiés, comme le café et le cacao équitables ou biologiques, et lire les listes d'ingrédients à la recherche d'huile de palme sont des gestes qui réduisent la demande pour les produits liés à la déforestation. Pour aller plus loin, lis notre article sur la déforestation.
Geste 6 : respecte la forêt lors de tes sorties
- Reste dans les sentiers pour ne pas piétiner la végétation et compacter le sol.
- Rapporte tous tes déchets, y compris les restes de nourriture.
- Ne coupe pas de branches et ne grave rien sur l'écorce des arbres.
- Cueille avec modération, seulement ce que tu identifies avec certitude, et jamais dans les aires protégées où c'est interdit.
- Observe la faune de loin, surtout au printemps, pendant la période de reproduction.
- Tiens ton chien en laisse là où c'est exigé, pour protéger la faune.
Geste 7 : plante et protège les arbres près de chez toi
Planter des arbres indigènes sur ton terrain, dans ta cour ou dans ton quartier contribue à la santé des forêts urbaines, qui rafraîchissent les villes, filtrent l'air et offrent un habitat aux oiseaux. Choisis des essences adaptées à ton sol et à ton climat, et varie-les pour que la forêt urbaine résiste mieux aux insectes et aux maladies, une leçon apprise avec l'agrile du frêne.
Protège aussi les arbres existants : un grand arbre mature rend beaucoup plus de services qu'un jeune arbre. Évite de compacter le sol au-dessus de leurs racines, de les blesser avec la tondeuse et de les abattre sans raison valable. Plusieurs municipalités exigent d'ailleurs un permis pour abattre un arbre.
Geste 8 : soutiens la conservation
De nombreux organismes travaillent à protéger des forêts au Québec, en achetant des terres pour les conserver, en accompagnant les propriétaires privés qui veulent protéger leur boisé, ou en restaurant des milieux dégradés. Un don, une adhésion ou quelques heures de bénévolat les aident concrètement. Les propriétaires de boisés peuvent aussi conclure des ententes de conservation volontaire.
Les citoyens peuvent également participer aux consultations publiques sur l'aménagement forestier et les aires protégées, et soutenir la protection des forêts anciennes et des habitats d'espèces menacées, comme le caribou forestier, dont plusieurs populations sont en déclin.
Les forêts et les changements climatiques
Les forêts sont à la fois des alliées et des victimes des changements climatiques. Elles stockent d'énormes quantités de carbone, mais les feux, les insectes et la récolte peuvent en libérer une partie. La tordeuse des bourgeons de l'épinette, un insecte indigène qui défolie les sapins et les épinettes, connaît par exemple des épidémies majeures dans plusieurs régions du Québec, favorisées par les conditions climatiques.
Protéger les forêts existantes, favoriser leur diversité et adapter leur aménagement aux nouvelles conditions sont des stratégies essentielles. Réduire nos propres émissions, en consommant moins d'énergie fossile, contribue aussi à limiter les sécheresses et les canicules qui rendent les forêts plus vulnérables.
Les érablières, un patrimoine à protéger
Les érablières du sud du Québec sont à la fois des forêts, des milieux de vie et le cœur d'une tradition. Le Québec produit la grande majorité du sirop d'érable mondial, et cette production dépend de forêts en santé. Les changements climatiques, avec des printemps plus irréguliers, des sécheresses et de nouveaux ravageurs, posent des défis aux acériculteurs, qui adaptent leurs pratiques pour garder leurs érablières diversifiées et résistantes.
Acheter son sirop d'érable directement aux producteurs, visiter une cabane à sucre et soutenir les pratiques d'aménagement durable des érablières contribuent à protéger ce patrimoine forestier unique au monde.
Les boisés privés du sud du Québec
Dans le sud du Québec, une grande partie des forêts appartient à des propriétaires privés. Ces boisés, souvent petits et morcelés, jouent un rôle essentiel pour la biodiversité, la qualité de l'eau et les corridors qui permettent à la faune de circuler entre les milieux naturels. Ils sont aussi les plus exposés au développement résidentiel et agricole.
Si tu possèdes un boisé, des conseillers forestiers et des organismes de conservation peuvent t'aider à l'aménager de façon durable, à préparer un plan d'aménagement ou à le protéger à long terme. Laisser des arbres morts debout, quand ils ne présentent pas de danger, offre un habitat précieux aux pics, aux chouettes et à de nombreux insectes.
Le monde caché sous nos pieds
Une grande partie de la vie d'une forêt se déroule sous terre. Les racines des arbres sont associées à des champignons, les mycorhizes, qui les aident à absorber l'eau et les minéraux en échange de sucres. Ce réseau souterrain relie les arbres entre eux et contribue à la santé de toute la forêt. Le sol forestier abrite aussi une immense diversité d'insectes, de vers et de micro-organismes qui recyclent les feuilles mortes en humus.
Protéger ce sol est essentiel : éviter de le compacter avec des véhicules, laisser les feuilles mortes et le bois mort se décomposer, et ne pas cueillir les champignons de façon excessive dans un même secteur.
Le bois, un matériau qui stocke du carbone
Le bois utilisé dans la construction continue de stocker le carbone que l'arbre a capté pendant sa croissance, pour toute la durée de vie du bâtiment. Construire en bois local, issu de forêts aménagées durablement, peut donc avoir une empreinte plus faible que d'autres matériaux, comme le béton ou l'acier, dont la fabrication émet beaucoup de gaz à effet de serre.
Choisir des meubles en bois massif durables, les réparer et les transmettre, plutôt que d'acheter des meubles jetables, prolonge aussi ce stockage de carbone et réduit la demande en nouvelles récoltes.
La forêt, bonne pour la santé
Passer du temps en forêt réduit le stress, améliore l'humeur et favorise l'activité physique. Une simple marche dans un boisé, à son rythme, en prenant le temps d'écouter et d'observer, procure des bienfaits réels. Plusieurs municipalités et parcs aménagent des sentiers accessibles pour que tout le monde puisse en profiter, près de chez soi.
En France et en Belgique
La SOPFEU est propre au Québec. En France, dans les départements exposés aux feux de forêt, notamment dans le sud, des obligations légales de débroussaillement s'appliquent autour des habitations situées près des bois, et l'emploi du feu est souvent interdit en été : renseigne-toi auprès de ta mairie ou de ta préfecture. Pour signaler un départ de feu, compose le 18 ou le 112.
En Belgique, les feux en forêt et à proximité sont strictement encadrés, et le 112 permet de signaler un incendie. Dans les deux pays, les gestes de ce guide restent valables : ne pas déplacer de bois de chauffage d'une région à l'autre, choisir du bois et du papier certifiés, et respecter les sentiers et la faune.
Enseigner l'amour de la forêt aux enfants
Les enfants qui passent du temps en forêt apprennent à l'aimer, et on protège ce qu'on aime. Les promenades en famille, les activités des parcs nationaux, les camps de jour en nature et les classes extérieures leur font découvrir les arbres, les traces d'animaux, les champignons et les chants d'oiseaux. Apprendre à reconnaître quelques arbres, comme l'érable à sucre, le bouleau blanc, le sapin baumier et l'épinette, est un excellent début.
Ces expériences forment les citoyens qui prendront soin des forêts demain. Pour aller plus loin, lis nos articles sur l'importance des parcs naturels et les espaces verts en ville.
En résumé
Acheter son bois de chauffage sur place, prévenir les feux, choisir du bois et du papier responsables, combattre les plantes envahissantes et respecter la forêt lors de ses sorties : ces gestes simples, répétés par des milliers de personnes, protègent réellement nos forêts.
Sources
Sources officielles et études consultées en octobre 2026.
- Agrile du frêne, Agence canadienne d'inspection des aliments, 2024.
- Mois de l'inspection des arbres : ne déplacez pas de bois de chauffage, Agence canadienne d'inspection des aliments, 2024.
- Incendies de forêt d'une ampleur record au Canada en 2023 : un réveil brûlant, Ressources naturelles Canada, 2024.
- La saison des feux de 2023 battra tous les records, Parcs Canada, 2024.
Questions fréquentes
Pourquoi ne faut-il pas déplacer son bois de chauffage?
Le bois de chauffage peut transporter des insectes et des maladies, comme l'agrile du frêne, vers des régions où ils n'étaient pas présents. Achète ton bois près de l'endroit où tu le brûles, idéalement à moins de quelques dizaines de kilomètres.
Comment savoir si je peux faire un feu à l'extérieur?
Consulte la SOPFEU et ta municipalité avant tout feu à ciel ouvert. En période de sécheresse, des interdictions de faire des feux sont souvent en vigueur, même dans les foyers extérieurs.
Utiliser du papier détruit-il les forêts?
Pas automatiquement. Au Québec, les forêts récoltées doivent être régénérées, et une partie des fibres provient du recyclage et des résidus de scieries. Choisir du papier recyclé ou certifié et en utiliser moins reste toutefois un bon geste.


