Comment recycler ses déchets organiques : le bac brun au Québec et les biodéchets en France
Au Québec, environ 70 % des municipalités collectent maintenant les résidus alimentaires. Mais que deviennent-ils une fois le bac brun vidé? Pourquoi certaines villes refusent les sacs compostables? Et que faire si ta municipalité n'offre pas encore la collecte? Tour d'horizon de la collecte municipale des matières organiques.

Recycler ses déchets organiques, pour la majorité des Québécois, ça veut dire une chose : le bac brun. Ce service s'est répandu très vite en quelques années, et il continue de changer. Cet article explique comment fonctionne la collecte municipale des résidus alimentaires et verts, ce que deviennent ces matières, où en est le Québec et ce qui se fait en France. Si tu préfères composter toi-même, notre guide complet pour composter est le bon point de départ.
Pourquoi les villes collectent tes restes de table
Enfouies avec les ordures, les matières organiques se décomposent sans oxygène et produisent du méthane. Les détourner vers le compostage ou la biométhanisation réduit ces émissions et allège les sites d'enfouissement. C'est le sens de la Stratégie de valorisation de la matière organique lancée par Québec en 2020, dont les objectifs sont, selon RECYC-QUÉBEC :
- instaurer la gestion de la matière organique sur 100 % du territoire municipal d'ici 2025;
- gérer la matière organique dans 100 % des industries, commerces et institutions d'ici 2025;
- recycler ou valoriser 70 % de la matière organique visée en 2030;
- réduire de 270 000 tonnes d'équivalent CO2 les émissions de gaz à effet de serre en 2030.
Plus de 1,2 milliard de dollars ont été prévus en programmes d'aide financière. Autre levier, selon RECYC-QUÉBEC : le 1er janvier 2023, le gouvernement a augmenté les redevances à 30 $ par tonne de matières résiduelles éliminées, pour rendre le recyclage plus avantageux que l'enfouissement.
Où en est le Québec?
Le bilan 2023 de RECYC-QUÉBEC, publié en 2025, montre une progression nette :
- à la fin de 2023, 770 municipalités, soit environ 70 % des municipalités du Québec, avaient implanté la collecte des résidus alimentaires (seule ou combinée aux résidus verts), contre environ 60 % fin 2021;
- en ajoutant celles qui misent sur le compostage domestique, 75 % des municipalités avaient une mesure de gestion des matières organiques;
- le taux de recyclage des résidus verts et alimentaires du secteur municipal atteignait 54 %;
- tous secteurs confondus, le taux de recyclage des matières organiques est passé de 56 % en 2021 à 64 % en 2023, soit plus de 2,9 millions de tonnes revalorisées;
- la quantité de matières organiques éliminées a baissé de 24 % par rapport à 2019.
Le chemin vers 100 % n'est donc pas terminé, et il reste du travail pour atteindre 70 % de recyclage en 2030. Mais l'effort des ménages se voit dans les chiffres.
Trois façons de collecter
Le bac brun de porte en porte
C'est le modèle le plus répandu : un bac roulant brun, ramassé selon un horaire propre, souvent chaque semaine en été. À Montréal, la collecte des résidus alimentaires a lieu une fois par semaine, toute l'année, pour tous les immeubles desservis, et les immeubles de 9 logements et plus sont maintenant desservis eux aussi.
Le sac de couleur collecté avec les ordures
La Ville de Québec a choisi une autre voie : le sac mauve. Tu y mets tes résidus alimentaires, tu le fermes et tu le déposes au même endroit que tes sacs d'ordures (chute à déchets, bac roulant, bord de rue). Les deux sont ramassés ensemble; au centre de récupération, les sacs mauves sont séparés par un tri optique à jets d'air, puis envoyés à la biométhanisation, tandis que les ordures vont à l'incinération.
Le compostage domestique ou collectif
Certaines petites municipalités rurales, où la collecte de porte en porte coûte cher, misent plutôt sur la distribution de composteurs et sur des sites de compostage communautaires. Si c'est ton cas, notre article pour installer un composteur dans sa cour t'aidera à démarrer, et celui sur le compostage collectif présente les options sans terrain.
Compostage ou biométhanisation : ce qui arrive à tes résidus
Une fois collectées, les matières prennent l'une de deux grandes routes.
- Le compostage industriel : les résidus sont mis en andains ou en tunnels, brassés et aérés, à des températures plus élevées qu'un composteur de cour. Le résultat est un compost utilisé en agriculture, en aménagement paysager ou redistribué aux citoyens. Montréal envoie ainsi une partie de ses résidus au centre de compostage de l'Ouest.
- La biométhanisation : les résidus fermentent sans oxygène dans des digesteurs fermés. Le méthane produit est capté sous forme de biogaz, et le résidu solide, le digestat, peut être valorisé comme fertilisant. C'est la voie choisie par l'agglomération de Québec.
Les intrus qui compliquent tout
Selon le bilan 2023 de RECYC-QUÉBEC, environ 4 % des résidus verts et alimentaires reçus par les installations de traitement étaient des matières incompatibles ou des rejets, soit autour de 31 000 tonnes. Les principaux coupables :
- les sacs de plastique ordinaires et les sacs « biodégradables » ou « oxobiodégradables », qui se fragmentent en petits morceaux de plastique;
- les emballages laissés autour des aliments : barquettes, pellicules, étiquettes;
- les ustensiles et contenants de plastique, même dits compostables, quand l'installation ne les accepte pas;
- les couches, la litière et les excréments d'animaux, refusés notamment à Montréal.
Pour les sacs, Montréal accepte le papier et les sacs de plastique certifiés compostables par le BNQ, mais certains arrondissements les déconseillent, et le dépôt sans sac reste l'option idéale. Notre comparatif plastique compostable ou classique explique pourquoi ces sacs posent problème dans certaines installations.
Quoi mettre dans le bac brun
En général, le bac brun accepte beaucoup plus qu'un composteur de cour. À Montréal, on y met les fruits et légumes, la viande et la volaille avec les os, les produits laitiers, les aliments cuits, crus ou moisis, le papier brun, l'essuie-tout, les mouchoirs et les boîtes de carton souillées, ainsi que la cendre de bois froide et les cheveux. Les liquides, les couches, la litière, le bois et le liège sont refusés. Chaque ville a sa liste : consulte la tienne. Pour l'organisation dans la cuisine, notre article sur le bac de cuisine au quotidien donne un tableau complet et les trucs anti-odeurs.
Pas encore de collecte chez toi?
- Informe-toi : le plan de gestion des matières résiduelles (PGMR) de ta MRC indique souvent quand la collecte doit arriver.
- Demande-la : en 2021, RECYC-QUÉBEC rapportait que 68 % des ménages sans service jugeaient important que leur municipalité le leur offre. Les élus municipaux sont sensibles à ces demandes.
- Composte en attendant : composteur de cour, vermicompostage ou composteur partagé.
- Réduis à la source : moins de gaspillage, c'est moins de résidus à gérer, peu importe le système. Nos conseils pour réduire ses déchets à la maison commencent souvent par la cuisine.
Et en France?
Depuis le 1er janvier 2024, conformément au droit européen et à la loi antigaspillage de 2020, le tri à la source des biodéchets est généralisé en France. Le ministère de la Transition écologique précise que les biodéchets représentent encore un tiers du contenu de la poubelle résiduelle des Français. Les collectivités peuvent proposer :
- le compostage domestique, avec un composteur de jardin en maison individuelle ou un lombricomposteur en appartement;
- le compostage partagé, par exemple un « chalet de compostage » en pied d'immeuble;
- la collecte séparée des déchets alimentaires, en porte-à-porte ou en points d'apport volontaire.
Les modalités varient beaucoup d'une collectivité à l'autre : ta mairie ou ton intercommunalité peut te dire quelle solution s'applique chez toi.
Le bon réflexe
Recycler tes déchets organiques, c'est d'abord connaître le système de ta ville, puis bien trier : les bons résidus, sans plastique, sans liquide. Chaque bac bien rempli est une petite part des 2,9 millions de tonnes de matières organiques que le Québec revalorise chaque année. Pour le reste de tes matières, notre article pour recycler correctement ses déchets complète le tableau.
Sources
Sources officielles et études consultées en octobre 2026.
- Stratégie de valorisation de la matière organique, RECYC-QUÉBEC, 2024.
- 15e Bilan de la gestion des matières résiduelles au Québec, RECYC-QUÉBEC, 2025.
- Bilan 2023 de la gestion des matières résiduelles : matières organiques, RECYC-QUÉBEC, 2025.
- Quoi déposer dans le bac brun, Ville de Montréal, 2025.
- La collecte des sacs mauves, Ville de Québec, 2025.
- Biodéchets, Ministère de la Transition écologique (France), 2024.
Questions fréquentes
Ma municipalité est-elle obligée d'offrir le bac brun?
La Stratégie de valorisation de la matière organique du Québec visait la gestion de la matière organique sur 100 % du territoire municipal d'ici 2025, mais elle n'impose pas un modèle unique : une municipalité peut offrir une collecte de porte en porte, un sac de couleur collecté avec les ordures, ou miser sur le compostage domestique. Fin 2023, environ 70 % des municipalités avaient implanté la collecte des résidus alimentaires.
Que devient le contenu du bac brun?
Il est acheminé vers une installation de compostage ou de biométhanisation. Le compostage produit un amendement pour les sols; la biométhanisation produit en plus du biogaz. À Montréal, les résidus vont notamment au centre de compostage de l'Ouest; à Québec, les sacs mauves sont dirigés vers le centre de biométhanisation de l'agglomération.
Pourquoi le bac brun accepte-t-il la viande et pas mon composteur?
Les installations municipales traitent de grands volumes dans des conditions contrôlées, ce qui leur permet de prendre des résidus d'origine animale. Dans un composteur domestique, ces résidus attirent les animaux et produisent des odeurs, et RECYC-QUÉBEC recommande de ne pas les y mettre.
Comment ça fonctionne en France?
Depuis le 1er janvier 2024, le tri à la source des biodéchets est généralisé : chaque collectivité doit proposer une solution à ses habitants, que ce soit une collecte séparée, des composteurs partagés en pied d'immeuble ou le compostage domestique. Renseigne-toi auprès de ta commune ou de ton intercommunalité.


