L'empreinte environnementale d'une liseuse : fabrication, durée de vie et fin de vie
Une liseuse semble légère pour la planète : pas de papier, presque pas d'électricité. Pourtant, son empreinte est bien réelle, et elle se joue presque entièrement avant même que tu tournes la première page, lors de sa fabrication. Voici ce que disent les études, et comment faire de ta liseuse un vrai choix écologique.

La question de savoir si la liseuse est plus écologique que le livre papier, que nous traitons dans notre article livres électroniques ou livres papier, dépend en grande partie de l'appareil lui-même : comment il est fabriqué, combien de temps il dure, et ce qu'il devient ensuite. Cet article se concentre sur la liseuse.
L'essentiel de l'empreinte : la fabrication
Une liseuse contient un écran à encre électronique, une carte électronique avec un processeur et de la mémoire, une batterie au lithium, parfois un éclairage frontal, et un boîtier. Leur fabrication demande l'extraction de métaux et de minéraux, des procédés industriels énergivores, de l'eau et du transport sur de longues distances. Les analyses de cycle de vie, dont l'étude suédoise de référence publiée en 2011, montrent que la fabrication de l'appareil représente la plus grande part de son empreinte.
C'est ce qui explique la conclusion centrale de ces études : le nombre de livres lus sur la liseuse pendant sa vie est déterminant. L'empreinte de fabrication est fixe; plus on lit de livres, plus elle se répartit sur un grand nombre de lectures, et plus chaque livre numérique devient léger.
L'utilisation : presque rien, surtout au Québec
Les liseuses à encre électronique sont remarquablement sobres : l'écran ne consomme de l'électricité que lorsqu'il change d'affichage, et une charge peut durer plusieurs semaines. Au Québec, où l'électricité provient presque entièrement de sources renouvelables, l'utilisation pèse donc très peu dans le bilan. Le téléchargement des livres, quant à lui, représente une très petite quantité de données comparativement au visionnement de vidéos.
Les tablettes et les téléphones, utilisés comme liseuses, sont différents : leur écran rétroéclairé consomme davantage, et ils sont utilisés pour bien d'autres usages. Leur empreinte de fabrication est toutefois partagée entre tous ces usages, ce qui peut rendre la lecture sur un appareil qu'on possède déjà intéressante, au prix d'un confort de lecture moindre. Leur lumière, le soir, a aussi des effets sur le sommeil, comme l'explique notre article lire sur papier ou sur écran.
La durée de vie fait toute la différence
Puisque l'empreinte vient surtout de la fabrication, la durée de vie de la liseuse est le levier le plus puissant. Une liseuse utilisée pendant de nombreuses années, pour des dizaines ou des centaines de livres, a un excellent bilan. Une liseuse achetée sur un coup de tête, peu utilisée, puis oubliée ou remplacée par un modèle plus récent, ne sera jamais rentabilisée, d'autant plus qu'une étude de 2017 a observé que la plupart des utilisateurs continuent aussi d'acheter des livres papier.
Avant d'en acheter une, pose-toi deux questions : vas-tu vraiment lire beaucoup dessus, et vas-tu la garder longtemps? Si tu lis peu, le papier emprunté ou usagé reste plus avantageux.
Faire durer sa liseuse
- Protège-la avec un étui contre les chocs et l'humidité.
- Prends soin de la batterie : évite de la laisser complètement vide pendant de longues périodes et de l'exposer à la chaleur.
- Fais les mises à jour du logiciel lorsqu'elles sont offertes.
- Résiste au renouvellement : les nouveaux modèles offrent rarement un gain qui justifie de remplacer un appareil qui fonctionne.
- Fais-la réparer lorsque c'est possible, par exemple pour remplacer une batterie usée.
Au Québec, la loi adoptée en 2023 contre l'obsolescence programmée vise justement à favoriser des biens plus durables et réparables. Au moment de l'achat, renseigne-toi sur la possibilité de faire remplacer la batterie et sur la durée du soutien logiciel du fabricant.
Acheter usagé ou reconditionné
Une liseuse usagée ou reconditionnée n'entraîne aucune nouvelle fabrication : c'est souvent le meilleur choix écologique pour qui veut lire en numérique. Les liseuses sont des appareils simples et robustes, qui fonctionnent souvent très bien pendant de nombreuses années. Vérifie l'état de l'écran et l'autonomie de la batterie, et assure-toi que l'appareil n'est plus associé au compte de l'ancien propriétaire.
Le choix du format de fichiers
Certaines liseuses ne lisent que les livres achetés dans la boutique de leur fabricant, ce qui peut pousser à racheter le même écosystème d'appareil en appareil. Une liseuse compatible avec les formats ouverts et avec le prêt numérique des bibliothèques offre plus de liberté. Au Québec, la plupart des bibliothèques publiques utilisent la plateforme Pretnumerique.ca : vérifie la compatibilité de ta liseuse avant de l'acheter pour profiter du prêt gratuit.
La fin de vie : jamais aux ordures
Une liseuse contient des métaux et une batterie au lithium : elle ne doit jamais aller aux ordures ni au recyclage, où sa batterie peut causer un incendie. Au Québec, les appareils électroniques sont visés par la responsabilité élargie des producteurs, avec des points de dépôt gratuits gérés par un organisme reconnu, selon RECYC-QUÉBEC. L'outil Ça va où? indique le point de dépôt le plus proche. Selon l'ONU, seulement 22,3 % des déchets électroniques produits dans le monde en 2022 ont été collectés et recyclés de façon documentée : chaque appareil rapporté au bon endroit compte.
Avant de t'en départir, efface tes données et dissocie l'appareil de ton compte. Si elle fonctionne encore, donne-la ou revends-la : une seconde vie vaut mieux qu'un recyclage précoce. Pour tout savoir sur la gestion des appareils en fin de vie, lis notre guide pour recycler ses appareils électroniques.
Le prêt numérique, le meilleur allié de la liseuse
Une liseuse devient vraiment avantageuse lorsqu'elle sert à lire beaucoup de livres. Le prêt numérique en bibliothèque permet justement de lire sans limite et sans frais. Selon Bibliothèque et Archives nationales du Québec, le prêt de livres numériques est offert gratuitement à tous les résidents du Québec, et la plupart des bibliothèques publiques utilisent la plateforme Pretnumerique.ca, qui propose plus de 1,2 million d'exemplaires de livres numériques et audionumériques. Combiner une liseuse durable et le prêt numérique est sans doute la façon la plus économique et la plus sobre de lire beaucoup.
Partager une liseuse en famille
Une même liseuse peut servir à plusieurs membres de la famille, à condition de gérer les comptes et les prêts de chacun. Les anciennes liseuses, remplacées par un nouveau modèle, peuvent aussi être transmises à un enfant ou à un proche qui découvre la lecture numérique. Chaque nouvel utilisateur prolonge la vie de l'appareil et améliore son bilan, plutôt que de le laisser dormir dans un tiroir ou de le jeter alors qu'il fonctionne encore.
En résumé
L'empreinte d'une liseuse se joue surtout à sa fabrication. Son utilisation est très sobre, particulièrement au Québec. Pour qu'elle soit un bon choix écologique, il faut lire beaucoup dessus, la garder longtemps, en prendre soin, la faire réparer au besoin et la rapporter au bon endroit en fin de vie. L'usagé et le prêt numérique en bibliothèque en font un choix encore plus avantageux. Pour comparer avec le papier, lis aussi notre article sur l'impact environnemental du livre papier.
Sources
Sources officielles et études consultées en octobre 2026.
- Books from an environmental perspective, Part 2 : e-books as an alternative to paper books (Moberg, Borggren et Finnveden), The International Journal of Life Cycle Assessment (IVL et KTH), 2011.
- Role of e-reader adoption in life cycle greenhouse gas emissions of book reading activities, The International Journal of Life Cycle Assessment, 2017.
- The Global E-waste Monitor 2024, Union internationale des télécommunications (UIT) et UNITAR (ONU), 2024.
- Projet de loi 29 : des biens durables, de qualité et réparables, Gouvernement du Québec, 2023.
- Produits sous REP : vue d'ensemble des organismes reconnus au Québec, RECYC-QUÉBEC, 2024.
- Ça va où? : l'outil de tri de RECYC-QUÉBEC, RECYC-QUÉBEC, 2025.
- Le partenariat entre les bibliothèques publiques du Québec et Bibliopresto.ca : réinventer les bibliothèques publiques par le numérique, Documentation et bibliothèques (Érudit), 2022.
Questions fréquentes
Une liseuse consomme-t-elle beaucoup d'électricité?
Non. Les liseuses à encre électronique consomment très peu d'énergie, puisque l'écran n'utilise de l'électricité que pour changer de page. Au Québec, où l'électricité est presque entièrement renouvelable, l'utilisation pèse très peu dans l'empreinte totale d'une liseuse, qui vient surtout de sa fabrication.
Combien de temps faut-il garder une liseuse?
Le plus longtemps possible. Comme l'essentiel de son empreinte vient de sa fabrication, chaque année d'utilisation supplémentaire et chaque livre lu dessus améliorent son bilan. Une liseuse remplacée après deux ans pour un modèle plus récent perd une grande partie de son avantage.
Où jeter une vieille liseuse?
Jamais aux ordures ni au recyclage. Au Québec, les appareils électroniques sont visés par un programme de récupération gratuit, avec des points de dépôt dans de nombreux commerces et écocentres. L'outil Ça va où? de RECYC-QUÉBEC indique le point de dépôt le plus proche.


