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Livres électroniques ou livres papier : lequel est le plus écologique?

Liseuse ou livre papier? Les analyses de cycle de vie donnent une réponse claire sur un point : il n'y a pas de gagnant absolu. Tout dépend de combien tu lis, de la durée de vie de ta liseuse, et surtout de la façon dont les livres circulent. Voici ce que disent vraiment les études, et comment lire de la façon la plus écologique.

Livres électroniques ou livres papier : lequel est le plus écologique?

Les grands lecteurs se posent souvent la question : vaut-il mieux passer à la liseuse, ou rester fidèle au papier? On pourrait croire que le numérique gagne d'office, puisqu'il n'y a ni arbre coupé ni camion de livraison. Les analyses de cycle de vie, qui mesurent les impacts d'un produit de sa fabrication à sa fin de vie, montrent une réalité plus nuancée. Cet article fait la synthèse; trois articles connexes approfondissent chaque aspect : l'empreinte d'une liseuse, l'impact du livre papier et les effets du support sur la compréhension et le sommeil.

Ce que disent les analyses de cycle de vie

L'étude de référence sur la question a été menée en Suède par l'Institut suédois de recherche environnementale (IVL) et l'Institut royal de technologie (KTH), et publiée en 2011 dans l'International Journal of Life Cycle Assessment. Sa conclusion est sans appel : il n'existe pas de réponse unique. Le nombre de livres lus sur la liseuse pendant sa durée de vie est le facteur déterminant, et selon les catégories d'impact et les circonstances, c'est tantôt le livre papier, tantôt le livre numérique qui l'emporte.

Une étude publiée en 2017 dans la même revue a suivi des lecteurs réels. Elle a observé que les personnes qui adoptent une liseuse lisent généralement assez de livres numériques pour atteindre le seuil où la liseuse devient avantageuse pour le climat, mais que la plupart d'entre elles n'abandonnent pas complètement les livres papier. Autrement dit, la liseuse s'ajoute souvent au papier au lieu de le remplacer, ce qui réduit son bénéfice.

Deux empreintes très différentes

Pour un livre papier, l'essentiel de l'empreinte vient de la fabrication du papier, de l'impression, du transport et de la distribution, auxquels s'ajoutent les invendus. Une fois imprimé, il ne consomme aucune énergie, dure des décennies et peut être lu par de nombreuses personnes. Les détails sont expliqués dans notre article sur l'impact environnemental du livre papier.

Pour une liseuse, c'est l'inverse : la plus grande partie de l'empreinte vient de sa fabrication, avec ses composants électroniques, sa batterie et son écran. Son utilisation consomme très peu d'électricité, surtout au Québec, où l'électricité est presque entièrement renouvelable. Chaque livre lu dessus « dilue » donc l'empreinte de sa fabrication. Les détails sont dans notre article sur l'empreinte environnementale d'une liseuse.

Le partage change tout

Un facteur pèse plus lourd que le choix du support : le nombre de personnes qui lisent un même livre. Une analyse de cycle de vie réalisée en Afrique du Sud sur des manuels universitaires a montré qu'à partir d'environ trois utilisateurs se partageant les mêmes livres papier, ceux-ci rivalisaient avec la lecture numérique sur plusieurs impacts; pour l'utilisation des terres, le numérique n'atteignait même jamais l'équilibre avec le papier partagé.

Un livre emprunté à la bibliothèque, prêté à un ami, revendu ou donné voit donc son empreinte divisée par le nombre de ses lecteurs. Inversement, une liseuse qui dort dans un tiroir après quelques livres, ou qui est remplacée tous les deux ans, perd son avantage.

Les bibliothèques, championnes de la lecture durable

Les bibliothèques combinent le meilleur des deux mondes : le partage des livres papier, et désormais celui des livres numériques. Au Québec, Bibliothèque et Archives nationales du Québec offre le prêt de livres numériques gratuitement à tous les résidents du Québec. La plupart des bibliothèques publiques utilisent la plateforme Pretnumerique.ca, qui propose plus de 1,2 million d'exemplaires de livres numériques et audionumériques.

Le prêt numérique fonctionne simplement : on emprunte un livre pour une période déterminée, souvent trois semaines, et il disparaît de l'appareil à la fin du prêt, sans frais de retard. Pour un grand lecteur qui possède déjà une liseuse ou une tablette, c'est sans doute la façon de lire la plus économique et la plus écologique qui soit.

Le choix selon ton profil de lecteur

  • Tu lis quelques livres par année : le papier, idéalement emprunté ou usagé, reste le meilleur choix. Une liseuse achetée pour quelques livres ne sera jamais rentabilisée.
  • Tu lis beaucoup, surtout des romans : une liseuse gardée longtemps, alimentée par le prêt numérique en bibliothèque, est très avantageuse.
  • Tu étudies ou lis des textes complexes : le papier favorise la compréhension, selon les recherches présentées dans notre article sur la lecture sur papier ou sur écran.
  • Tu lis le soir au lit : un livre papier ou une liseuse sans rétroéclairage intense plutôt qu'une tablette, pour préserver ton sommeil.
  • Tu as des enfants : les albums papier, empruntés à la bibliothèque, restent une valeur sûre.

Les invendus, l'angle mort du livre papier

Une part de l'empreinte du livre papier est invisible pour le lecteur : les livres imprimés qui ne seront jamais vendus. Selon l'étude suédoise de 2011 sur le livre papier, environ 14 % des livres en librairie traditionnelle n'étaient pas vendus, contre seulement 0,5 % pour les livres commandés en ligne, imprimés en fonction de la demande. Ces invendus sont souvent retournés à l'éditeur, puis détruits et recyclés, et leur empreinte se répartit sur les livres vendus.

C'est une raison de plus pour acheter dans les librairies indépendantes qui gèrent finement leurs stocks, pour commander les titres moins courants plutôt que d'encourager les gros tirages, et pour privilégier l'usagé.

Et les livres usagés?

Le livre usagé est l'option la plus sous-estimée. Il n'entraîne aucune nouvelle fabrication, coûte souvent quelques dollars et fait vivre les bouquineries, les friperies et les ventes de livres des bibliothèques et des organismes. Chaque lecteur supplémentaire divise l'empreinte d'un livre déjà imprimé. Quand tu as terminé un livre que tu ne reliras pas, fais-le circuler à ton tour : don, revente, boîte à livres de quartier ou bibliothèque.

Les manuels scolaires et universitaires

Pour les études, deux enjeux se croisent. Les manuels papier sont lourds et souvent coûteux, mais ils peuvent être partagés, revendus et réutilisés pendant plusieurs années. Le numérique facilite l'accès et la recherche dans le texte, mais la recherche montre que la compréhension des textes informatifs est généralement meilleure sur papier. Une combinaison judicieuse, avec des manuels papier usagés ou empruntés pour l'étude approfondie et des ressources numériques pour la consultation, est souvent le meilleur compromis.

Que faire d'une vieille liseuse?

Une liseuse qui fonctionne encore peut être donnée, revendue ou transmise à un proche : chaque année d'utilisation supplémentaire améliore son bilan. Lorsqu'elle est vraiment hors d'usage, elle ne va jamais aux ordures : au Québec, les appareils électroniques et les batteries ont leur propre filière de récupération gratuite. Selon l'ONU, seulement 22,3 % des déchets électroniques produits dans le monde en 2022 ont été collectés et recyclés de façon documentée.

Nos conseils pour lire plus vert

  1. Emprunte d'abord : bibliothèque papier et prêt numérique.
  2. Achète usagé les livres que tu veux posséder.
  3. Fais circuler tes livres une fois lus.
  4. Garde ta liseuse le plus longtemps possible, et ne l'achète que si tu lis beaucoup.
  5. Choisis le papier pour l'étude et les textes exigeants.
  6. Évite les écrans rétroéclairés juste avant de dormir.

Et les livres audio?

Le livre audio est une troisième voie de plus en plus populaire. Il s'écoute sur un appareil que l'on possède déjà, comme un téléphone, ce qui évite l'achat d'un appareil dédié. Son empreinte dépend surtout de la fabrication de cet appareil, partagée avec tous ses autres usages, et de l'énergie des serveurs qui diffusent les fichiers. Comme pour les livres numériques, le prêt en bibliothèque permet d'écouter gratuitement de nombreux titres, puisque Pretnumerique.ca offre aussi des livres audionumériques.

Le livre audio permet de « lire » en marchant, en cuisinant ou dans les transports en commun, et rend la lecture accessible aux personnes qui ont des difficultés visuelles ou de lecture. Il ne remplace toutefois pas complètement la lecture pour l'apprentissage de la langue écrite chez les enfants.

Les livres pour enfants

Pour les jeunes enfants, l'album papier garde de nombreux avantages : il se manipule, se partage sur les genoux d'un parent, ne distrait pas avec des notifications et ne demande pas d'écran. Les albums sont aussi parmi les livres les plus empruntés en bibliothèque, ce qui en fait des objets très partagés, donc à faible empreinte par lecture. Les livres pour enfants usagés, souvent en très bon état, se trouvent facilement à petit prix.

Acheter local

Quand tu achètes un livre neuf, privilégier une librairie indépendante de ton quartier et des éditeurs québécois réduit le transport, soutient la chaîne du livre d'ici et favorise une gestion plus fine des stocks. Commander en librairie un titre qui n'est pas en rayon évite aussi les gros tirages et, selon les données de l'étude suédoise, les livres imprimés selon la demande génèrent beaucoup moins d'invendus.

Les mythes à déboulonner

« Le numérique n'a aucun impact » : au contraire, la fabrication d'une liseuse ou d'une tablette représente l'essentiel de son empreinte, et ces appareils deviennent des déchets électroniques en fin de vie. « Chaque livre papier détruit une forêt » : au Canada, la récolte forestière est encadrée, et l'impact d'un livre dépend surtout de son papier, de ses invendus et du nombre de ses lecteurs. « Il faut choisir son camp » : la plupart des lecteurs combinent les deux, et c'est souvent la meilleure stratégie, à condition de privilégier le partage.

Le papier recyclé et certifié

Lorsque tu achètes un livre papier neuf, regarde les mentions sur la page de copyright ou la couverture : de plus en plus d'éditeurs québécois impriment sur du papier contenant des fibres recyclées ou certifié par un organisme de gestion forestière responsable, comme FSC. Ces mentions indiquent que le bois provient de forêts gérées selon des normes environnementales et sociales, ou de fibres récupérées. Encourager ces éditeurs envoie un signal clair à toute la chaîne du livre, et l'impression locale réduit aussi le transport. Certains éditeurs indiquent même l'imprimeur et la provenance du papier : une transparence qui mérite d'être encouragée par tes choix d'achat, en librairie comme en ligne, chaque fois que c'est possible.

En résumé

Il n'y a pas de gagnant absolu entre la liseuse et le livre papier : les analyses de cycle de vie montrent que tout dépend du nombre de livres lus, de la durée de vie de la liseuse et du nombre de lecteurs par livre. Pour les grands lecteurs, une liseuse gardée longtemps et nourrie par le prêt numérique est très avantageuse. Pour les autres, le papier emprunté ou usagé reste imbattable. Et dans tous les cas, la bibliothèque est la grande gagnante.

Sources

Sources officielles et études consultées en octobre 2026.

Questions fréquentes

À partir de combien de livres une liseuse devient-elle plus écologique?

Il n'y a pas de chiffre unique. Les études de cycle de vie montrent que le nombre de livres lus sur la liseuse pendant sa vie est déterminant, et le seuil varie selon les hypothèses et les catégories d'impact étudiées. Une étude de 2017 a observé que les personnes qui adoptent une liseuse lisent généralement assez de livres numériques pour atteindre ce seuil, mais que la plupart continuent aussi d'acheter des livres papier.

Quelle est la façon la plus écologique de lire?

Emprunter à la bibliothèque, en papier ou en numérique, et acheter usagé. Une analyse de cycle de vie sud-africaine a montré que le partage d'un même livre papier entre quelques lecteurs suffit à rivaliser avec le numérique sur plusieurs impacts. Au Québec, BAnQ offre le prêt de livres numériques gratuit à tous les résidents.

Le livre papier est-il mauvais pour les forêts?

Pas nécessairement. Au Canada, la récolte forestière est encadrée et ne touche chaque année qu'une petite partie des forêts aménagées, selon Ressources naturelles Canada. L'impact d'un livre dépend surtout de l'origine de son papier, de la part de fibres recyclées, des invendus et du nombre de personnes qui le lisent.