Comment protéger les espèces marines en danger d'extinction
Baleines, tortues, requins, coraux : de nombreuses espèces marines sont aujourd'hui menacées, jusque dans le golfe du Saint-Laurent. Voici les principales menaces selon les données les plus récentes, les mesures qui fonctionnent et les gestes qui aident vraiment.

Les océans abritent une immense diversité de vie, des minuscules organismes du plancton aux plus grands animaux de la planète. Pourtant, une part croissante de ces espèces est menacée. Selon la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité, l'IPBES, plus du tiers des mammifères marins et près du tiers des coraux constructeurs de récifs sont menacés d'extinction. Dans le golfe du Saint-Laurent, des espèces emblématiques comme la baleine noire et le béluga sont en situation précaire. Comprendre les menaces est la première étape pour les protéger.
Les principales menaces
Selon l'IPBES, l'exploitation directe des ressources, surtout la pêche, est la première cause de déclin de la vie marine, devant les changements d'usage des mers et des côtes, les changements climatiques, la pollution et les espèces envahissantes. Ces menaces se combinent souvent : une population affaiblie par la surpêche résiste moins bien au réchauffement des eaux ou à la pollution.
Le rapport Planète vivante 2024 du WWF fait état d'un déclin moyen d'environ 56 % des populations marines de vertébrés suivies depuis 1970. Derrière cette moyenne, certaines populations se portent mieux grâce à une bonne gestion, alors que d'autres se sont effondrées.
La surpêche et les prises accessoires
Dans son évaluation la plus détaillée à ce jour, publiée en 2025 et portant sur 2 570 stocks, la FAO estime qu'environ 35,5 % des stocks de poissons marins sont surexploités, une proportion qui augmente d'environ 1 % par année. Les espèces d'eaux profondes et les requins sont particulièrement vulnérables : selon la FAO, seulement 29 % des stocks d'espèces d'eaux profondes sont exploités durablement, et 43,5 % des stocks de requins examinés le sont de façon non durable.
Les prises accessoires, c'est-à-dire les animaux capturés involontairement, touchent aussi les tortues marines, les dauphins, les oiseaux marins et les requins. Des engins de pêche plus sélectifs, des dispositifs qui permettent aux tortues de s'échapper des filets et des fermetures de zones lorsque des espèces vulnérables sont présentes réduisent ces captures. L'histoire de la morue au large de Terre-Neuve, dont l'effondrement a mené au moratoire de 1992, rappelle les conséquences d'une surpêche prolongée.
Les collisions et les engins de pêche
Pour les grandes baleines, les collisions avec les navires et l'empêtrement dans les cordages de pêche sont des menaces majeures. En 2017, 12 baleines noires de l'Atlantique Nord sont mortes dans le golfe du Saint-Laurent, sur une population totale estimée à environ 450 individus à l'époque. Depuis, Pêches et Océans Canada et Transports Canada ont instauré des fermetures de zones de pêche là où les baleines sont détectées et des limites de vitesse pour les navires de plus de 13 mètres dans une grande partie du golfe.
Les engins de pêche perdus ou abandonnés, appelés engins fantômes, continuent de capturer des animaux pendant des années. Le gouvernement du Canada soutient leur récupération et exige le marquage des engins et la déclaration des engins perdus, afin de réduire ce danger invisible.
La pollution plastique et chimique
Les tortues marines confondent souvent les sacs de plastique avec des méduses, et de nombreux oiseaux marins nourrissent leurs petits de fragments de plastique. Selon l'évaluation scientifique du gouvernement du Canada, la pollution plastique est présente partout, des rives aux sédiments, et menace la faune par l'ingestion et l'enchevêtrement. Les microplastiques se retrouvent jusque dans le plancton, à la base de la chaîne alimentaire.
Les contaminants chimiques, comme certains polluants persistants et les métaux lourds, s'accumulent dans les grands prédateurs. Le béluga de l'estuaire du Saint-Laurent, qui vit toute l'année dans un milieu fortement influencé par les activités humaines, est particulièrement exposé à ces contaminants, en plus du bruit et du dérangement causés par la navigation.
Le réchauffement et l'acidification
Les changements climatiques transforment les océans : eaux plus chaudes, plus acides et moins oxygénées en profondeur. Selon l'agence américaine NOAA, le quatrième épisode mondial de blanchissement des coraux, confirmé en 2024, a soumis environ 84 % des récifs coralliens du monde à un stress thermique suffisant pour provoquer leur blanchissement entre 2023 et la mi-2025. Les coraux blanchis peuvent se rétablir, mais des épisodes répétés les affaiblissent durablement.
Dans le golfe du Saint-Laurent, le réchauffement et la baisse d'oxygène des eaux profondes modifient la répartition des espèces. Les proies de la baleine noire se sont déplacées, ce qui explique en partie pourquoi l'espèce fréquente davantage le golfe, où elle croise plus de navires et d'engins de pêche.
Des espèces menacées près de chez nous
- La baleine noire de l'Atlantique Nord : l'une des grandes baleines les plus menacées au monde, de plus en plus présente dans le golfe du Saint-Laurent.
- Le béluga de l'estuaire du Saint-Laurent : une population isolée, exposée aux contaminants, au bruit et au dérangement.
- La tortue luth : la plus grande tortue marine, désignée menacée sur la liste des espèces fauniques du gouvernement du Québec, qui fréquente le golfe l'été pour se nourrir de méduses.
- Le rorqual bleu : le plus grand animal de la planète, encore peu nombreux dans l'Atlantique Nord-Ouest.
- Certaines populations de morue et de loup atlantique, touchées par la surpêche passée et les changements de l'écosystème.
Les aires marines protégées
Protéger des zones de l'océan permet aux populations de se rétablir, aux habitats de se régénérer et aux poissons de grandir et de se reproduire. L'accord de Kunming-Montréal sur la biodiversité, adopté en 2022, vise à conserver au moins 30 % des terres et des mers de la planète d'ici 2030. Au Québec, le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent protège un milieu essentiel pour le béluga et de nombreuses baleines.
Pour être efficaces, ces aires doivent être bien gérées, surveillées et assez grandes pour protéger les espèces qui se déplacent beaucoup. Les plus efficaces combinent des zones de protection stricte et des zones où certaines activités durables sont permises.
La gestion des pêches fonctionne
Les données de la FAO montrent aussi que la protection fonctionne lorsqu'elle est appliquée sérieusement. Dans le Pacifique Nord-Est, plus de 90 % des stocks sont exploités durablement. En Méditerranée, la pression de pêche a diminué de 30 % depuis 2013 et la biomasse a augmenté de 15 %. Les thons, longtemps surexploités, proviennent maintenant à 99 % de stocks gérés durablement. Des quotas fondés sur la science, une bonne surveillance et la coopération entre pays permettent aux populations de se reconstituer.
Ce que chacun peut faire
- Choisir des produits de la mer durables, certifiés ou issus de stocks bien gérés, et varier les espèces.
- Réduire le plastique jetable : sacs, bouteilles, emballages, ustensiles.
- Observer les baleines de façon responsable, avec des entreprises qui respectent les distances réglementaires, ou depuis la rive.
- Ne rien jeter dans les égouts : huiles, médicaments, produits chimiques.
- Réduire ses émissions de gaz à effet de serre, la cause du réchauffement et de l'acidification.
- Signaler les mammifères marins en difficulté plutôt que de s'en approcher.
- Soutenir les organismes de recherche et de conservation marine.
Bien choisir ses produits de la mer
Au comptoir de poissonnerie, quelques questions simples aident à faire de meilleurs choix : de quelle espèce s'agit-il, d'où vient-elle, et comment a-t-elle été pêchée ou élevée? Les petits poissons pélagiques abondants, comme le maquereau, le hareng et les sardines, sont souvent de bons choix, tout comme les moules d'élevage. Les grands prédateurs, comme certains requins et espadons, et les espèces d'eaux profondes, très vulnérables à la surpêche, sont à consommer avec plus de prudence.
Les certifications de pêche durable, lorsqu'elles sont reconnues et vérifiées par des organismes indépendants, aident aussi à s'y retrouver. Pour en savoir plus, lis notre article sur la pêche intensive.
Que faire face à un animal marin en difficulté
Un mammifère marin échoué sur une plage, un phoque qui semble blessé ou une tortue empêtrée dans un filet : la bonne réaction est de garder ses distances, de ne pas toucher l'animal et de ne pas tenter de le remettre à l'eau. Certains animaux, comme les jeunes phoques, se reposent normalement sur la rive. Note l'endroit, l'heure et l'état de l'animal, prends une photo à distance et signale-le aux autorités ou au réseau d'urgence pour les mammifères marins de ta région.
Ces signalements permettent à des équipes formées d'intervenir de façon sécuritaire, et aux scientifiques de mieux comprendre les causes de mortalité des espèces marines.
La science citoyenne au service de la mer
Les citoyens contribuent de plus en plus à la protection des espèces marines. Signaler ses observations de baleines, de phoques, de tortues ou d'oiseaux marins dans des applications de science citoyenne, participer aux recensements d'oiseaux côtiers ou aux nettoyages de rives fournit des données précieuses aux chercheurs. Ces observations aident à suivre les déplacements des espèces, à repérer les zones à protéger et à mesurer l'efficacité des mesures.
Les oiseaux marins
Les oiseaux marins comptent parmi les groupes d'oiseaux les plus menacés de la planète. Ils nichent en grandes colonies sur les falaises et les îles, où ils sont vulnérables aux prédateurs introduits, au dérangement et aux maladies, et ils dépendent de poissons dont l'abondance varie avec la pêche et le climat. Les fous de Bassan de l'île Bonaventure, les macareux moines et les petits pingouins du golfe du Saint-Laurent font partie de ce patrimoine fragile.
La grippe aviaire a causé ces dernières années d'importantes mortalités dans plusieurs colonies d'oiseaux marins de l'Atlantique Nord, y compris au Québec. Lors des visites de colonies, il faut respecter les sentiers et les distances, et ne jamais manipuler un oiseau malade ou mort : il faut plutôt le signaler aux autorités.
Les phoques et les autres mammifères marins
Le golfe et l'estuaire du Saint-Laurent abritent plusieurs espèces de phoques, comme le phoque gris, le phoque commun et le phoque du Groenland, ainsi que des dauphins et des marsouins. Certaines populations se portent bien, d'autres sont plus fragiles. Le marsouin commun, par exemple, est sensible aux prises accessoires dans les filets maillants.
Sur la rive, il n'est pas rare de croiser un jeune phoque qui se repose : il n'est généralement pas abandonné. Garde tes distances, tiens ton chien en laisse et signale l'animal seulement s'il semble blessé ou en détresse.
Les habitats côtiers, pouponnières de la mer
De nombreuses espèces marines passent les premiers stades de leur vie dans des habitats côtiers : herbiers de zostère, marais salés, estuaires et forêts de laminaires. Ces milieux offrent nourriture et abri aux jeunes poissons, aux crustacés et aux mollusques. Leur dégradation, par le remblayage, la pollution ou l'érosion, a des conséquences sur des populations bien au-delà de la côte.
Protéger et restaurer ces habitats est l'une des façons les plus efficaces d'aider la vie marine. Ces milieux stockent aussi du carbone et protègent les côtes contre l'érosion, un bénéfice de plus face aux changements climatiques.
Le bruit sous-marin
Le son se propage très loin sous l'eau, et les baleines, les dauphins et les phoques s'en servent pour communiquer, s'orienter et trouver leur nourriture. Le bruit des navires, des travaux maritimes et des levés sismiques peut masquer ces sons, perturber leurs comportements et augmenter leur stress. Le béluga de l'estuaire, qui vit dans une voie maritime très fréquentée, y est particulièrement exposé.
Réduire la vitesse des navires, adapter leurs routes et concevoir des navires plus silencieux diminuent ce bruit. Les mesures de ralentissement adoptées dans le golfe du Saint-Laurent pour protéger la baleine noire ont aussi cet effet bénéfique.
Les espèces envahissantes en mer
Certaines espèces introduites par les eaux de ballast des navires, l'aquaculture ou le commerce menacent les espèces indigènes. Dans le golfe du Saint-Laurent, le crabe vert, une espèce envahissante, détruit les herbiers de zostère et concurrence les espèces locales, notamment autour des Îles-de-la-Madeleine. Les tuniciers envahissants peuvent aussi recouvrir les installations aquacoles et les fonds marins.
Nettoyer les embarcations et le matériel entre deux plans d'eau, ne jamais relâcher d'animaux d'aquarium dans la nature et signaler les observations d'espèces inhabituelles aident à limiter leur propagation.
Le rôle des pêcheurs et des communautés
Les pêcheurs sont des partenaires essentiels de la conservation marine. Leur connaissance du milieu, leurs observations et leur participation aux essais de nouveaux engins, comme les cordages sans corde verticale permanente ou les engins à faible risque d'empêtrement, ont contribué à réduire les risques pour la baleine noire. Les communautés autochtones côtières, qui entretiennent une relation millénaire avec la mer, jouent aussi un rôle grandissant dans la gestion et la surveillance des ressources marines.
Les mesures de protection fonctionnent mieux lorsqu'elles sont élaborées avec les communautés qui vivent de la mer, et lorsqu'elles concilient conservation et maintien des activités économiques durables.
En France et en Europe
En Europe, la protection des espèces marines s'appuie notamment sur le réseau Natura 2000 en mer, sur les parcs naturels marins et sur la politique commune de la pêche, qui fixe des quotas pour de nombreuses espèces. En Méditerranée, où la FAO constate que seulement environ 35 % des stocks sont exploités durablement, la pression de pêche diminue et la biomasse remonte depuis 2013, signe que les efforts commencent à porter leurs fruits.
Les tortues marines, les dauphins, les phoques moines et de nombreux requins y font l'objet de plans de protection. Les citoyens peuvent y contribuer de la même façon qu'au Québec : choisir des produits de la mer durables, réduire leurs déchets et signaler les animaux en détresse aux réseaux d'échouage.
Le tourisme côtier responsable
Le tourisme d'observation de la faune marine fait vivre de nombreuses communautés côtières, en Gaspésie, sur la Côte-Nord et aux Îles-de-la-Madeleine. Bien pratiqué, il sensibilise des milliers de visiteurs à la beauté et à la fragilité de la vie marine. Mal pratiqué, il dérange les animaux pendant qu'ils se nourrissent, se reposent ou s'occupent de leurs petits.
Choisis des entreprises qui respectent les distances d'approche réglementaires et forment leurs guides. En kayak ou en bateau, ne poursuis jamais un animal, réduis ta vitesse près des mammifères marins et garde tes distances. Sur la plage, ne dérange pas les colonies d'oiseaux ni les phoques au repos, et rapporte tous tes déchets. L'observation depuis la rive, à partir des belvédères et des sentiers côtiers, reste une option sans aucun dérangement.
Sensibiliser les jeunes générations
Les enfants qui découvrent la vie marine deviennent souvent ses meilleurs défenseurs. Les centres d'interprétation, les aquariums qui contribuent à la recherche et à la conservation, les sorties sur la grève à marée basse et les activités de science citoyenne en famille éveillent leur curiosité. Observer les crabes, les étoiles de mer et les algues dans une cuvette de marée, en les remettant toujours à leur place, est une leçon de respect autant que de biologie.
À l'école, les projets de nettoyage de rives, les adoptions symboliques de baleines au profit d'organismes de recherche et les échanges avec des scientifiques marins donnent aux jeunes le sentiment de pouvoir agir concrètement.
Un océan qui peut se rétablir
L'histoire de la conservation marine compte aussi des réussites. Plusieurs populations de baleines à bosse, autrefois décimées par la chasse commerciale, se sont rétablies après l'interdiction de cette chasse. Des stocks de poissons se reconstituent là où la pêche est bien gérée. Ces succès montrent que l'océan peut se rétablir lorsqu'on lui en donne la chance.
Protéger les espèces marines, c'est aussi protéger les communautés côtières, la pêche de demain et l'équilibre de toute la planète. Pour aller plus loin, lis nos articles sur l'importance des océans, les récifs coralliens et les microplastiques.
En résumé
Les espèces marines font face à la surpêche, aux collisions, aux engins de pêche, à la pollution et au réchauffement des océans. Les solutions sont connues et fonctionnent lorsqu'elles sont appliquées : aires marines protégées, gestion des pêches fondée sur la science, ralentissement des navires, réduction du plastique et des émissions. Chacun peut y contribuer par ses choix de consommation, son comportement en mer et sur la rive, et son soutien aux organismes de conservation.
Sources
Sources officielles et études consultées en octobre 2026.
- FAO releases the most detailed global assessment of marine fish stocks to date, FAO, 2025.
- Communiqué : le déclin « sans précédent » de la nature (évaluation mondiale), IPBES, 2019.
- Living Planet Report 2024, WWF-Canada, 2024.
- World's fourth mass coral bleaching event likely ended in 2025, NOAA NESDIS (États-Unis), 2026.
- Plan pour protéger les baleines noires de l'Atlantique Nord en 2018, Pêches et Océans Canada, 2018.
- Mesures de protection de la baleine noire de l'Atlantique Nord pour 2022, Pêches et Océans Canada, 2022.
- Liste des espèces fauniques menacées ou vulnérables, Gouvernement du Québec, 2025.
- Évaluation scientifique de la pollution plastique, Environnement et Changement climatique Canada et Santé Canada, 2020.
- Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal : les 23 cibles pour 2030, Convention sur la diversité biologique (ONU), 2022.
Questions fréquentes
Quelles espèces marines sont menacées au Québec?
Parmi les espèces marines en péril qui fréquentent les eaux du Québec, on compte notamment la baleine noire de l'Atlantique Nord, le béluga de l'estuaire du Saint-Laurent et la tortue luth, désignée menacée sur la liste du gouvernement du Québec, ainsi que plusieurs poissons comme certaines populations de morue.
Quelle est la principale menace pour les espèces marines?
Selon les évaluations scientifiques internationales, l'exploitation directe, surtout la pêche, est la principale menace pour la vie marine, suivie des changements dans l'usage des mers et des côtes, des changements climatiques, de la pollution et des espèces envahissantes.
Que faire si je vois un mammifère marin en difficulté?
Ne t'approche pas de l'animal, ne le touche pas et ne tente pas de le remettre à l'eau. Note l'endroit et prends une photo à distance, puis signale-le aux autorités ou au réseau d'urgence pour les mammifères marins de ta région, qui dépêchera des intervenants formés.


