Échinacée : ce que conclut la revue Cochrane
L'échinacée est probablement la plante la plus étudiée contre le rhume. Des dizaines d'essais cliniques, une revue Cochrane, et pourtant une réponse qui déçoit souvent : l'effet est faible, s'il existe. Voici ce que concluent les chercheurs, pourquoi les produits sont si difficiles à comparer, et les précautions à connaître avant d'en prendre.

Avec ses pétales rose pourpre qui retombent autour d'un cœur orangé et piquant, l'échinacée est une vedette des plates-bandes québécoises. Elle est aussi, depuis des décennies, l'un des produits naturels les plus vendus contre le rhume, en gouttes, en comprimés ou en tisane.
C'est donc une plante qui a été beaucoup étudiée. Et c'est justement ce qui rend la réponse intéressante. Cet article fait partie de notre guide sur les remèdes à base de plantes contre le rhume et la grippe.
Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de la santé.
La revue Cochrane en chiffres
Cochrane est un réseau international indépendant qui rassemble toutes les études de qualité sur une question pour en tirer une conclusion d'ensemble. Sa revue sur l'échinacée et le rhume, signée par Karsch-Völk et ses collègues, a été publiée en février 2014. Elle repose sur les études publiées jusqu'en juillet 2013.
- 24 essais à double insu, répartis au hasard;
- 4 631 participants;
- 33 comparaisons entre un produit d'échinacée et un placebo.
« À double insu » veut dire que ni les participants ni les chercheurs ne savaient qui recevait l'échinacée et qui recevait le placebo, un produit identique mais sans plante active. « Répartis au hasard » veut dire que c'est le hasard qui décidait du groupe de chaque personne. Ce sont les deux conditions qui permettent de distinguer l'effet réel d'un produit de l'effet placebo et de la guérison naturelle du rhume.
Côté qualité, 10 essais avaient un faible risque de biais, 6 un risque incertain et 8 un risque élevé. C'est une base solide, beaucoup plus que pour la plupart des plantes vendues contre le rhume.
Pour traiter le rhume : pas de bénéfice démontré
Quinze essais, avec 20 comparaisons, ont testé l'échinacée chez des personnes déjà enrhumées. Parmi les 6 comparaisons qui mesuraient la durée du rhume, seulement 2 ont montré un effet significatif de l'échinacée par rapport au placebo.
La conclusion des auteurs est claire : les produits d'échinacée n'ont pas démontré de bénéfice pour traiter le rhume. Ils admettent qu'il est possible que certains produits aient un faible effet, mais sans pouvoir le démontrer.
Pour le prévenir : peut-être un petit effet
Dix essais, avec 13 comparaisons, ont testé l'échinacée en prévention, chez des personnes en bonne santé. Aucune des 12 comparaisons qui comptaient le nombre de personnes ayant attrapé au moins un rhume n'a trouvé de différence significative.
En regroupant les résultats après coup, les auteurs observent une réduction du risque relatif de 10 à 20 %. Autrement dit, si 10 personnes sur 100 attrapaient un rhume sans échinacée, il y en aurait peut-être 8 ou 9 avec. Les auteurs jugent cet effet d'une pertinence clinique douteuse.
Le National Center for Complementary and Integrative Health (NCCIH), un organisme public américain, résume la situation en 2024 de la même façon : l'échinacée pourrait réduire légèrement le risque d'attraper un rhume, mais on ne sait pas si elle le raccourcit, et plus de recherche est nécessaire.
Le vrai problème : quelle échinacée?
Pourquoi tant d'études donnent-elles des résultats si peu clairs? Les auteurs de la revue Cochrane pointent un problème majeur : les produits testés variaient énormément.
- Trois espèces sont utilisées : l'échinacée pourpre (Echinacea purpurea), l'échinacée à feuilles étroites (E. angustifolia) et l'échinacée pâle (E. pallida).
- Différentes parties de la plante : racine, parties aériennes, fleurs, ou plante entière.
- Différentes préparations : jus de plante fraîche pressée, teintures, extraits secs, tisanes.
Un essai qui montre un petit effet avec le jus pressé d'échinacée pourpre ne dit rien sur une tisane de racine d'échinacée pâle. Et le pot que tu trouves en pharmacie ne correspond pas forcément à ce qui a été testé. C'est l'une des raisons pour lesquelles il est si difficile de conclure.
Ce que dit l'Europe
L'Agence européenne des médicaments a publié une monographie sur le jus de la plante fraîche d'échinacée pourpre, adoptée en 2014. Elle reconnaît un usage bien établi pour la prévention et le traitement à court terme du rhume, avec des conditions précises :
- Pas avant 12 ans, faute de données suffisantes sur la sécurité.
- Pas plus de 10 jours. Si les symptômes persistent au-delà, il faut consulter un médecin ou un pharmacien.
- Pas recommandée en cas de maladie auto-immune, d'immunodéficience, d'immunosuppression ou de maladie des globules blancs.
- Contre-indiquée en cas d'allergie à l'échinacée ou aux autres plantes de la famille des Astéracées.
- Grossesse et allaitement : pas recommandée, sauf sur l'avis d'un médecin.
Ces conditions valent pour ce type de produit précis, le jus de la plante fraîche, et montrent bien que l'échinacée n'est pas un produit anodin à prendre en continu tout l'hiver.
Les précautions
Pour la plupart des adultes, l'échinacée prise à court terme cause peu de problèmes. Dans la revue Cochrane, les abandons et les effets indésirables n'étaient pas significativement différents entre l'échinacée et le placebo, même si les essais de prévention montraient une tendance à plus d'abandons pour effets indésirables avec l'échinacée.
Le NCCIH signale quand même quelques points importants :
- Allergies : certaines personnes ont des réactions allergiques à l'échinacée, qui peuvent être graves. Elle est proche des tournesols, des marguerites et de l'herbe à poux. Si tu es allergique à l'herbe à poux, sois particulièrement prudent. L'Agence européenne signale aussi un risque possible de réaction grave chez les personnes atopiques, qui devraient consulter avant d'en prendre.
- Digestion : les effets secondaires les plus fréquents sont digestifs, comme des maux de ventre et des nausées.
- Enfants : un essai clinique chez l'enfant a signalé des éruptions cutanées. Parles-en à un professionnel de la santé avant d'en donner.
- Médicaments : les données sur les interactions sont contradictoires. Si tu prends des médicaments, notamment des immunosuppresseurs, parles-en à ton pharmacien.
Pour la grossesse, le NCCIH indique que certaines études suggèrent que les extraits sont peut-être sans danger jusqu'à 7 jours au premier trimestre, mais recommande de consulter un professionnel de la santé avant d'en prendre. On sait peu de choses sur la sécurité pendant l'allaitement.
Si tu veux quand même l'essayer
Rien n'interdit à un adulte en bonne santé d'essayer l'échinacée pour voir, tant qu'il connaît les limites. Quelques réflexes aident à choisir :
- Cherche le NPN sur l'étiquette : c'est le numéro qui montre que Santé Canada a autorisé le produit.
- Regarde l'espèce et la partie utilisée. Un produit sérieux précise s'il s'agit d'échinacée pourpre, à feuilles étroites ou pâle, et de la racine ou des parties aériennes.
- Respecte la durée indiquée. L'échinacée n'est pas faite pour être prise en continu pendant tout l'hiver.
- Méfie-toi des promesses du genre « renforce l'immunité » : les études ne permettent pas de l'affirmer.
Et garde ton argent pour ce qui a fait ses preuves : contre la toux chez les plus de 1 an, une cuillerée de miel le soir a de meilleures données que la plupart des produits vendus contre le rhume. Tout est expliqué dans notre article sur le miel contre la toux.
Et dans le jardin?
Si l'échinacée déçoit en pharmacie, elle tient toutes ses promesses au jardin. L'échinacée pourpre est une vivace robuste, qui fleurit longtemps en été, attire les abeilles et les papillons, et dont les têtes séchées nourrissent les oiseaux l'hiver si on ne les coupe pas à l'automne. C'est une excellente plante pour un jardin favorable aux pollinisateurs.
Une précaution s'impose si tu as l'idée de faire ta propre teinture ou ta tisane avec les plantes du jardin : tu ne sauras pas quelle quantité de composés actifs tu consommes, et les études ne portent pas sur ce genre de préparation. Les mises en garde sur les allergies s'appliquent aussi.
En résumé
L'échinacée a été bien étudiée, et c'est ce qui permet de conclure avec une certaine confiance : elle ne guérit pas le rhume, et son effet préventif, s'il existe, est faible. Si tu veux quand même l'essayer, choisis un produit homologué, avec un NPN, respecte la durée indiquée, et évite-la si tu es allergique aux Astéracées. Pour comparer avec le miel, le sureau ou la vitamine C, vois notre guide des remèdes contre le rhume, et pour décoder l'étiquette, notre article sur le NPN.
Sources
- Echinacea for preventing and treating the common cold, M. Karsch-Völk, B. Barrett, D. Kiefer, R. Bauer, K. Ardjomand-Woelkart et K. Linde, Cochrane, 2014.
- Echinacea, National Center for Complementary and Integrative Health, 2024.
- European Union herbal monograph on Echinacea purpurea (L.) Moench, herba recens, Agence européenne des médicaments, 2015.
- The Common Cold and Complementary Health Approaches, National Center for Complementary and Integrative Health, 2020.
Questions fréquentes
L'échinacée guérit-elle le rhume?
Non. La revue Cochrane de 2014, qui rassemble 24 essais et 4 631 participants, conclut que les produits d'échinacée n'ont pas démontré de bénéfice pour traiter le rhume. Sur 6 comparaisons qui mesuraient la durée du rhume, seulement 2 montraient un effet significatif.
L'échinacée prévient-elle le rhume?
Peut-être un peu. Aucune des 12 comparaisons individuelles sur la prévention n'a trouvé de différence significative. En regroupant les résultats, on observe une réduction du risque relatif de 10 à 20 %, un effet que les auteurs jugent d'une pertinence clinique douteuse.
Qui devrait éviter l'échinacée?
Les personnes allergiques aux plantes de la famille des Astéracées, comme l'herbe à poux ou les marguerites. Selon le NCCIH, certaines réactions allergiques peuvent être graves. L'Agence européenne des médicaments ne recommande pas l'échinacée avant 12 ans, ni en cas de maladie auto-immune ou d'immunosuppression.
Pendant combien de temps peut-on prendre de l'échinacée?
La monographie européenne de l'échinacée pourpre fraîche limite l'usage contre le rhume à 10 jours. Si les symptômes durent plus longtemps, il faut consulter un médecin ou un pharmacien.


