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Sirop de sureau : ce que dit la monographie de Santé Canada

Le sirop de sureau est devenu un incontournable des pharmacies et des marchés dès que la saison du rhume commence. Santé Canada a une monographie sur le sureau, mais elle ne dit pas tout à fait ce que les étiquettes laissent croire. Voici ce qu'elle permet, ce que disent les études, et les précautions à prendre, surtout si tu fais ton sirop toi-même.

Sirop de sureau : ce que dit la monographie de Santé Canada

Bouteilles violet foncé, étiquettes qui promettent de « soutenir l'immunité », recettes maison qui circulent sur les réseaux sociaux : le sirop de sureau est partout dès octobre. Il a aussi l'avantage d'être fait d'une plante d'ici, puisque le sureau du Canada pousse en bordure des fossés et des champs dans tout le sud du Québec.

Mais qu'est-ce que Santé Canada dit vraiment du sureau? Et que montrent les études? Cet article fait partie de notre guide sur les remèdes à base de plantes contre le rhume et la grippe.

Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de la santé.

C'est quoi, une monographie?

Au Canada, les produits de santé naturels doivent obtenir une licence de mise en marché de Santé Canada. Pour simplifier les choses, l'organisme publie des monographies : des documents qui fixent, pour une plante donnée, les parties utilisables, les doses, les usages permis et les mises en garde obligatoires. Un fabricant qui respecte la monographie peut obtenir sa licence plus facilement.

Une fois le produit autorisé, son étiquette porte un numéro de licence de huit chiffres précédé des lettres NPN. Pour savoir comment lire tout ça, vois notre article sur l'étiquette d'un produit de santé naturel.

Ce que couvre la monographie du sureau

La monographie du sureau de Santé Canada, dans sa version de décembre 2025, couvre deux sous-espèces :

  • le sureau noir d'Europe (Sambucus nigra subsp. nigra);
  • le sureau du Canada (Sambucus nigra subsp. canadensis), celui qui pousse chez nous.

Les parties permises sont la fleur séchée et le fruit séché, par la bouche. Les aliments et les formes qui ressemblent à des aliments sont exclus : la monographie vise des produits de santé, pas la confiture.

Les usages permis

Pour les adultes, la monographie permet les usages suivants, tous en phytothérapie :

  • comme diaphorétique, c'est-à-dire pour faire transpirer, afin d'aider à soulager la fièvre associée au rhume ou à la grippe;
  • pour aider à soulager les symptômes du rhume et de la grippe;
  • pour la fleur : aider à soulager la congestion des sinus et du rhume des foins;
  • pour le fruit : aider à soulager les douleurs articulaires, par exemple liées à l'arthrite, et comme source d'antioxydants;
  • comme diurétique, et comme « altératif » qui aide à éliminer les déchets.

Pour les enfants de 2 à 11 ans et les adolescents, les usages sont plus limités : la fièvre associée au rhume ou à la grippe, le soulagement des symptômes du rhume et de la grippe, et, pour la fleur seulement, la congestion des sinus et du rhume des foins. Les usages contre les douleurs articulaires, diurétiques ou antioxydants ne sont pas prévus pour eux.

Le mot important, c'est phytothérapie. Dans la monographie, les allégations d'usage traditionnel sont formulées avec ce terme, par exemple « Utilisé en phytothérapie pour… ». Ça signifie que l'allégation repose sur l'usage traditionnel de la plante, pas sur des essais cliniques qui auraient démontré son efficacité. C'est une nuance que les emballages ne mettent pas toujours en évidence.

Les doses

La monographie fixe des doses quotidiennes selon la forme et l'âge. Quelques exemples pour l'adulte de 18 ans et plus :

FormeDose par jour, adulte
Fleur séchée, en infusionde 6 à 15 g
Fleur séchée, poudre ou extraitde 1,5 à 15 g
Fruit séché, poudre, extrait, décoction ou infusionde 1,3 à 18 g

Pour les enfants, les doses sont calculées en fractions de la dose adulte, et les formes permises sont limitées : avant 3 ans, seulement les liquides, comme les solutions ou les suspensions. Aucun usage n'est prévu avant 2 ans.

Les mises en garde obligatoires

Tout produit homologué selon la monographie doit afficher certaines mises en garde :

  • consulter un praticien de soins de santé avant l'usage si tu es enceinte ou si tu allaites;
  • pour les usages contre le rhume, la grippe, la fièvre ou la congestion : consulter si les symptômes persistent ou s'aggravent;
  • cesser l'utilisation en cas d'hypersensibilité ou d'allergie;
  • un effet diurétique pourrait se produire.

La monographie n'indique aucune contre-indication obligatoire. Si tu prends des médicaments, ton pharmacien reste la bonne personne pour vérifier les interactions possibles.

Ce que disent les études

La monographie dit ce qui est permis sur l'étiquette. Pour savoir si le sureau fonctionne, il faut regarder les essais cliniques. La meilleure synthèse disponible est la revue systématique de Wieland et de ses collègues, publiée en 2021 dans BMC Complementary Medicine and Therapies.

Ses auteurs n'ont trouvé que 5 essais cliniques sur le sureau et les infections respiratoires virales :

  • Prévention : un seul essai, chez 312 adultes. Le sureau ne réduirait peut-être pas le risque d'attraper un rhume (8 % contre 11 %, certitude faible).
  • Durée du rhume : chez ceux qui l'ont attrapé quand même, le rhume pourrait durer environ deux jours de moins.
  • Intensité : le rhume pourrait être moins intense.
  • Grippe : 3 petits essais, 151 participants au total. Le sureau pourrait raccourcir la maladie, mais l'estimation est très incertaine.
  • Sécurité : aucun effet indésirable grave signalé, mais les effets indésirables étaient mal rapportés.

Les auteurs jugent la certitude des preuves de modérée à très faible, à cause de la petite taille des essais et des risques de biais, et demandent des études plus grandes. Le National Center for Complementary and Integrative Health (NCCIH), un organisme public américain, résume la situation de la même façon : quelques recherches préliminaires suggèrent que le sureau pourrait soulager les symptômes de la grippe et du rhume, mais peu d'études l'ont examiné.

Le sureau ne remplace pas le vaccin

Avec la grippe, la prudence est de mise. Selon Québec.ca, la plupart des personnes en bonne santé s'en remettent seules en 5 à 8 jours, mais elle peut entraîner des complications. La meilleure façon de se protéger de ces complications, c'est la vaccination.

Un sirop de sureau peut faire partie du confort à la maison, mais il ne remplace ni le vaccin ni une consultation. Si la fièvre persiste, si la respiration devient difficile ou si la peau change de couleur, il faut consulter. En cas de doute, le 811, option 1, te met en contact avec une infirmière d'Info-Santé.

Le sirop maison : attention aux baies crues

Faire son sirop de sureau avec des baies cueillies soi-même est tentant. C'est possible, mais il faut connaître un danger. Selon le NCCIH, les baies crues ou pas mûres, les feuilles et les tiges du sureau contiennent des composés qui peuvent causer des nausées, des vomissements et une diarrhée sévère. La cuisson détruit ces composés.

Quelques règles de base pour un sirop maison plus sûr :

  • Bien identifier la plante. Le sureau du Canada a de grandes ombelles plates de petites baies noir violacé. Au Québec, il existe aussi le sureau rouge, aux grappes en forme de cône et aux baies rouges : ce n'est pas celui qu'on utilise pour le sirop. En cas de doute, ne cueille pas.
  • Seulement des baies bien mûres, d'un noir violacé uniforme. Écarte les vertes.
  • Retire toutes les tiges. Une fourchette passée dans la grappe détache les baies facilement.
  • Cuis toujours. Les baies doivent mijoter dans l'eau avant d'être filtrées et sucrées. Jamais de baies crues dans un smoothie ou une tisane froide.
  • Pas de miel avant 1 an. Si ton sirop contient du miel, il est interdit aux bébés, à cause du risque de botulisme infantile.

Garde aussi en tête qu'un sirop maison n'est pas un produit homologué : sa concentration est inconnue, et les doses de la monographie ne s'appliquent pas directement. Dans la cuisine, le sureau est surtout un fruit savoureux, à la manière d'autres petits fruits sauvages qui doivent être cuits, comme ceux du sorbier.

En résumé

Santé Canada permet aux produits de sureau homologués de dire qu'ils aident à soulager les symptômes du rhume et de la grippe, en phytothérapie, donc selon l'usage traditionnel. Les études cliniques, peu nombreuses, suggèrent un rhume peut-être un peu plus court, avec une faible certitude. Ce n'est pas rien, mais c'est loin des promesses de certaines étiquettes.

Si tu en prends, choisis un produit avec un NPN, respecte la dose, et consulte si les symptômes persistent ou s'aggravent. Si tu le fais toi-même, cuis toujours les baies. Et si tu le donnes à un enfant, rappelle-toi que la monographie ne prévoit aucun usage avant 2 ans. Pour comparer avec les autres remèdes, du miel à l'échinacée, vois notre guide des remèdes contre le rhume.

Sources

Questions fréquentes

Le sirop de sureau est-il reconnu par Santé Canada?

Santé Canada a publié une monographie du sureau, mise à jour en décembre 2025. Elle permet d'homologuer des produits à base de fleurs ou de fruits séchés, en phytothérapie, pour aider à soulager les symptômes du rhume et de la grippe et la fièvre qui les accompagne. Ces allégations reposent sur l'usage traditionnel. Un produit homologué porte un NPN.

Le sureau raccourcit-il vraiment le rhume?

Peut-être. Selon une revue systématique de 2021, chez les adultes qui ont attrapé un rhume, le sureau pourrait raccourcir la maladie d'environ deux jours et la rendre moins intense. Mais il n'y avait que 5 essais cliniques, et la certitude des preuves va de modérée à très faible.

Les baies de sureau crues sont-elles toxiques?

Oui. Selon le NCCIH, les baies crues ou pas mûres, les feuilles et les tiges contiennent des composés qui peuvent causer nausées, vomissements et diarrhée sévère. La cuisson détruit ces composés. Utilise seulement des baies mûres, bien cuites, et retire les tiges.

Peut-on donner du sirop de sureau à un enfant?

La monographie de Santé Canada prévoit des usages à partir de 2 ans, pas avant, avec des doses réduites selon l'âge. Santé Canada conseille de consulter un professionnel de la santé avant de donner un produit de santé naturel à un enfant. Si le sirop contient du miel, jamais avant 1 an.

Le sureau est-il permis pendant la grossesse?

La monographie de Santé Canada demande de consulter un praticien de soins de santé avant d'utiliser un produit de sureau si tu es enceinte ou si tu allaites.