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Bokashi en appartement : le guide pour commencer cet hiver

Un seau fermé sous l'évier qui accepte la viande et les restes de table, sans odeur de poubelle : le bokashi a tout pour plaire en appartement. Mais ce qui en sort n'est pas du compost, et il faut lui trouver une place dans la terre, ce qui se complique quand le sol est gelé. Voici comment commencer cet hiver, du premier rang de pelures jusqu'au printemps.

Bokashi en appartement : le guide pour commencer cet hiver

Tu vis en appartement, sans cour, et tu voudrais arrêter de jeter tes pelures aux ordures. Le bokashi revient souvent dans les conseils : un seau hermétique, un peu de son, et presque tous tes restes y passent, même la viande et le fromage. Mais ce qui sort du seau n'est pas du compost : il faut l'enterrer ou le mélanger à de la terre. Au Québec, quand le sol gèle, ça demande un plan.

Pour un survol des autres méthodes, lis nos conseils pour valoriser ses déchets organiques. Si tu hésites entre un seau et un appareil électrique, notre dossier Lomi, FoodCycler et cie : un composteur électrique fait-il vraiment du compost? compare les options côte à côte.

Le bokashi en deux mots : une fermentation, pas un compost

Le bokashi est une fermentation sans oxygène. Tu déposes tes restes dans un contenant fermé, tu les saupoudres d'un son (son de blé ou balles de riz) ensemencé de micro-organismes, surtout des bactéries lactiques, des levures et des bactéries phototrophes, puis tu tasses et tu refermes. Selon le service de vulgarisation de l'Université d'État de Washington (WSU), ces microbes font fermenter les aliments au lieu de les laisser pourrir. Après deux semaines, tes pelures ressemblent encore à des pelures : c'est normal.

Le résultat est un pré-compost acide et biologiquement actif, précise WSU : il doit être mélangé à de la terre ou terminé dans un composteur, jamais étendu en surface comme un paillis. Selon l'Université de la Saskatchewan, le système demande de la place à l'intérieur, les seaux pleins doivent être vidés quelques fois par année, et il convient surtout à ceux qui ont accès de temps en temps à un jardin ou à un composteur. Si ta ville prend déjà tous tes restes au bac brun et que tu n'as pas de plantes, le bokashi t'ajoute une étape sans grand bénéfice.

Et les fameux « micro-organismes efficaces »? Dans un essai au champ de quatre ans à Zurich, des chercheurs n'ont vu aucune différence entre ces micro-organismes vivants et les mêmes produits stérilisés. Les petits effets observés venaient des éléments nutritifs du bokashi, et les auteurs concluent que, dans cet essai, ces produits n'ont amélioré ni les rendements ni la qualité du sol. Le bokashi est une façon pratique de garder tes restes sans odeur de pourriture, pas un engrais miracle.

Le matériel : un seau étanche (idéalement deux), du son et une assiette

  • Un seau à couvercle hermétique. La fermentation se fait sans air; WSU insiste sur un joint propre qui scelle bien.
  • Un moyen d'évacuer le liquide. Les seaux de bokashi ont une grille au fond et souvent un petit robinet. Sinon, l'Université de la Saskatchewan propose 5 à 8 cm de sciure sèche au fond pour absorber le surplus.
  • Un deuxième seau, à commencer pendant que le premier, plein, fermente.
  • Du son de bokashi, acheté ou fait maison. Selon WSU, s'il sent le moisi ou ne sent rien plutôt que l'aigre, remplace-le.
  • Une assiette qui entre juste dans le seau, pour presser les restes et chasser l'air.

Pour l'emplacement, la Ville de Vincent, en Australie, suggère le comptoir ou le dessous de l'évier, loin du soleil et de la chaleur, qui font partie des causes d'un seau qui tourne mal. Le froid nuit aussi : WSU situe la température idéale entre 18 et 29 °C environ, car le froid ralentit les microbes. Le balcon en janvier n'est donc pas une place pour un seau en fermentation.

Ce qu'on met dans le seau, et ce qu'on garde dehors

C'est le grand avantage du bokashi sur le compost de cour et le lombricompostage : il prend presque tous les restes de cuisine. Selon WSU, l'Université de la Saskatchewan et le conseil municipal de Redland, en Australie, tu peux y mettre les fruits et légumes, les restes cuits, le pain, les pâtes et le riz, le marc de café, le thé, les coquilles d'œufs, la viande, le poisson, les petits os et les produits laitiers.

Ce qui reste dehors, selon Redland : les liquides (lait, jus, eau), les gros os, les aliments déjà pourris ou moisis, les aliments contaminés par des produits chimiques, les excréments de chien et de chat, et les emballages comme l'aluminium ou la pellicule plastique. WSU ajoute les soupes et les sauces.

Trois réflexes aident. Coupe les gros morceaux en bouts de 5 à 8 cm, qui se tassent mieux. Ajoute un peu plus de son avec la viande, le poisson, les œufs et le fromage, comme le conseille Vincent. Et si le contenu devient visqueux à cause des fruits ou des restants de table, WSU suggère d'ajouter du son, du papier ou du carton déchiqueté. Pour savoir quoi mettre selon la destination, composteur ou bac brun, voir notre article sur le bac de cuisine.

Étape par étape, et combien de temps ça prend

  1. Prépare le fond : grille et robinet en place, ou une couche de sciure sèche.
  2. Ajoute une couche de restes d'environ 2,5 cm et saupoudre 1 à 2 c. à soupe (15 à 30 ml) de son, une petite poignée, selon l'Université de la Saskatchewan.
  3. Presse et referme. Écrase la couche avec l'assiette, ferme bien, et ouvre le seau rarement et brièvement.
  4. Soutire le jus aux quelques jours (voir plus bas).
  5. Répète jusqu'à ce que le seau soit plein.
  6. Laisse fermenter le seau plein et fermé : au moins 2 semaines selon l'Université de la Saskatchewan, 10 à 14 jours selon WSU, 10 à 15 jours selon Vincent, qui conseille de soutirer le jus tous les deux jours. Pendant ce temps, tu remplis le deuxième seau.

Pour juger la réussite, WSU recommande de se fier à l'odeur aigre, au duvet blanc et à la texture ramollie, pas à l'apparence.

ÉtapeDélai indiquéSelon
Fermentation du seau plein10 à 15 jours, au moins 2 semainesWSU, Vincent, Université de la Saskatchewan
Seau fermenté gardé ferméPlusieurs moisUniversité de la Saskatchewan
Jus soutiréÀ utiliser dans les 24 heuresRedland, Vincent
Bac de terre à l'intérieur3 à 6 semaines; restes dissous vers 6 semainesWSU, Université de la Saskatchewan
Attente avant de planter après l'enfouissementDe 2 semaines (sol chaud) à 6 à 8 semainesRedland, WSU, Université de la Saskatchewan

Le jus et les odeurs : comment lire ton seau

Le jus (lixiviat) : soutirer, diluer ou jeter

En fermentant, les restes libèrent un liquide, le jus ou « thé » de bokashi. WSU recommande de le soutirer aux quelques jours pour éviter les odeurs, et chaque jour si le contenu devient visqueux. Les légumes en donnent le plus; peu ou pas de jus n'est pas un problème, précise Vincent.

Le jus ne se garde pas : utilise-le dans les 24 heures. Pour arroser, il faut le diluer, et les sources ne s'entendent pas. Vincent propose environ 1 pour 100. Redland recommande 1 c. à thé (5 ml) pour 2 à 3 litres d'eau pour les plates-bandes et les plantes en pot, soit de l'ordre de 1 pour 400 à 1 pour 600. Pour tes plantes d'intérieur, commence par la version la plus diluée et verse-la sur la terre, jamais sur les feuilles, que le jus peut brûler selon Redland.

Rien à arroser? La plupart des guides consultés suggèrent de le verser tel quel dans un drain ou la toilette. Pas au bac brun : à Montréal, par exemple, les liquides sont refusés.

Les odeurs, les moisissures et les mouches

Un seau en santé sent l'aigre : la marinade, le vinaigre de cidre, un peu la bière. Selon l'Université de la Saskatchewan, l'odeur ne devrait se sentir qu'à l'ouverture.

  • Duvet blanc et cotonneux : bon signe. Il apparaît souvent en quelques jours.
  • Moisissures vertes, noires ou bleues, odeur de pourri, de soufre ou d'ammoniac : la fermentation a mal tourné. Causes habituelles selon Vincent : pas assez de son, couvercle mal fermé, poches d'air, jus pas soutiré, soleil ou chaleur. WSU conseille d'ajouter tout de suite une bonne couche de son, de bien tasser, de soutirer chaque jour et de vérifier le joint. Si les moisissures envahissent le seau, vide-le et recommence.
  • Mouches à fruits : de l'air entre, souvent parce que le couvercle est ouvert trop souvent ou ferme mal (WSU). Saupoudre le son dès chaque ajout et nettoie le rebord.
  • Couvercle bombé : les gaz de fermentation, surtout avec les fruits et le pain. Libère la pression brièvement; selon WSU, rien de grave si l'odeur reste aigre.

Enfin, ne laisse pas ton chien ou ton chat manger le contenu fermenté : Vincent rappelle qu'il peut être nocif pour certains animaux.

L'hiver en appartement : quoi faire du seau quand le sol est gelé

Ton seau fermente en deux semaines, mais rien ne s'enterre avant le dégel. L'Université de la Saskatchewan propose trois issues pour l'hiver : un bac de terre à l'intérieur, l'entreposage jusqu'au printemps ou un composteur extérieur. Chez nous s'ajoutent le bac brun et le compost communautaire. Tu peux combiner.

Un bac de terre à l'intérieur

C'est la solution la plus autonome, et WSU la recommande justement en appartement et pour l'hiver : dans un grand bac de rangement, mélange 1 part de bokashi pour 3 parts de terre ou de compost mûr, garde le tout humide sans le détremper et attends 3 à 6 semaines. L'Université de la Saskatchewan procède en couches, avec de la terre de jardin et non du terreau stérile; elle conseille de vérifier après 2 semaines et compte environ 6 semaines pour que les restes soient dissous. La terre obtenue sert ensuite en pot ou au jardin. Le défi : trouver de la terre en janvier. Fais ta réserve cet automne, avant le gel.

Des seaux fermés jusqu'au printemps

Un seau plein et bien fermé peut attendre plusieurs mois, selon l'Université de la Saskatchewan. Simple, mais il faut assez de seaux pour tenir jusqu'au dégel, et ils doivent rester fermés : WSU rappelle de ne jamais laisser le bokashi exposé à l'air. Pour le balcon, prudence : on n'a trouvé aucune source fiable sur l'effet du gel sur un seau déjà fermenté. Dans le doute, garde tes seaux à l'abri du gel.

Le composteur d'un proche

Si un ami, un parent ou ton immeuble a un composteur extérieur, ton seau peut y aller même en hiver, comme le prévoit l'Université de la Saskatchewan. WSU conseille de l'enfouir au centre du tas quand c'est possible, de l'équilibrer avec des matières brunes (feuilles, paille, carton) et de bien le couvrir; Vincent parle d'une couche de terre ou de paillis par-dessus. Pour l'entretien d'un composteur en hiver, voir notre guide complet du compost.

Le bac brun, si ta ville l'accepte

Vérifie d'abord. À Montréal, la liste officielle accepte les aliments crus, cuits ou moisis, y compris la viande avec les os, les produits laitiers solides et les produits céréaliers, mais ne nomme pas le bokashi. Elle refuse les liquides et la terre : pas de jus, donc, ni de mélange fait avec de la terre. À Québec, la collecte des résidus alimentaires se fait dans des sacs mauves. L'application « Ça va où? » de RECYC-QUÉBEC te demande ta municipalité et t'indique le bon bac, et notre article sur le bac brun d'une ville à l'autre explique ces différences.

Le compost communautaire

À Québec, la Ville compte 32 sites de compostage communautaire, tous gérés par l'organisme Craque-Bitume. Pour y participer, il faut s'inscrire, suivre une formation et s'engager à donner quelques heures de bénévolat. La page de la Ville ne dit pas si le bokashi est accepté : pose la question avant d'apporter ton seau. Vincent suggère aussi de donner ton bokashi à un ami jardinier ou à un jardin communautaire. D'autres pistes dans notre article sur le compostage collectif et urbain.

Au printemps : enterrer sans brûler tes plants

Au dégel, creuse une tranchée de 20 à 30 cm de profondeur (WSU; au moins 30 cm selon Redland). Étends-y 2,5 à 5 cm de bokashi, mélange avec au moins deux à trois fois ce volume de terre, recouvre complètement et tasse légèrement, sans trop en concentrer au même endroit. Le bokashi est acide au départ : il se neutralise en 7 à 10 jours selon Redland, et Vincent demande de garder les racines loin de lui au début.

Avant de planter, les sources varient : au moins 2 semaines pour Redland; 2 semaines en sol chaud, 3 à 4 en sol frais et 4 ou plus en pot pour WSU; 6 à 8 semaines pour l'Université de la Saskatchewan. Si ta terre est encore froide, vise le haut de la fourchette. Sans terrain, Vincent propose de grandes jardinières de balcon ou les aménagements communs de l'immeuble, avec l'accord du gestionnaire. Il indique aussi qu'on peut en donner à un lombricomposteur, en petites quantités au début : voir notre guide du lombricompostage d'intérieur en condo.

Un plan réaliste pour un premier hiver : deux seaux qui alternent, un bac de terre préparé cet automne, et le composteur d'un proche ou le bac brun, si ta ville l'accepte, pour le surplus. Au printemps, tu enterres le reste.

Sources

Questions fréquentes

Le bokashi sent-il mauvais dans un appartement?

Pas s'il fonctionne bien. Un seau en santé sent l'aigre, comme une marinade ou du vinaigre, et l'Université de la Saskatchewan précise que l'odeur ne devrait se sentir qu'à l'ouverture. Une odeur de pourri, de soufre ou d'ammoniac signale un problème : ajoute une bonne couche de son, tasse bien et soutire le jus plus souvent.

Peut-on mettre de la viande et du fromage dans un bokashi?

Oui. Contrairement au compost de cour, le bokashi accepte la viande, le poisson, les petits os et les produits laitiers. Ajoute un peu plus de son avec ces aliments. Évite par contre les liquides, les gros os et les aliments déjà pourris ou moisis.

Comment diluer le jus de bokashi pour les plantes?

Les recommandations varient : environ 1 pour 100 selon la Ville de Vincent, en Australie, et 1 c. à thé (5 ml) pour 2 à 3 litres d'eau pour les plantes en pot selon le conseil municipal de Redland, soit une dilution beaucoup plus forte. Commence par la plus diluée, verse sur la terre et non sur les feuilles, et utilise le jus dans les 24 heures.

Que faire du bokashi l'hiver quand on n'a pas de terrain?

Tu peux le mélanger à de la terre de jardin dans un grand bac à l'intérieur (environ 6 semaines), garder les seaux bien fermés jusqu'au printemps, le vider dans le composteur d'un proche ou le mettre au bac brun si ta ville l'accepte. Vérifie auprès de ta municipalité avant d'y vider ton seau.

Les micro-organismes du bokashi améliorent-ils vraiment le sol?

Les preuves sont minces. Dans un essai au champ de quatre ans en Suisse, les micro-organismes vivants n'ont pas fait mieux que les mêmes produits stérilisés, et les petits effets observés venaient des éléments nutritifs du bokashi. Vois-le comme une façon pratique de gérer tes restes, pas comme un engrais miracle.