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Bac brun : ce qu'on peut y mettre et pourquoi ça change d'une ville à l'autre

Litière, essuie-tout, feuilles mortes, sacs compostables : ce qui va au bac brun à Laval peut être refusé à Québec. On a comparé les règles officielles de quatre villes, et on t'explique pourquoi elles diffèrent : tout dépend de l'installation qui reçoit tes résidus et des contaminants qu'elle peut tolérer.

Bac brun : ce qu'on peut y mettre et pourquoi ça change d'une ville à l'autre

Tu déménages de Laval à Québec, et la litière du chat que tu mettais au bac brun doit maintenant aller aux ordures. Ta sœur, à Gatineau, utilise des sacs certifiés compostables sans problème, alors qu'à Laval, ils sont interdits. Personne ne se trompe : à la question « bac brun, quoi mettre? », la réponse change vraiment d'une ville à l'autre.

Pour y voir clair, on a lu en octobre 2026 les pages officielles de quatre villes : Montréal, Québec, Laval et Gatineau. Voici ce qui passe presque partout, un tableau des vraies différences, puis la raison de fond : c'est l'installation qui reçoit tes résidus qui dicte la liste. Pour le portrait de la collecte au Québec (chiffres, stratégie provinciale, ce qui se fait en France), lis plutôt notre article sur le bac brun et la collecte des résidus organiques.

Le tronc commun : ce qui passe presque partout

RECYC-QUÉBEC résume la logique du bac brun en deux questions. Est-ce que ça se mange, ou est-ce que ça fait partie d'un aliment? Est-ce un résidu de jardin, à part les branches? Selon l'organisme, plus de 800 municipalités offrent maintenant à leurs citoyens une collecte des matières organiques, et on y accepte généralement :

  • les pelures et restes de fruits et de légumes;
  • la viande, le poisson et les fruits de mer, os, gras et carapaces compris;
  • les restes de repas et les aliments périmés;
  • le papier journal.

Les quatre villes qu'on a vérifiées s'entendent sur l'essentiel de cette liste alimentaire, viande comprise. Elles s'entendent aussi sur un refus : les couches sont rejetées partout. À Montréal, à Laval et à Gatineau, les sacs de plastique ordinaires sont refusés; à Québec, les résidus vont dans le sac mauve fourni par la Ville. Pour les liquides, la prudence est de mise : Montréal refuse la soupe, le lait, le jus et le café, et Laval demande d'éviter les résidus alimentaires liquides.

En octobre, reste la question des feuilles mortes, beaucoup moins uniforme, comme le montre le tableau. RECYC-QUÉBEC recommande d'ailleurs l'herbicyclage et le feuillicyclage quand c'est possible, et on te propose six façons d'utiliser les feuilles mortes au jardin plutôt que de les ensacher.

Montréal, Québec, Laval, Gatineau : le tableau des différences

Voici les règles des pages officielles, consultées en octobre 2026. Elles peuvent changer : vérifie toujours la page de ta ville.

RègleMontréalQuébecLavalGatineau
Où vont les résidusCompostage en bâtiment fermé au CTMO de Saint-Laurent (secteurs de l'ouest de l'île)BiométhanisationCompostage au centre de Mironor, dans les LaurentidesCompostage à l'usine GFL Environmental de Moose Creek, en Ontario
SacsIdéalement aucun; sinon papier. Plastique certifié compostable seulement là où les résidus alimentaires sont collectés à part des résidus vertsSac mauve en plastique fourni par la VillePapier journal, sac de papier ou rien; tout sac de plastique interdit, même compostableSacs certifiés compostables, sacs de papier ou papier journal
Viande, poisson, osOui, os et arêtes comprisOui, viande compriseOui, avec os, gras, coquilles et carapacesOui pour la viande (la page ne détaille pas le reste)
Papier souillé (essuie-tout, mouchoirs)OuiNon : résidus alimentaires seulement, sauf filtre à café et sachet de thé en papierOui, sauf s'il est imbibé de produits nettoyantsOui (« papiers et cartons souillés »)
Feuilles et gazonSeulement dans 5 arrondissementsNonOui, avec les petites branchesOui
LitièreNon, même biodégradableNon, même biodégradable ou compostableOui (« litière souillée »)Non
CouchesNon, même certifiées compostablesNonNonNon

Trois écarts sautent aux yeux. D'abord la litière : refusée à Montréal, à Québec et à Gatineau, elle est acceptée à Laval. Ensuite le papier souillé, qui va au bac brun partout sauf à Québec, où le sac mauve ne prend que des résidus alimentaires. À Montréal, ça inclut les boîtes de pizza ou de poulet souillées. Enfin les résidus verts : Laval et Gatineau les prennent dans le bac brun, Montréal seulement à Lachine, sur le Plateau-Mont-Royal, à L'Île-Bizard–Sainte-Geneviève, à Pierrefonds-Roxboro et à Saint-Laurent, et Québec pas du tout. Même la terre divise : Laval accepte le gazon, le sable et la terre à jardin, alors que Montréal refuse la terre, la roche et le sable.

Les sacs : quatre villes, quatre règles

C'est la question qui sème le plus de confusion, et celle où les villes divergent le plus.

  • Montréal considère le dépôt direct, sans sac, comme la meilleure méthode, même si le bac doit alors être nettoyé plus souvent. Le sac de papier est une bonne option, tout comme une feuille de papier journal repliée autour des résidus. Le sac de plastique certifié compostable vient en deuxième option, et seulement dans les secteurs où les résidus alimentaires sont collectés à part des résidus verts. La Ville reconnaît les logos du Bureau de normalisation du Québec (BNQ), de BPI et d'OK Compost, et demande de ne pas trop remplir ces sacs, moins résistants que les sacs de plastique conventionnels.
  • Québec fait le contraire : les résidus alimentaires vont dans un sac mauve en plastique, fourni par la Ville à raison d'un rouleau de 40 sacs par logement tous les six mois, et déposé dans le contenant extérieur avec les sacs d'ordures. Pas de bac brun, pas de nouvelle collecte.
  • Laval interdit tous les sacs de plastique, y compris les sacs compostables et oxobiodégradables. On y utilise du papier journal, un sac de papier d'épicerie ou rien du tout.
  • Gatineau accepte les sacs certifiés compostables, en plus des sacs de papier et du papier journal. Selon la Ville, aucun sac de plastique ne se décompose, même s'il se dit biodégradable ou oxobiodégradable.

Deux leçons pour ta cuisine. D'abord, « biodégradable » ne veut pas dire compostable : Montréal rappelle que tout sac compostable est biodégradable, mais que l'inverse n'est pas garanti, et Montréal, Laval et Gatineau écartent les sacs simplement marqués biodégradables ou oxobiodégradables. Ensuite, un sac certifié compostable n'est pas un passe-partout : accepté à Gatineau, il est interdit à Laval. Notre comparatif plastique compostable ou plastique classique t'aide à décoder ces étiquettes.

Pourquoi ça change : tout dépend de l'usine au bout du camion

RECYC-QUÉBEC le dit clairement : c'est l'installation qui reçoit tes matières organiques qui détermine ce que ton bac brun peut accepter. Il en existe deux grandes familles, et elles n'ont pas les mêmes contraintes.

Le compostage : de l'air et du temps

Le compostage est un traitement en présence d'oxygène. Selon RECYC-QUÉBEC, on y ajoute d'abord des matières structurantes, comme des copeaux de bois, qui laissent circuler l'air; le compost s'obtient après une phase chaude, dite thermophile, entre 45 °C et 70 °C, puis une phase de maturation. C'est la voie de Laval, qui envoie ses matières au centre de compostage de Mironor, où leur transformation prend plusieurs mois. C'est aussi celle de Gatineau, dont les matières sont compostées en Ontario, et celle de l'ouest de Montréal : depuis septembre 2024, le centre de traitement des matières organiques (CTMO) de Saint-Laurent composte à l'intérieur d'un bâtiment fermé les résidus des villes liées de l'ouest et de quatre arrondissements, avec une capacité de 50 000 tonnes par année. Les pages consultées ne précisent pas où vont les résidus des autres arrondissements montréalais.

Ce n'est pas une loi, mais dans notre petit échantillon, les villes qui compostent sont aussi celles qui acceptent le papier souillé et, au moins sur une partie de leur territoire, les feuilles et le gazon dans le bac brun.

La biométhanisation : une recette qui ne tolère que la nourriture

La biométhanisation, ou digestion anaérobie, se fait sans oxygène et produit du biogaz ainsi qu'un résidu appelé digestat. C'est le choix de la Ville de Québec. Là-bas, tes restes de table servent à fabriquer une « biopulpe » qui sera convertie en énergie, et la Ville prévient que tout ce qui n'est pas un résidu alimentaire risque de la contaminer, alors que les ordures brisent l'équipement. D'où la règle la plus stricte du tableau : de la nourriture, point. Pas d'essuie-tout, pas de feuilles, pas de litière.

Le sac mauve s'explique par la même logique. Dans sa foire aux questions, la Ville de Québec donne ses raisons de préférer le plastique aux sacs compostables : ceux-ci résistent mal à la manutention et à la compaction dans les camions, ils mettent plus de temps à se décomposer que la durée de leur séjour dans les digesteurs, si bien qu'il faudrait les retirer de toute façon, ils ne se recyclent pas et ils coûtent deux fois plus cher. Ici, le sac sert au transport; la Ville dit d'ailleurs chercher une technologie pour recycler les sacs mauves après la collecte.

Même technologie, règles opposées

Le mode de traitement n'explique pas tout. Laval et Gatineau compostent toutes les deux, et pourtant elles s'opposent sur deux points : Laval interdit même les sacs compostables mais accepte la litière souillée, alors que Gatineau accepte les sacs certifiés compostables mais refuse la litière. Chaque installation a son équipement, son procédé et ses exigences pour le produit final. Voilà pourquoi une liste trouvée chez un ami d'une autre ville ne vaut pas grand-chose chez toi.

Les contaminants : ce qui gâche un lot de compost

L'autre grande raison des refus, ce sont les contaminants : ce qui ne se décompose pas, ou qui laisse dans le compost ou le digestat quelque chose qu'on ne veut pas retrouver dans un champ. Les villes donnent elles-mêmes leurs raisons :

  • Les couches : leur plastique ne se composte pas et contamine le compost, explique Gatineau. Montréal les refuse même quand elles sont certifiées compostables.
  • La litière et les excréments d'animaux risquent de transporter des médicaments ou des produits chimiques qui dégradent la qualité du compost, selon Gatineau. Montréal refuse même la litière biodégradable, et Québec même la litière compostable.
  • Les sacs oxobiodégradables sont faits de plastique conventionnel qui se fragmente en petits morceaux sans se décomposer complètement, et Montréal souligne que ces fragments contaminent le compost.
  • Les emballages, comme la pellicule plastique ou le papier d'aluminium, sont interdits dans le sac mauve à Québec.
  • L'essuie-tout imbibé de produits nettoyants est refusé à Laval, même si l'essuie-tout ordinaire y est accepté.

Pourquoi tant de rigueur? Parce que ce qui sort de ces installations retourne à la terre. RECYC-QUÉBEC le rappelle : c'est le retour du compost ou du digestat au sol qui boucle la boucle du recyclage. À Montréal, le compost du CTMO est certifié selon la norme BNQ 0413-200 et peut servir sans restriction, en agriculture, pour planter des arbres ou dans les plates-bandes; les arrondissements en distribuent habituellement au printemps et à l'automne. Un bout de plastique ou un résidu de médicament jeté dans ton bac brun peut donc finir dans le potager de quelqu'un, peut-être le tien.

Comment vérifier ce qui va dans ton bac brun

Les règles bougent. La page de Montréal sur le bac brun a été mise à jour le 2 avril 2026, celle de Laval le 8 avril 2026, et le CTMO de Saint-Laurent n'a ouvert qu'en septembre 2024. Avant de te fier à une liste vue chez un ami ou sur un réseau social, prends trois minutes :

  1. Va sur la page officielle de ta ville. Cherche « bac brun », « matières organiques » ou « résidus alimentaires » sur le site de ta municipalité, et regarde la date de mise à jour.
  2. Utilise l'outil de tri de ta ville, s'il en a un. Québec renvoie à son outil « Ça va là », et Gatineau, à DTRITUS.
  3. Passe par RECYC-QUÉBEC. L'organisme invite à consulter sa municipalité pour la liste exacte ou à télécharger son application mobile « Ça va où? ». Son site propose aussi une carte interactive pour vérifier si ta municipalité offre la collecte.
  4. Demande où vont tes résidus. Compostage ou biométhanisation, installation locale ou usine à l'extérieur de la région : la réponse explique la logique de ta liste.

Tu déménages? Refais l'exercice dès la première semaine : ce qui était permis dans ton ancienne ville peut contaminer le bac brun de la nouvelle. Pas de collecte dans ton immeuble, ou envie d'un appareil de comptoir? Notre dossier Lomi, FoodCycler et cie : un composteur électrique fait-il vraiment du compost? distingue ce que promettent ces appareils de ce qu'ils font réellement. Le bokashi et le lombricompostage d'intérieur sont deux autres options sans terrain. Enfin, pour le petit bac de comptoir, notre guide pour composter ses déchets alimentaires au quotidien donne les trucs contre les odeurs et les mouches à fruits.

Sources

Questions fréquentes

Peut-on mettre de la viande et des os dans le bac brun?

Oui, dans la plupart des municipalités. RECYC-QUÉBEC range la viande, le poisson et les fruits de mer, os, gras et carapaces compris, parmi les résidus généralement acceptés. Montréal et Laval acceptent explicitement les os, et à Québec, la viande va dans le sac mauve. Vérifie quand même la liste de ta ville.

Les sacs compostables sont-ils acceptés dans le bac brun?

Ça dépend de la ville. Gatineau accepte les sacs certifiés compostables. Montréal les permet en deuxième option, seulement là où les résidus alimentaires sont collectés à part des résidus verts, et préfère le dépôt sans sac ou le papier. Laval interdit tous les sacs de plastique, même compostables, et Québec utilise son propre sac mauve en plastique.

Pourquoi la litière est-elle souvent refusée dans le bac brun?

Selon Gatineau, la litière et les excréments d'animaux risquent de transporter des médicaments ou des produits chimiques qui dégradent la qualité du compost. Montréal la refuse même biodégradable, et Québec même compostable. Laval fait exception : la litière souillée y est acceptée.

L'essuie-tout va-t-il dans le bac brun?

À Montréal, à Laval et à Gatineau, oui : ces trois villes acceptent le papier souillé. Laval refuse toutefois l'essuie-tout imbibé de produits nettoyants. À Québec, non : le sac mauve ne prend que des résidus alimentaires, à part le filtre à café et le sachet de thé en papier.

Comment savoir ce qui va dans le bac brun de ma ville?

Commence par la page officielle de ta municipalité, en regardant sa date de mise à jour. RECYC-QUÉBEC invite à y vérifier la liste exacte ou à télécharger son application « Ça va où? ». Certaines villes ont leur propre outil, comme « Ça va là » à Québec ou DTRITUS à Gatineau. Les règles changent : refais la vérification après un déménagement.