Microplastiques dans l'alimentation : ce qu'on sait et ce qu'on attend
On trouve des microplastiques dans les moules, le sel, le miel ou l'eau en bouteille. Mais combien on en avale vraiment, et ce que ça fait à la santé, personne ne peut encore le dire avec assurance. Voici ce qui est mesuré, ce qui reste flou et ce que les autorités préparent.

Des microplastiques dans les moules, dans le sel de mer, dans le miel, dans l'eau en bouteille. Chaque nouvelle étude fait sa manchette, et on finit par se demander s'il reste quelque chose de « propre » dans l'assiette. La réponse honnête tient en deux phrases : oui, on en trouve un peu partout dans notre alimentation, et non, on ne sait pas encore si les quantités qu'on avale posent un problème de santé.
Entre ces deux constats, il y a beaucoup de nuances. Voici ce que disent l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), Santé Canada et l'Organisation mondiale de la santé (OMS), en séparant bien ce qui est mesuré de ce qui reste incertain. Pas de panique, pas de promesse : juste l'état des connaissances en octobre 2026.
Micro, nano : de quoi parle-t-on exactement?
Pour l'EFSA, un microplastique est une particule de plastique qui mesure entre 1 micromètre et 5 millimètres. Les plus gros sont plus petits qu'un grain de riz; les plus petits sont invisibles. En dessous de 1 micromètre, on parle de nanoplastiques, qui vont de 1 à 1 000 nanomètres. Ces particules viennent surtout de la dégradation de plus gros morceaux de plastique : emballages, fibres de vêtements, pneus, objets laissés dans l'environnement.
Elles ont deux caractéristiques qui compliquent tout. Elles sont persistantes, donc elles s'accumulent dans la mer, les sols et l'air, où leurs quantités augmentent selon l'EFSA. Et elles sont si petites qu'on a du mal à les détecter et à les compter. C'est particulièrement vrai pour les nanoplastiques, justement ceux qui pourraient le plus facilement entrer dans l'organisme. Pour comprendre d'où elles viennent dans l'environnement, notre article sur les microplastiques dans les océans fait le tour de la question.
Ce qui est mesuré : on en trouve dans les aliments et dans l'eau
Sur ce point, les autorités sont d'accord. L'EFSA rapporte que des microplastiques ont été détectés dans les moules, la viande, le miel, les légumes, la bière et le sel de table, et qu'ils peuvent aussi entrer dans la chaîne alimentaire par l'eau potable. L'Évaluation scientifique de la pollution plastique, publiée en 2020 par Environnement et Changement climatique Canada et Santé Canada, dresse un portrait semblable : la plupart des données portent sur les poissons et les fruits de mer, où on a trouvé des particules dans les muscles et dans le tube digestif, ainsi que dans des mollusques comme les moules, les palourdes, les huîtres et les pétoncles. Très peu d'autres aliments, comme le sel, ont été étudiés.
Ce dernier détail est important. Si les fruits de mer reviennent si souvent dans les manchettes, c'est en partie parce que ce sont les aliments qu'on a le plus analysés, pas forcément parce qu'ils sont les plus contaminés de l'épicerie. On ne sait tout simplement pas grand-chose du reste de l'assiette.
Pour l'eau, l'évaluation canadienne note que des microplastiques ont été trouvés dans de l'eau en bouteille achetée hors du Canada, avec des concentrations qui ne dépendaient pas du type de contenant. Dans l'eau du robinet, les résultats sont partagés : certaines études en détectent, d'autres non, et le traitement de l'eau potable devrait en retirer une grande partie. L'OMS va dans le même sens dans son analyse de 2019 : le traitement conventionnel de l'eau potable peut retenir des particules même plus petites qu'un micromètre.
Les contenants eux-mêmes peuvent aussi en libérer. Une étude publiée en 2020 dans Nature Food a mesuré jusqu'à 16,2 millions de particules par litre relâchées par des biberons en polypropylène, et la stérilisation et l'eau très chaude augmentaient nettement ce rejet. Les auteurs soulignent toutefois qu'il reste à évaluer si ces niveaux posent un risque pour la santé des bébés. On en parle plus en détail dans notre article sur les biberons et la vaisselle pour enfants.
Ce qui reste incertain : combien on en avale vraiment
Savoir qu'il y a des microplastiques dans un aliment, ce n'est pas savoir combien on en ingère. Et là, les chiffres deviennent beaucoup plus fragiles. L'évaluation canadienne est claire : faute de méthodes normalisées pour prélever, détecter et compter les particules, il est impossible de quantifier l'exposition humaine. L'EFSA dit la même chose depuis sa première déclaration en 2016, puis de nouveau après un colloque scientifique en 2021 : il manque des méthodes harmonisées et des données, surtout pour les nanoplastiques.
L'estimation la plus citée a été publiée en 2019 dans Environmental Science & Technology. En compilant 26 études, les chercheurs ont estimé qu'un Américain avale de 39 000 à 52 000 particules par année par l'alimentation, et de 74 000 à 121 000 si on ajoute ce qu'il respire. Ce sont des chiffres frappants, mais il faut les lire avec leurs limites : ils reposent sur des aliments qui ne représentent qu'environ 15 % des calories consommées, ils varient énormément, et les auteurs eux-mêmes les jugent probablement sous-estimés.
Il y a aussi de bonnes nouvelles du côté des mesures. En octobre 2025, une revue de la littérature publiée par l'EFSA a conclu que les quantités de micro et nanoplastiques qui migrent des matériaux en contact avec les aliments (contenants, ustensiles, emballages) sont nettement plus faibles que ce que laissaient croire certaines études antérieures. La même revue signale encore des lacunes de données. Bref, les premiers chiffres alarmants ne résistent pas toujours à des méthodes plus rigoureuses, ce qui rend d'autant plus prudent face à toute estimation précise.
Ce que disent les autorités sur la santé
Le point de départ, c'est la taille. Selon l'OMS, les microplastiques de plus de 150 micromètres ont peu de chances d'être absorbés par l'organisme, et l'absorption des plus petits devrait être limitée. Les nanoplastiques pourraient être absorbés et distribués plus facilement, mais les données à leur sujet sont extrêmement minces. En 2019, sur la base de l'information disponible, l'OMS jugeait que les microplastiques dans l'eau potable ne semblaient pas présenter de risque pour la santé aux niveaux actuels, tout en réclamant plus de recherche.
L'évaluation canadienne de 2020 arrive à une conclusion semblable, avec la même réserve. La littérature scientifique ne permet pas de cerner une préoccupation pour la santé humaine, mais les données sont insuffisantes pour une évaluation rigoureuse du risque. Chez l'animal, des expositions par la bouche ont été associées à de l'inflammation au foie, à du stress oxydatif, à des changements du métabolisme et à une modification du microbiote intestinal. Chez l'humain, c'est surtout en milieu de travail, par inhalation, qu'on a observé des effets, notamment des symptômes respiratoires. Ces observations ne peuvent toutefois pas être transposées à l'exposition de la population générale. Quant aux produits chimiques transportés par les plastiques, les examens internationaux cités par le rapport les jugent probablement peu préoccupants dans l'alimentation et l'eau.
L'EFSA, de son côté, ne se prononce pas encore : elle n'a pas réalisé d'évaluation complète des risques et ne peut donc pas conclure sur les effets sanitaires. Elle rappelle aussi qu'elle évalue les risques mais ne fixe pas de limites; ce sont les gouvernements qui réglementent.
| Question | Ce qu'on sait | Ce qui reste incertain |
|---|---|---|
| Y en a-t-il dans les aliments? | Oui : fruits de mer, sel, miel, bière, viande, légumes, eau | Les teneurs dans la plupart des aliments, peu étudiés |
| Combien en avale-t-on? | Des estimations existent, de l'ordre de dizaines de milliers de particules par an | Aucune mesure fiable faute de méthodes normalisées |
| Sont-ils absorbés? | Les particules de plus de 150 µm le sont peu, selon l'OMS | Le comportement des nanoplastiques dans l'organisme |
| Effets sur la santé? | Effets observés chez l'animal et chez des travailleurs très exposés | Les effets aux niveaux d'exposition de la population générale |
Les études qui font les manchettes : comment les lire
En mars 2024, une étude publiée dans le New England Journal of Medicine a fait le tour du monde. Chez des patients opérés pour retirer une plaque dans l'artère carotide, les chercheurs ont trouvé du polyéthylène dans la plaque de 58,4 % des 257 patients suivis, et du PVC chez 12,1 % d'entre eux. Pendant un suivi d'environ 34 mois, ceux dont la plaque contenait des micro ou nanoplastiques avaient un risque plus élevé d'infarctus, d'AVC ou de décès que les autres.
C'est un résultat sérieux, qui justifie qu'on pousse la recherche. Mais les auteurs l'écrivent eux-mêmes : leurs résultats ne prouvent pas de lien de cause à effet. L'étude est observationnelle, d'autres facteurs de mode de vie ou d'exposition peuvent expliquer la différence, une contamination en laboratoire ne peut pas être totalement écartée, et les patients avaient tous une maladie des artères déjà avancée. On ignore aussi d'où venaient ces plastiques : alimentation, eau, air?
C'est la bonne grille de lecture pour la plupart des manchettes sur le sujet. Trouver des particules dans un organe ou un tissu, c'est une mesure. En conclure qu'elles causent une maladie demande d'autres types d'études, et c'est précisément ce qui manque encore.
Ce qu'on attend : les prochains rendez-vous
Le dossier bouge. Le 9 décembre 2025, l'EFSA a annoncé que le Parlement européen lui demandait un avis scientifique sur les risques des microplastiques présents dans les aliments, l'eau et l'air. Cet avis doit faire le point sur la façon dont les particules entrent dans l'organisme et sur leurs effets, sur leur transfert vers les aliments, sur les méthodes d'évaluation des risques et, si les données le permettent, mettre à jour les estimations d'exposition alimentaire. Il est attendu d'ici la fin de 2027. L'EFSA tient aussi un webinaire public sur les micro et nanoplastiques le 20 octobre 2026.
Au Canada, Santé Canada a annoncé en janvier 2024 un financement de 2,1 millions de dollars sur quatre ans pour des recherches menées à l'Université McGill, à l'Université Memorial de Terre-Neuve et à l'Université de Toronto. Les projets portent sur l'exposition par les aliments et leurs emballages, l'eau potable, l'air intérieur et extérieur et la poussière, ainsi que sur les effets sur la santé et de nouvelles méthodes de mesure. Ils visent précisément les lacunes relevées dans l'évaluation de 2020.
Autrement dit, d'ici deux ans, on devrait avoir des réponses plus solides. D'ici là, toute affirmation catégorique, dans un sens comme dans l'autre, va plus loin que la science.
En attendant : des gestes raisonnables, sans s'inquiéter
Comme le risque n'est pas établi, aucune des autorités citées ici ne donne de consigne précise pour réduire les microplastiques dans son assiette. Quelques gestes simples vont toutefois dans le sens des données disponibles, et ils ont l'avantage de réduire aussi les déchets :
- Bois l'eau du robinet. Le traitement de l'eau potable retire une grande partie des particules, et selon l'estimation de 2019, boire seulement de l'eau en bouteille ajouterait environ 90 000 particules par année, contre environ 4 000 pour l'eau du robinet.
- Évite de chauffer les aliments dans le plastique. La chaleur augmente le rejet de particules, comme l'a montré l'étude sur les biberons. Notre pilier sur le plastique au micro-ondes et les bisphénols explique ce que dit Santé Canada à ce sujet.
- Pense aussi à l'air. Selon l'estimation de 2019, on en respirerait presque autant qu'on en mange. À l'intérieur, la principale source repérée par l'évaluation canadienne, ce sont les fibres des vêtements, des meubles et des tapis. Notre guide pour limiter les microplastiques au quotidien couvre la cuisine, l'eau, l'air et les vêtements.
- Continue de manger varié. Aucune autorité ne recommande d'éviter les fruits de mer ou un aliment en particulier à cause des microplastiques.
Et à plus long terme, le geste le plus utile reste collectif : moins de plastique dans l'environnement, c'est moins de particules dans la chaîne alimentaire. C'est d'ailleurs la recommandation commune de l'OMS et de l'évaluation canadienne. Si tu veux commencer chez toi, notre plan pour réduire sa consommation de plastique part de l'audit de ta poubelle.
Sources
- Microplastiques et nanoplastiques dans les aliments, Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), page consultée en 2026.
- Microplastiques : le Parlement européen sollicite l'avis de l'EFSA, EFSA, 2025.
- Évaluation scientifique de la pollution plastique, Environnement et Changement climatique Canada et Santé Canada, 2020.
- Le gouvernement du Canada finance la recherche sur les risques des microplastiques pour la santé, Santé Canada, 2024.
- WHO calls for more research into microplastics and a crackdown on plastic pollution, Organisation mondiale de la santé, 2019.
- Human Consumption of Microplastics, Cox et al., Environmental Science & Technology, 2019.
- Microplastic release from the degradation of polypropylene feeding bottles during infant formula preparation, Li et al., Nature Food, 2020.
- Microplastics and Nanoplastics in Atheromas and Cardiovascular Events, Marfella et al., New England Journal of Medicine, 2024.
Questions fréquentes
Les microplastiques dans les aliments sont-ils dangereux pour la santé?
On ne le sait pas encore. L'évaluation scientifique canadienne de 2020 n'a pas relevé de préoccupation pour la santé humaine, tout en précisant que les données ne suffisent pas pour évaluer le risque rigoureusement. L'EFSA n'a pas encore fait d'évaluation complète des risques et ne peut donc pas conclure.
Dans quels aliments a-t-on trouvé des microplastiques?
L'EFSA cite notamment les moules, la viande, le miel, les légumes, la bière et le sel de table, en plus de l'eau potable. Selon l'évaluation canadienne, la plupart des données portent sur les poissons et les fruits de mer, et très peu d'autres aliments ont été étudiés.
L'eau en bouteille contient-elle plus de microplastiques que l'eau du robinet?
Une estimation américaine publiée en 2019 donne environ 90 000 particules de plus par année pour une personne qui boit seulement de l'eau en bouteille, contre environ 4 000 pour l'eau du robinet. Ce sont des estimations très variables, mais elles vont dans le même sens que l'évaluation canadienne, selon laquelle le traitement de l'eau potable retire une grande partie des microplastiques.
Quand saura-t-on si les microplastiques sont un risque?
L'EFSA prépare un avis scientifique demandé par le Parlement européen, attendu d'ici la fin de 2027. Au Canada, Santé Canada finance depuis 2024 des recherches sur l'exposition et les effets, menées notamment à l'Université McGill.
Faut-il arrêter de manger des fruits de mer à cause des microplastiques?
Aucune autorité citée ici ne le recommande. Les fruits de mer sont les aliments les plus étudiés, ce qui explique en partie qu'on en parle autant, mais aucune limite ni aucun avis de consommation lié aux microplastiques n'a été publié.


