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Les bienfaits des énergies marines : marées, courants et vagues, où en est-on vraiment?

Les océans renferment une énorme quantité d'énergie, dans les marées, les courants, les vagues et les différences de température. Ces énergies ont un atout rare : elles sont prévisibles. Pourtant, elles restent très marginales dans le monde. Voici leurs bienfaits réels, les projets qui fonctionnent, et pourquoi le chemin est si long.

Les bienfaits des énergies marines : marées, courants et vagues, où en est-on vraiment?

Les océans couvrent la majeure partie de la planète et ils bougent sans arrêt : la marée monte et descend deux fois par jour, des courants puissants traversent les détroits, les vagues frappent les côtes. Sous l'eau, la surface chaude des mers tropicales côtoie des eaux profondes glaciales. Toute cette énergie pourrait produire de l'électricité renouvelable. Pourquoi alors les énergies marines restent-elles si discrètes? Cet article fait le point sur leurs bienfaits réels et sur leurs limites. Pour mieux comprendre le rôle des mers dans le climat, lis aussi le rôle des océans dans la régulation climatique.

Cinq façons de tirer de l'énergie de la mer

  • L'énergie marémotrice : un barrage ferme un estuaire ou une baie. L'eau retenue à marée haute (ou basse) passe dans des turbines quand le niveau change de l'autre côté.
  • Les hydroliennes : des turbines posées sur le fond ou suspendues, qui captent les courants de marée sans barrage.
  • L'énergie houlomotrice : des dispositifs flottants ou côtiers transforment le mouvement des vagues en électricité, par exemple avec des colonnes d'eau oscillantes ou des flotteurs articulés.
  • L'énergie thermique des mers : selon l'Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), elle exploite la différence de température entre l'eau chaude de surface et l'eau froide puisée entre 800 et 1 000 mètres de profondeur. Elle ne convient qu'aux mers tropicales.
  • L'énergie osmotique : elle utilise la différence de salinité entre l'eau douce d'un fleuve et l'eau de mer, là où ils se rencontrent.

Les vrais bienfaits

Une énergie prévisible

C'est l'atout majeur. Selon l'association Ocean Energy Europe, l'énergie des marées est entièrement prévisible, même des centaines d'années à l'avance, et les conditions de vagues peuvent être mesurées avec précision des heures, voire des jours à l'avance. Pour un réseau électrique qui intègre de plus en plus de solaire et d'éolien, une source dont on connaît la production d'avance est précieuse : elle aide à équilibrer l'offre et la demande.

Un gisement important

Connaissance des Énergies estime le potentiel mondial de l'énergie marémotrice à près de 380 TWh par an, soit de 1,5 à 2 % de la production électrique mondiale annuelle. Le potentiel des vagues est bien plus vaste : Ocean Energy Europe l'évalue à 29 500 TWh par an à l'échelle de la planète. Ces chiffres théoriques sont loin de ce qui est exploitable, mais ils montrent l'ampleur de la ressource.

Une énergie renouvelable et sans combustible

Comme l'éolien et le solaire, les énergies marines ne brûlent rien et n'émettent pas de gaz à effet de serre en fonctionnement. Les hydroliennes et une partie des dispositifs houlomoteurs sont immergés, donc peu visibles depuis la côte.

Une réponse pour les îles et les communautés côtières

Pour les îles qui produisent leur électricité avec du diesel, une source locale et prévisible peut réduire la dépendance aux carburants importés. L'énergie thermique des mers, en particulier, intéresse les îles tropicales.

Ce qui fonctionne déjà

InstallationPaysPuissanceStatut
Usine marémotrice de la RanceFrance (Bretagne)240 MWEn service depuis 1966, plus de 500 GWh par an
Centrale du lac SihwaCorée du Sud254 MWEn service depuis 2012, environ 550 GWh par an
Centrale d'AnnapolisCanada (Nouvelle-Écosse)20 MWMise en service au milieu des années 1980, arrêtée en 2019
Fermes d'hydroliennesEurope152 MW en développement106 GWh produits au total en Europe en 2024

La Rance est le grand exemple de longévité : en service depuis 60 ans, elle produit selon Connaissance des Énergies environ 8 % de l'électricité de la Bretagne. Mais au-delà de ces quelques installations, l'IRENA rappelle que la plupart des technologies marines sont encore au stade de la recherche et du développement, et pas encore commercialisées à grande échelle.

La baie de Fundy et la leçon d'Annapolis

Entre le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, la baie de Fundy connaît certaines des plus fortes marées du monde, avec un marnage de plus de 10 mètres et des courants très puissants. C'est un site naturel exceptionnel pour les hydroliennes, et plusieurs projets de démonstration y ont été menés.

La centrale marémotrice d'Annapolis Royal, construite sur la rivière Annapolis, a longtemps été la seule du genre en Amérique du Nord. Elle a été arrêtée en avril 2019, après qu'une évaluation scientifique fédérale eut constaté une mortalité importante de poissons causée par sa turbine, et à la suite du bris d'une composante essentielle. Cette histoire résume l'enjeu des énergies marines : une ressource formidable, mais des écosystèmes fragiles à protéger.

Les limites à connaître

  • Les impacts sur les écosystèmes : un barrage marémoteur modifie le régime des marées en amont, le transport des sédiments et la qualité de l'eau; les turbines peuvent blesser des poissons et des mammifères marins. Notre article sur la protection des espèces marines montre à quel point ces milieux sont déjà sous pression.
  • Un milieu hostile : l'eau salée corrode, les tempêtes endommagent, et intervenir en mer coûte cher.
  • Des coûts encore élevés : faute de production en série, l'électricité marine coûte plus cher que l'éolien ou le solaire.
  • Peu de sites adaptés : il faut de fortes marées, des courants rapides ou des vagues régulières, près d'un réseau électrique.
  • Une intermittence prévisible : même prévisible, la production marémotrice s'arrête à l'étale et faiblit pendant les mortes-eaux.

Et au Québec?

Le Québec mise surtout sur l'hydroélectricité et l'éolien, et les énergies marines y restent marginales. L'estuaire et le golfe du Saint-Laurent connaissent des marées importantes, mais les glaces d'hiver compliquent toute installation en mer. Pour l'instant, c'est l'éolien côtier qui tire le mieux parti des vents du fleuve, comme on l'explique dans notre article sur l'éolien au Bas-Saint-Laurent.

Comment juger un projet d'énergie marine

Quand un projet d'hydroliennes ou de centrale marémotrice est annoncé, quelques questions permettent de séparer la promesse de la réalité :

  • Quelle technologie? Un barrage transforme tout un estuaire; des turbines immergées ont une emprise beaucoup plus limitée.
  • Quel stade? Démonstration de quelques turbines, ferme précommerciale ou centrale commerciale : les risques et les coûts ne sont pas les mêmes.
  • Quelles études d'impact? Poissons migrateurs, mammifères marins, sédiments, pêche locale : un projet sérieux mesure ces effets avant et après l'installation.
  • Quel lien avec le réseau? Une électricité produite loin d'une ligne de transport coûte plus cher à acheminer.
  • Quelle place pour les communautés? Les pêcheurs, les Premières Nations et les municipalités côtières sont les premiers concernés par ce qui se passe dans l'eau.

Ce que ça change pour toi

Tu n'installeras pas d'hydrolienne dans ta cour. Mais comprendre les énergies marines aide à juger les grands projets énergétiques : une source renouvelable n'est jamais sans impact, et chaque technologie doit être évaluée selon son milieu. Pour situer les énergies marines parmi les autres, lis les avantages des énergies renouvelables et notre portrait énergies renouvelables vs énergies fossiles. Et comme l'énergie la plus propre reste celle qu'on ne consomme pas, protéger les océans passe aussi par nos choix de tous les jours, comme le rappelle notre article sur l'importance des océans.

Les énergies marines ont un bienfait que peu d'autres renouvelables offrent : leur production se prévoit des années d'avance. Mais après des décennies d'essais, seules quelques centrales fonctionnent à grande échelle, et l'expérience d'Annapolis rappelle que la mer n'est pas un simple réservoir d'énergie. Leur avenir dépendra autant de la baisse des coûts que du respect des écosystèmes marins.

Sources

Sources officielles et études consultées en octobre 2026.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre l'énergie marémotrice et les hydroliennes?

L'énergie marémotrice utilise un barrage qui retient l'eau à marée haute puis la laisse passer dans des turbines, comme à La Rance en France. Les hydroliennes sont des turbines immergées qui captent directement les courants de marée, sans barrage, un peu comme des éoliennes sous-marines.

Pourquoi dit-on que l'énergie des marées est prévisible?

Parce que les marées dépendent de la position de la Lune et du Soleil, connue des siècles à l'avance. On peut prévoir avec précision quand une centrale produira, contrairement au vent ou au soleil. Elle reste toutefois intermittente, avec des creux à l'étale de marée.

Le Canada produit-il de l'électricité avec la mer?

Très peu pour l'instant. La centrale marémotrice d'Annapolis, en Nouvelle-Écosse, a fonctionné à partir du milieu des années 1980 avant d'être arrêtée en 2019. La baie de Fundy, aux marées parmi les plus fortes du monde, accueille surtout des projets de démonstration d'hydroliennes.

Les énergies marines sont-elles sans impact sur l'environnement?

Non. Un barrage marémoteur modifie l'estuaire, les sédiments et la qualité de l'eau, et les turbines peuvent blesser des poissons. C'est d'ailleurs la mortalité de poissons qui a contribué à l'arrêt de la centrale d'Annapolis. Les hydroliennes et les houlomoteurs ont moins d'emprise, mais leurs effets à grande échelle sont encore étudiés.